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Natalie Clifford Barney – Épisode 5 – « Lorély »

Lors de ses promenades au Bois de Boulogne, Natalie a croisé par hasard Violette et Mary Shillito, ses anciennes petites voisines de Cincinnati avec qui elle apprenait le français. Les deux sœurs habitent désormais avec leurs parents à Paris dans un immeuble situé au 23, avenue du Bois de Boulogne. Constatant l’intérêt de Natalie pour la poésie, elles ont l’idée de lui présenter une autre amie d’enfance qui partage la même passion. C’est ainsi que fin novembre 1899, Pauline Tarn – la future Renée Vivien – se joint aux sœurs Shillito et à Natalie à l’occasion d’une matinée au théâtre. Ce jour-là, Natalie est extrêmement distraite. Elle vient de recevoir la longue lettre de rupture de Liane et ne peut penser à rien d’autre. Elle ne gardera aucun souvenir de la pièce de théâtre et ne prête guère attention à Pauline, qui lui semble jolie, mais un peu fade.

Une promenade au Bois et quelques vers

Après le théâtre, les quatre jeunes femmes se promènent au Bois avant de se séparer. Violette encourage Pauline, dont elle est très proche, à leur réciter l’un de ses poèmes. Pauline s’exécute et récite en français, « très simplement et d’une voix bien scandée », son poème intitulé « lassitude » :

Je dormirai ce soir d’un large et doux sommeil.
Fermez les lourds rideaux, tenez les portes closes,
Surtout ne laissez pas pénétrer le soleil.
Mettez autour de moi le soir trempé de roses.

Posez, sur la blancheur d’un oreiller profond,
Ces mortuaires fleurs dont le parfum m’obsède
Posez-les dans mes mains, sur mon cœur, sur mon front,
Ces fleurs pâles, qui sont comme une cire tiède.

Et je dirai très bas : « Rien de moi n’est resté.
Mon âme enfin repose. Ayez donc pitié d’elle !
Respectez son repos pendant l’éternité. »
Je dormirai ce soir de la mort la plus belle.

Renée Vivien, recueil « Cendres et Poussière », éd. A. Lemerre, 1902

Dès les premiers vers, Pauline a réussi à capter l’attention de Natalie qui l’observe désormais d’un autre œil :

Cette jeune fille plus grande que moi, mais poliment penchée en avant pour ne pas le paraître, un corps mince avec une charmante tête aux cheveux plats, couleur souris, aux yeux bruns souvent pétillants de gaieté, mais lorsque ses belles paupières bistrées se baissaient, elles révélaient plus que son regard : l’âme et la mélancolie du poète que je cherchais en elle… des épaules tombantes, comme découragées d’avance, des bras aux gestes un peu maladroits, des mains parfois tremblantes, prêtes à se rapprocher sur quelque chose d’invisible, qui venait de leur échapper (..) Elle avait un sens de l’humour facile à ranimer et une drôlerie enfantine qui, tout d’un coup, lui enlevait la moitié de ses vingt ans.

« Souvenirs indiscrets », écrit par Natalie Clifford Barney, éd. Flammarion, 1960

La précision et la vivacité de cette description, écrite soixante ans après leur rencontre, prouvent l’attachement de Natalie à Pauline dont elle s’efforcera d’entretenir la mémoire après son décès prématuré en 1909.

Dès cette première promenade au Bois, Natalie est séduite par le talent de la jeune poétesse. Quant à l’attrait étrange de Pauline pour la mort qui transparaît dans son poème, elle réveille l’âme de chevalier-servant de Natalie. Sans attendre, celle-ci enfile – symboliquement cette fois –  son costume de page, persuadée d’être capable d’arracher Pauline à la mort et de la ramener vers la vie.

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Carte postale – Bois de Boulogne, Avenue des Accacias. Source CPArama.com

Pauline Tarn

Pauline Tarn est née en 1877. Sa mère, Mary Gillett Bennett, est une Américaine née dans le Michigan qui a passé son adolescence à Honolulu. Son père, John Tarn, est un gentleman anglais passionné de courses de chevaux et héritier de la fortune bâtie par son propre père, propriétaire et fondateur d’une chaîne de magasins de meubles et de décoration. 1

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Catalogue illustré des grands magasins “Tarn & Co” Source : COSGB

Les parents de Pauline se sont rencontrés à Honolulu. Après avoir brièvement vécu en Angleterre, ils se sont installés à Paris, au 23 avenue du Bois de Boulogne. C’est là que la jeune Pauline a fait la connaissance des sœurs Shillito. Elle est particulièrement proche de Violette avec qui elle partage une profonde amitié.

