{"id":3550,"date":"2024-09-11T14:57:38","date_gmt":"2024-09-11T12:57:38","guid":{"rendered":"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/?p=3550"},"modified":"2024-09-11T14:58:30","modified_gmt":"2024-09-11T12:58:30","slug":"sur-la-route-avec-annemarie-schwarzenbach-ii","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/sur-la-route-avec-annemarie-schwarzenbach-ii\/","title":{"rendered":"Sur la route avec Annemarie Schwarzenbach, II"},"content":{"rendered":"\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Voir une femme&nbsp;\u00bb est une nouvelle \u00e9crite par Annemarie Schwarzenbach en 1929 et demeur\u00e9e in\u00e9dite jusqu\u2019\u00e0 sa red\u00e9couverte par son petit-neveu, Alexis Schwarzenbach qui l\u2019a retranscrite et fait publier en 2008 aux \u00e9ditions Metropolis. L\u2019histoire de ce texte, qui traite ouvertement du lesbianisme de sa jeune narratrice, est envelopp\u00e9e d\u2019une part de myst\u00e8re qui, \u00e0 mon sens, est r\u00e9v\u00e9latrice de l\u2019homophobie qui a entour\u00e9 la m\u00e9moire d\u2019Annemarie durant des d\u00e9cennies. En effet, \u00ab&nbsp;Voir une femme&nbsp;\u00bb semble avoir \u00e9t\u00e9 \u00ab&nbsp;oubli\u00e9e&nbsp;\u00bb, lors du premier catalogage de son \u0153uvre, effectu\u00e9 en 1980 aux Archives litt\u00e9raires suisses de Berne, \u00e0 la suite du don de son h\u00e9riti\u00e8re, Anita Forrer<sup><a href=\"#footnote_1_3550\" id=\"identifier_1_3550\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"&laquo;&nbsp;Voir une femme&nbsp;&raquo;, &eacute;crit par Annemarie Schwarzenbach, introduction de &Eacute;tienne Barilier, postface d&rsquo;Alexis Schwarzenbach, &eacute;d Metropolis, 2008, p.89\">1<\/a><\/sup>. Non r\u00e9f\u00e9renc\u00e9, il \u00e9tait en quelque sorte priv\u00e9 d\u2019existence et donc inaccessible aux chercheur\u00b7ses et au public. A-t-il \u00e9t\u00e9 jug\u00e9 trop sulfureux et volontairement condamn\u00e9 \u00e0 l\u2019obscurit\u00e9&nbsp;? Et qui aurait pris une telle d\u00e9cision&nbsp;: Anita Forrer, le personnel des archives, une autre personne d\u00e9tentrice de ce texte&nbsp;? En tout \u00e9tat de cause, on peut imaginer qu\u2019il a \u00e9chapp\u00e9 de justesse \u00e0 l\u2019oubli ou \u00e0 une destruction pure et simple. Que peut bien contenir cette nouvelle pour avoir \u00e9t\u00e9 soumise \u00e0 cette forme de censure pendant presque quatre-vingts ans&nbsp;? En tout cas, aucune sc\u00e8ne crue ou choquante, et pas m\u00eame le mot \u00ab&nbsp;lesbienne&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;homosexuelle&nbsp;\u00bb. Son caract\u00e8re transgressif se situe ailleurs, attestant \u00e0 quel point le lesbianisme d\u00e9range et bouscule les normes \u00e9tablies.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Un effacement volontaire<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les \u00e9crits consacr\u00e9s \u00e0 Annemarie Schwarzenbach sont souvent empreints d\u2019une lesbophobie latente qui s\u2019exprime en premier lieu par la n\u00e9gation de son homosexualit\u00e9&nbsp;: on transforme certaines de ses amiti\u00e9s avec des hommes en liaisons, on exag\u00e8re l\u2019importance de son mariage ultra-\u00e9ph\u00e9m\u00e8re avec Claude Clarac, ou on la d\u00e9peint presque en victime d\u2019une horde de \u00ab&nbsp;lesbiennes&nbsp;\u00bb qui auraient jet\u00e9 leur d\u00e9volu sur elle et auxquelles elle aurait c\u00e9d\u00e9, sans que l\u2019on comprenne pourquoi. Apr\u00e8s la lecture de \u00ab&nbsp;Voir une femme&nbsp;\u00bb, cette forme particuli\u00e8re de d\u00e9ni est de plus en plus difficile \u00e0 maintenir. Dans ce r\u00e9cit, Annemarie