Le père de Pauline meurt en 1886. Cette perte qui l’affectera durablement a également pour conséquence de la laisser à la seule charge de sa mère, Mary, avec qui elle ne s’est jamais entendue et qui lui préfère sa sœur cadette, Antoinette.

Un retour forcé en Angleterre

En 1890, Mary rentre en Angleterre avec ses filles. C’est un déchirement pour Pauline qui perd l’amitié de Violette et qui doit désormais vivre dans un pays qu’elle déteste. Elle s’enferme dans la solitude, se réfugiant dans la littérature, la poésie et la musique. Sa relation avec sa mère ne cesse de se dégrader. John Tarn a transmis sa fortune à ses filles et non à sa femme. Deux tuteurs sont chargés de gérer l’héritage de Pauline et d’Antoinette jusqu’à leur majorité fixée à vingt-et-un ans. Sans scrupules, Mary s’arrange pour détourner à son profit une partie de l’allocation qui lui est versée afin de pourvoir à l’entretien et à l’éducation de ses filles.

À l’adolescence, Pauline commence à consommer de l’hydrate de chloral, un hypnotique autrefois couramment prescrit comme sédatif. Une surdose, dont on ne sait si elle est accidentelle ou non, est interprétée par sa mère comme une tentative de suicide. En 1895, Mary utilise cet incident et une courte fugue de Pauline pour tenter de la faire interner dans une maison de santé à Jersey. Heureusement, le médecin chargé d’évaluer son état de santé mental la déclare tout à fait saine d’esprit. Appelant ses tuteurs à l’aide, Pauline parvient, au terme d’un long procès, à obtenir le statut de « pupille de la Cour de la Chancellerie », qui la place sous l’autorité et la protection d’un curateur officiel.

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Pauline Tarn / Renée Vivien vers 1903-1904

À sa majorité, Pauline s’empresse de quitter l’Angleterre pour retourner en France, son pays d’adoption. Son installation à Paris, où elle entend vivre librement, représente à ses yeux une véritable renaissance. Rejetant sa langue maternelle qui lui rappelle son enfance malheureuse, elle adopte le français qu’elle maîtrise parfaitement. Toute son œuvre littéraire, et jusqu’à ses lettres d’amour, sera écrite en français. Pour marquer ce nouveau départ, elle se rebaptise Renée Vivien, un pseudonyme qui joue avec la sonorité de plusieurs mots français (« Re-née Vie-Viens »).

«Deux semaines d’éblouissement craintif»

Natalie courtise patiemment Pauline. Les deux jeunes femmes vont au théâtre et à l’opéra, s’envoient des petits mots et des fleurs, se rendent chez le photographe pour poser ensemble, débattent au sujet de la poésie et se lisent leurs vers à haute voix. Lors de leur premier rendez-vous en tête à tête, Pauline emmène Natalie au Palais de Glace, l’une des premières patinoires de Paris. Crée en 1893 sur les Champs Élysées, le Palais de Glace est alors un lieu à la mode. Natalie y retrouve les personnalités du demi-monde qu’elle fréquentait encore quelques semaines plus tôt. Elle fait mine de ne pas les reconnaître tout en admirant les arabesques de Pauline qui lui semble « comme portée par des ailes invisibles » 2.  

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Affiche pour le Palais de Glace de Jules Chéret, 1898. Source : gallica.bnf.fr / BnF

Pauline habite dans une pension située rue Crevaux. Elle y vit seule et a choisi de se passer de chaperon – un choix osé et inhabituel qui lui vaut d’être bannie de la bonne société. Les parents des sœurs Shillito, par exemple, leur ont interdit de voir Pauline. Violette et Mary contournent cette interdiction en retrouvant leur amie au Bois ou au théâtre.

Pour leur première nuit ensemble, Pauline invite Natalie dans sa pension. Elle a rempli sa chambre de lys – la fleur qu’elle associe à Natalie – afin de la rendre digne de la femme qu’elle aime.

C’était un éblouissement, une asphyxie transformant cette chambre ordinaire en chapelle ardente et virginale, et nous inclinant vers l’agenouillement — elle devant moi, moi devant elle.

« Souvenirs indiscrets », écrit par Natalie Clifford Barney, éd. Flammarion, 1960

Malheureusement, l’ambiance presque mystique de ces premiers moments d’intimité tourne au fiasco. Inexpérimentée, Pauline n’a pas eu la chance d’être initiée à la sensualité par une amie d’enfance comme Eva Palmer, puis par deux expertes comme Carmen et Liane. D’une façon prévisible, sa première nuit dans les bras de Natalie n’est pas un franc succès. Et sans surprise également, Natalie ne se montre ni très patiente ni très magnanime :

Les sens encore somnolents de Renée répondaient à peine à mes désirs (…) Gênée par cet excès d’adoration, auquel j’eusse préféré des joies mieux partagées, j’aimais pourtant les vers qu’elle m’écrivait.

« Souvenirs indiscrets », écrit par Natalie Clifford Barney, éd. Flammarion, 1960

Une relation déséquilibrée

Natalie et Pauline ont des personnalités très différentes. Marquée par une enfance malheureuse et par sa relation difficile avec sa mère, Pauline manque de confiance en elle. Tandis que Natalie, qui s’est toujours sentie aimée, affiche une assurance à toute épreuve. Perpétuellement entourée d’ami·es, elle aime sortir, danser et s’amuser. Introvertie, Pauline est au contraire timide et réservée. Elle ne fera pas une grande impression à Alice, la mère de Natalie, qui la jugera fade et d’apparence trop docile. Natalie et Pauline ont cependant de nombreux points communs : la poésie et la littérature, un féminisme révolté, mais aussi leur jeunesse et leur humour.

Malgré leur complicité, leur relation souffre également de profonds malentendus. Natalie est charmée par Pauline, mais elle n’a pas oublié Liane qu’elle voit par intermittence et à qui elle envoie encore des lettres pleines de regrets et de déclarations teintées de désespoir.

Pauline, elle, est tombée irrémédiablement amoureuse de Natalie, et ce dès le premier regard : « Mais, moi, je t’aime douloureusement et d’un amour unique », s’exclame-t-elle dans son roman à clé, « Une femme m’apparut » 3. Elle ressent à l’égard de Natalie un sentiment d’éblouissement qui n’est pas dénué de crainte.

J’aimais Lorély [le nom de Natalie dans « Une femme m’apparut »] avec tout l’inconscient élan du premier amour. Je l’aimais si aveuglément que je ne m’étais point demandé si cet amour était partagé. J’aimais Lorély et je croyais encore que l’amour attire l’amour. Peu à peu, je me réveillai. Et je compris que Lorély demeurerait indifférente à toute ma passion, à toute ma tendresse.

« Une femme m’apparut », écrit par Renée Vivien, éd. A. Lemerre, 1905, p.23

Dès le début, la relation de Natalie et de Pauline apparaît fondamentalement déséquilibrée. Le souvenir obsessionnel des premières semaines de leur liaison, de ces « heures inoubliables que pleurent les regrets et les souvenirs » 4, ne quittera plus jamais Pauline et ne cessera de la torturer tout au long de sa courte vie.

Âme gothique contre âme classique

De son côté, Natalie évoque Pauline dans une lettre à Liane d’une façon tout à fait ambiguë :

J’écrivais à quelqu’une tantôt – mais c’était à toi que je pensais en disant ceci, c’était à notre petit poème mort ou mourant que je pensais. Il faut te dire d’abord qu’elle me nomme Avril, et que je l’ai blessée par trop de cyniques éclats de rire. Je l’ai blessée un peu comme autrefois tu m’as blessée, mais comme tout ce qui se passe dans cette idylle est lyrique et pour l’art, les offenses sont moins brutales, moins réelles. Des nuances, des subtilités inexprimables : je les aime parce qu’elles me compliquent et me font valoir le reste. Elle comprend la pudeur autrement que moi, elle a l’âme gothique et moi une âme antique, voilà d’où viennent nos différences.

« Natalie Clifford Barney/Liane de Pougy – Correspondance amoureuse » édition établie et annotée par Suzette Robichon et Olivier Wagner, éd. Gallimard, 2019, p.209

Natalie semble minimiser les blessures bien réelles que ses « offenses » causent à Pauline. Après avoir passé tout l’automne à endurer les humiliations infligées par Liane et à tenter de la reconquérir, se serait-elle inconsciemment vengée sur Pauline en abusant du pouvoir qu’elle détenait sur elle ?