s\u2019efforce de mettre en mots l\u2019exp\u00e9rience lesbienne, sans mis\u00e9rabilisme ou fin tragique, ce qui le rend plus moderne et transgressif que bien des \u0153uvres, y compris tr\u00e8s r\u00e9centes. En partie autobiographique, puisqu\u2019il met en sc\u00e8ne et d\u00e9veloppe de fa\u00e7on \u00e9vidente l\u2019exp\u00e9rience et les \u00e9motions d\u2019Annemarie, il demeure cependant une \u0153uvre litt\u00e9raire \u00e0 part enti\u00e8re, construit de fa\u00e7on minutieuse et comportant probablement des \u00e9l\u00e9ments de fiction, dans ses personnages ou les \u00e9v\u00e8nements qu\u2019il relate. Dans ce domaine, Annemarie s\u2019emploie souvent \u00e0 semer le doute en choisissant la narration \u00e0 la premi\u00e8re personne et en introduisant dans ses r\u00e9cits des extraits de notes ou de journaux intimes, cens\u00e9s avoir \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9s par le narrateur ou la narratrice, qui renforcent l\u2019impression de lire un document priv\u00e9 ou une confession.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"711\" height=\"768\" src=\"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/Engadin-Annemarie_Schwarzenbach.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3584\" srcset=\"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/Engadin-Annemarie_Schwarzenbach.jpg 711w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/Engadin-Annemarie_Schwarzenbach-278x300.jpg 278w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/Engadin-Annemarie_Schwarzenbach-600x648.jpg 600w\" sizes=\"auto, (max-width: 711px) 100vw, 711px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Paysage de l&rsquo;Engadine, par Annemarie Schwarzenbach, 1936. Biblioth\u00e8que nationale suisse, SLA-Schwarzenbach-A-5-08\/009<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab&nbsp;Voir une femme&nbsp;\u00bb affaiblit \u00e9galement consid\u00e9rablement le discours de \u00ab&nbsp;l\u2019ange inconsolable&nbsp;\u00bb, qui pr\u00e9sente le lesbianisme d\u2019Annemarie comme l\u2019une des manifestations, voire l\u2019une des causes, d\u2019un processus d\u2019autodestruction qui ne pouvait mener qu\u2019\u00e0 une fin tragique. Dans son texte, Annemarie donne un tout autre sens \u00e0 la prise de conscience de son homosexualit\u00e9. La rencontre fortuite de la jeune narratrice avec une autre lesbienne est pr\u00e9sent\u00e9e comme une v\u00e9ritable r\u00e9v\u00e9lation qui lui permet d\u2019acqu\u00e9rir une profonde compr\u00e9hension d\u2019elle-m\u00eame tout en ouvrant un exaltant champ des possibles. Mais cette prise de conscience, qui ouvre la voie \u00e0 l\u2019amour \u2013&nbsp;source de sentiments envoutants et de bonheur&nbsp;\u2013 est aussit\u00f4t ternie par les r\u00e9actions n\u00e9gatives qu\u2019elle provoque dans son entourage. Accusations et menaces \u00e0 peine voil\u00e9es font na\u00eetre dans le c\u0153ur de la narratrice un sentiment qui jusqu\u2019ici en \u00e9tait tout \u00e0 fait absent&nbsp;: une peur terrifiante qui ne la quittera plus et contre laquelle elle devra d\u00e9sormais lutter. L\u2019homosexualit\u00e9, en soi, n\u2019est pas source de souffrance, mais expose \u00e0 l\u2019opprobre et \u00e0 la condamnation de la soci\u00e9t\u00e9. Aimer une autre femme n\u00e9cessite donc un grand courage, car cette transgression s\u2019accompagne in\u00e9vitablement d\u2019une part de lutte et d\u2019angoisse. La peur qui en d\u00e9coule, paralysante et d\u00e9vorante, fait une apparition discr\u00e8te dans \u00ab&nbsp;Voir une femme&nbsp;\u00bb, mais prendra une place de plus en plus importante dans les \u0153uvres