Très vite, Natalie se tourne vers d’autres femmes, s’efforçant de convaincre Pauline que la fidélité ne fait que séparer les amantes en étouffant leur amour. Après les premières semaines d’idylle avec Liane, Natalie a définitivement abandonné toute idée de fidélité, multipliant les amours éphémères et les rencontres sans lendemain – ce qui lui a parfois valu des missives incendiaires de la part de Liane qui apprenait ses liaisons par des connaissances communes. Pauline, qui n’aime que Natalie, souffre de chacune de ses liaisons et éprouve un terrible sentiment de jalousie, notamment à l’égard de Liane de Pougy.

Les disputes et les réconciliations se succèdent au rythme d’une danse complexe :

Comment la quitter ? Elle voit que je veux m’en aller, et c’est elle qui s’en va. Si je m’en vais, elle me tourne le dos, je ne puis la laisser partir ainsi. Elle m’irrite, et c’est elle qui pleure : à elle toutes les voluptés. Elle pleure aussi parce que ce n’est pas juste que je ne l’irrite pas au moins un peu. Que sa face m’énerve, que son dos m’attendrit et me crispe tour à tour, puis tout à la fois. Ah ! ses épaules comme découragées, voutées par moi ? par d’autres ? par tout ce qui lui arrive et ne lui arrive pas ? Elle s’en va, oui, décidément… Ne pas la poursuivre ? Ce serait la poignarder entre ses deux frêles épaules : en amour, les crimes passifs comptent…

« Chère Natalie Barney », écrit par Jean Chalon, éd. Flammarion, 1992, p.91

Une influence réciproque

Ce sont l’écriture et la poésie qui vont véritablement rapprocher Natalie Barney et Pauline Tarn/Renée Vivien, jusqu’à lier leurs deux destins d’une façon irrémédiable. Leurs œuvres respectives présentent, comme l’analyse Karla Jay dans son ouvrage « The Amazon and the Page », des thèmes, des schémas et des archétypes communs qui sont parfois même interconnectés 5. Dans le domaine artistique, Natalie Barney joue le rôle de la théoricienne, et Renée Vivien de l’exploratrice. Leur tentative d’imaginer le monde d’un point de vue gynocentrique et leur ambition de réhabiliter, dans une optique féministe, des mythes et des figures féminines telles que Lilith, Viviane ou Vashti préfigurent des réflexions et des préoccupations de féministes de la seconde moitié du XXe siècle 6.

Natalie sera le principal sujet d’inspiration du premier recueil de Pauline, « Études et Préludes », qui lui est également dédié. Pauline publiera ce recueil en 1901 sous le nom ambigu de R.Vivien, puis adoptera définitivement son nom de plume « Renée Vivien ».

Natalie et Pauline ne cesseront de s’influencer mutuellement durant toute la durée de leur histoire d’amour qui donnera naissance, directement ou indirectement, à de nombreux textes et poèmes. La mort prématurée de Pauline inspirera plusieurs poèmes à Natalie Barney et pourrait être à l’origine de son roman gothique « The One Who Is Legion », qui met en scène un personnage androgyne ramené·e à la vie après son suicide et mené·e devant un livre relatant sa propre existence 7.

Sappho – que Natalie fera découvrir à Pauline/Renée Vivien – aura une grande influence sur les deux femmes. Suivant son exemple et ses traces, elles concevront le projet de rassembler autour d’elles un collège de poétesses et visiteront Mytilène en 1905  – une visite qui sera en partie une déception. Pauline/Renée Vivien publiera enfin une traduction de Sappho en 1903.

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«Sapphô et Alcée» par Lawrence Alma-Tadema, 1881

Pages, amants et maîtresses

Depuis son enfance et son portrait peint par Carolus Duran, Natalie a toujours été attirée par la figure du page, associée dans son esprit à celle du chevalier-servant, elle-même étroitement liée à la tradition littéraire de l’amour courtois.