post\u00e9rieures d\u2019Annemarie. Cette nouvelle peut ainsi \u00e9galement \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une cl\u00e9 qui \u00e9claire des th\u00e8mes et des concepts que l\u2019on retrouve dans ses romans suivants, notamment dans \u00ab&nbsp;Nouvelle lyrique&nbsp;\u00bb (1933) et \u00ab&nbsp;La mort en Perse&nbsp;\u00bb (1936) qui, avec \u00ab&nbsp;Voir une femme&nbsp;\u00bb, semblent former une sorte de triptyque autobiographique. L\u2019espoir, le courage et l\u2019\u00e9lan n\u00e9s de la r\u00e9v\u00e9lation de \u00ab&nbsp;Voir une femme&nbsp;\u00bb seront \u00e9cras\u00e9s dans l\u2019\u0153uf au cours des ann\u00e9es suivantes. Le champ des possibles ouvert par la d\u00e9couverte de son homosexualit\u00e9 se refermera tr\u00e8s vite et s\u2019ach\u00e8vera par une d\u00e9faite totale et un profond d\u00e9sespoir exprim\u00e9 sans fards dans \u00ab&nbsp;La mort en Perse&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La rencontre comme une r\u00e9v\u00e9lation<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab&nbsp;Voir une femme&nbsp;\u00bb s\u2019ouvre sur une rencontre relat\u00e9e dans une courte note dat\u00e9e du 24 d\u00e9cembre 1929, comme si cet \u00e9v\u00e8nement avait \u00e9t\u00e9 racont\u00e9 et analys\u00e9 peu de temps apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 v\u00e9cu, afin de conserver le souvenir pr\u00e9cis des \u00e9motions qu\u2019il a suscit\u00e9. Cette note pourrait avoir servi de base \u00e0 la r\u00e9daction de la nouvelle, ou au contraire avoir \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9e et ajout\u00e9e plus tard, en guise d\u2019introduction. Comme elle n\u2019est pas sign\u00e9e, on ignore qui est l\u2019auteurice de ces lignes, qui semblent tir\u00e9es d\u2019un journal intime, sans doute celui de la narratrice. Celle-ci reprend ensuite son r\u00e9cit, quelques jours apr\u00e8s l\u2019\u00e9v\u00e8nement racont\u00e9 dans la note&nbsp;: un face-\u00e0-face avec une inconnue, pr\u00e9sent\u00e9 comme un choc, un coup de tonnerre ayant la force d\u2019une r\u00e9v\u00e9lation&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Voir une femme&nbsp;: une seconde seulement, dans le seul et bref espace d\u2019un regard, pour ensuite la perdre \u00e0 nouveau, quelque part dans l\u2019obscurit\u00e9 d\u2019un couloir, derri\u00e8re une porte que je n\u2019ai pas le droit d\u2019ouvrir \u2013&nbsp;mais voir une femme, et sentir dans le m\u00eame instant qu\u2019elle aussi m\u2019a vue, que ses yeux se fixent sur moi, interrogateurs, comme si nous devions nous rencontrer sur le seuil de l\u2019\u00e9tranger, de cette fronti\u00e8re obscure, accabl\u00e9e, de la conscience\u2026 oui, sentir dans cette seconde comment elle se fige elle aussi, presque douloureusement interrompue dans le cours de ses pens\u00e9es, comme si ses nerfs se contractaient, effleur\u00e9s par les miens.<\/p>\n<cite>\u00ab&nbsp;Voir une femme&nbsp;\u00bb, \u00e9crit par Annemarie Schwarzenbach, introduction de \u00c9tienne Barilier, postface d\u2019Alexis Schwarzenbach, \u00e9d Metropolis, 2008, p.17<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La rencontre, qui a lieu par hasard, dans un lieu public, ne dure qu\u2019une poign\u00e9e de secondes, tout juste le temps d\u2019\u00e9changer un regard. Aucun mot n\u2019est prononc\u00e9 et, pourtant, ces deux femmes semblent \u00e0 la fois se reconna\u00eetre l\u2019une et l\u2019autre, mais aussi reconna\u00eetre chez l\u2019autre un sentiment mutuel fait de d\u00e9sir, de connivence, d\u2019un certain sens du danger, du refoul\u00e9 et de l\u2019interdit.