En revêtant son habit de page florentin pour aller déposer des fleurs aux pieds de Liane de Pougy, Natalie Barney a déjà esquissé les contours de ce nouvel amour courtois lesbien. La femme aimée y devient une maîtresse ou une souveraine volontiers tyrannique, finalement toujours inaccessible, à laquelle le page/chevalier voue une totale obéissance et une adoration quasi mystique 8. Dans ses lettres à Liane, Natalie a multiplié les marques de soumission et les déclarations d’impuissance ; des images qui constituent un langage poétique et amoureux, mais qui ne nous disent en réalité pas grand-chose de leur relation.  

Un amour courtois lesbien

Pauline va totalement adhérer à cette vision de l’amour courtois redessiné par Natalie. Dans leurs œuvres comme dans leurs vies, toutes deux vont se réapproprier, et par là même subvertir, les codes et les images de l’amour courtois traditionnel. À propos de celui-ci, il ne faut pas se laisser abuser par l’apparent renversement de la hiérarchie des sexes qu’il opère à travers la relation entre le chevalier-servant et la dame aimée. En réalité, l’amour courtois apparaît comme une énième métamorphose de la domination masculine, dissimulant même une culture du viol particulièrement perverse 9.

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Renée Vivien en Camille Desmoulins, 1900

Dans une relation lesbienne, les deux amantes sont des égales. Les rôles de page/maîtresse pouvant être alternativement joués par chacune d’entre elles, les rapports de domination institués par l’hétéropatriarcat sont ainsi brouillés, sans toutefois être totalement déconstruits.   

De plus, la balance des pouvoirs au sein du couple page/maîtresse est plus difficile à évaluer qu’il n’y paraît au premier abord. Qui mène réellement la danse ? La dame que l’on place sur un piédestal, ou bien le page qui détient et exerce la faculté de clamer et revendiquer son amour à travers l’écriture ? Qui connaît véritablement la volupté, les « vertiges lumineux qui montent de l’abîme et l’appel de l’eau très profonde » 10 ? Celle qui est adorée, ou bien le page qui s’abandonne à une extase amoureuse ? Car pour Natalie comme pour Pauline, l’amour est toujours une expérience mystique, une religion païenne.

Une certaine rivalité persiste ainsi entre Natalie et Pauline, qui veulent toutes deux jouer le rôle du page/amant/poète :

Son amour naissant, exalté par l’imagination, s’appropria mon rôle d’amant-poète. Après chaque rendez-vous, « car la nuit fut à nous comme à d’autres le jour », je recevais d’elle fleurs et poèmes…

« Souvenirs indiscrets », écrit par Natalie Clifford Barney, éd. Flammarion, 1960

Après avoir rejeté le monde et surmonté sa déception à l’égard du demi-monde, c’est bien en amant-poète que Natalie Barney fait une entrée très discrète, mais déterminée, en littérature.


Poursuivre la lecture – épisode 6

Image illustrant l’article : Le Palais de Glace, photographie d’Albert Brichaut, entre 1870 et 1901 ©Paris Musées / Musée Carnavalet

Notes

  1. Les éléments biographiques concernant Pauline Tarn/Renée Vivien sont tirés de « Tes blessures sont plus douces que leurs caresses », écrit par Jean-Paul Goujon, éd. Régine Deforges, 1986, p.29[]
  2. « Souvenirs indiscrets », écrit par Natalie Clifford Barney, éd. Flammarion, 1960[]
  3. « Une femme m’apparut », écrit par Renée Vivien, éd. A. Lemerre, 1905, p.25[]
  4. « Une femme m’apparut », écrit par Renée Vivien, éd. A. Lemerre, 1905, p.19[]
  5. « The Amazon and the Page », écrit par Karla Jay, éd. Indiana University Press, 1988, introduction, p.12[]
  6. « The Amazon and the Page », écrit par Karla Jay, éd. Indiana University Press, 1988, introduction, p.14-15[]
  7. « Women of the Left Bank », écrit par Shari Benstock, éd. University of Texas Press, 1986, p.299[]
  8. « The Amazon and the Page », écrit par Karla Jay, éd. Indiana University Press, 1988, introduction, p.89[]
  9. à ce sujet, je vous recommande d’écouter Valérie Rey-Robert interviewée par Victoire Tuaillon dans « Les couilles sur la table », épisode n° 37 « Les vrais hommes ne violent pas. »[]
  10. « Une femme m’apparut », écrit par Renée Vivien, éd. A. Lemerre, 1905, p.36[]
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