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(\u2026) je me tiens la t\u00eate baiss\u00e9e tandis que l\u2019ascenseur s\u2019arr\u00eate dans le hall&nbsp;: un instant, la chaleur et le bruit s\u2019engouffrent, je l\u00e8ve les yeux, une femme se tient en face de moi, elle porte un manteau blanc, son visage est brun sous une chevelure sombre, peign\u00e9e en arri\u00e8re avec une rudesse masculine, je suis frapp\u00e9e par la force, belle et puissante, de son regard, et maintenant nous nous rencontrons, l\u2019espace d\u2019une seconde, et je sens irr\u00e9sistiblement l\u2019\u00e9lan de m\u2019approcher d\u2019elle, l\u2019\u00e9lan plus rude, plus douloureux encore, de suivre l\u2019inconnu monstrueux qui remue en moi comme une nostalgie, une invitation \u2013 Je baisse les yeux et je recule d\u2019un pas. L\u2019ascenseur s\u2019arr\u00eate. Le liftier ouvre la porte, la femme \u00e9trang\u00e8re passe devant moi avec un mouvement de t\u00eate \u00e0 peine perceptible \u2013<\/p>\n<cite>\u00ab&nbsp;Voir une femme&nbsp;\u00bb, \u00e9crit par Annemarie Schwarzenbach, introduction de \u00c9tienne Barilier, postface d\u2019Alexis Schwarzenbach, \u00e9d Metropolis, 2008, p. 21-22<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Un d\u00e9cor familier<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab&nbsp;Voir une femme&nbsp;\u00bb se d\u00e9roule dans un d\u00e9cor qu\u2019Annemarie connaissait bien, le Suvretta House&nbsp;: un luxueux h\u00f4tel de Saint-Moritz o\u00f9 se pressent de richissimes clients servis par une arm\u00e9e de serviteurs obs\u00e9quieux qui leur ouvrent les portes, man\u0153uvrent les ascenseurs et brossent leurs manteaux couverts de neige. La jeune narratrice, \u00e2g\u00e9e de 18 ou 19&nbsp;ans, y passe quelques jours de vacances en compagnie de cousins charg\u00e9s de la chaperonner. La surveillance exerc\u00e9e par ces jeunes hommes n\u2019est pas que symbolique, puisque la narratrice n\u2019est pas tout \u00e0 fait libre de ses mouvements. Elle n\u2019est pas non plus ma\u00eetresse de son temps puisque c\u2019est un appel t\u00e9l\u00e9phonique de son p\u00e8re qui abr\u00e8ge son s\u00e9jour \u00e0 l\u2019h\u00f4tel, aux trois-quarts du r\u00e9cit, mettant \u00e9galement momentan\u00e9ment fin \u00e0 une potentielle histoire d\u2019amour.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"700\" height=\"583\" src=\"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/Suvretta_1913.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3587\" srcset=\"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/Suvretta_1913.jpg 700w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/Suvretta_1913-300x250.jpg 300w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/Suvretta_1913-600x500.jpg 600w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">L&rsquo;h\u00f4tel le \u00ab\u00a0Suvretta House\u00a0\u00bb, 1913. Source : Wikimedia Commons<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019inconnue que rencontre la narratrice dans le hall se nomme Ena Bernstein. Cette femme, belle et charismatique, poss\u00e8de une force particuli\u00e8re, une \u00ab&nbsp;puissance v\u00e9ritable, advenue&nbsp;\u00bb (p.30) qui s\u2019\u00e9prouve \u00ab&nbsp;dans le sang telle une nostalgie, qu\u2019on pouvait toujours repousser, nier, ou maudire comme une r\u00e9bellion de son propre \u00eatre&nbsp;\u00bb. Ena suscite aussit\u00f4t chez la narratrice un sentiment amoureux d\u00e9fini comme une \u00ab&nbsp;attirance excessive&nbsp;\u00bb (p.29), occupant dans ses pens\u00e9es une \u00ab&nbsp;place d\u00e9vastatrice&nbsp;\u00bb (p.29), mais aussi comme une \u00ab&nbsp;nostalgie, encore inexpliqu\u00e9e&nbsp;\u00bb (p.30) qui la fascine et l\u2019effraie. Se retrouver en pr\u00e9sence d\u2019Ena est une perspective \u00e0 la fois exaltante et inqui\u00e9tante, comme une rencontre avec une d\u00e9esse dont on n\u2019imagine pas sortir tout \u00e0 fait indemne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On ne peut qu\u2019\u00eatre frapp\u00e9e par la proximit\u00e9 du titre de \u00ab&nbsp;Voir une femme&nbsp;\u00bb avec le roman de Ren\u00e9e Vivien intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;Une femme m\u2019apparut&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#footnote_2_3550\" id=\"identifier_2_3550\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"&laquo;&nbsp;Une femme m&rsquo;apparut&hellip;&nbsp;&raquo;, de Ren&eacute;e Vivien, &eacute;d A.&nbsp;Lemerre, 1904\">2<\/a><\/sup>, dans lequel la rencontre avec Vally, (organis\u00e9e dans la version de 1905 par la figure \u00e9nigmatique de l\u2019Annonciatrice) bouleverse et change \u00e0 jamais la destin\u00e9e de la narratrice, d\u2019une fa\u00e7on aussi grisante que terrifiante. Dans les deux textes, la vision de la Femme Aim\u00e9e est un choc qui ouvre le r\u00e9cit auquel il sert de d\u00e9clencheur.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019\u00e9voquai l\u2019heure d\u00e9j\u00e0 lointaine o\u00f9 je la vis pour la premi\u00e8re fois, et le frisson qui me parcourut lorsque mes yeux rencontr\u00e8rent ses yeux d\u2019acier mortel, ses yeux aigus et bleus comme une lame. J\u2019eus l\u2019obscure prescience que cette femme m\u2019intimait l\u2019ordre du destin, et que son visage \u00e9tait le visage redout\u00e9 de mon Avenir. Je sentis pr\u00e8s d\u2019elle les vertiges lumineux qui montent de l\u2019ab\u00eeme, et l\u2019appel de l\u2019eau tr\u00e8s profonde. Le charme du p\u00e9ril \u00e9manait d\u2019elle et m\u2019attirait inexorablement. Je n\u2019essayai point de la fuir, car j\u2019aurais \u00e9chapp\u00e9 plus ais\u00e9ment \u00e0 la Mort.<\/p>\n<cite>\u00ab&nbsp;Une femme m\u2019apparut\u2026&nbsp;\u00bb, de Ren\u00e9e Vivien, \u00e9d A.&nbsp;Lemerre, 1904, p.4<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Un \u00e9v\u00e8nement pr\u00e9destin\u00e9 ? <\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019id\u00e9e d\u2019une rencontre scell\u00e9e par le destin est \u00e9galement pr\u00e9sente dans l\u2019esprit de la narratrice de \u00ab&nbsp;Voir une femme&nbsp;\u00bb. L\u2019\u00e9change de regards avec Ena suffit \u00e0 d\u00e9clencher en elle une temp\u00eate d\u2019\u00e9motions nouvelles qui d\u00e9boucheront sur une profonde transformation. Ce voyage int\u00e9rieur, immobile, modifie \u00e0 jamais sa compr\u00e9hension d\u2019elle-m\u00eame et son rapport au monde. Une fois lanc\u00e9, le processus est inarr\u00eatable, ce qui laisse penser \u00e0 la narratrice que la rencontre avec Ena Bernstein \u00e9tait in\u00e9vitable, tout comme ses cons\u00e9quences.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans la petite soci\u00e9t\u00e9 ultra privil\u00e9gi\u00e9e form\u00e9e par les clients de l\u2019h\u00f4tel, o\u00f9 tout le monde se conna\u00eet, Ena est identifi\u00e9e en tant que lesbienne. La fr\u00e9quenter n\u2019est donc pas une d\u00e9cision anodine, puisqu\u2019elle expose aux rumeurs, \u00e0 la r\u00e9probation, \u00e0 l\u2019opprobre. En revanche, ceux et celles qui aiment Ena semblent se reconna\u00eetre instinctivement et partager un sentiment de connivence et de complicit\u00e9. La narratrice rencontre ainsi deux autres personnages qui vont l\u2019accompagner dans sa transformation&nbsp;: un vieil homme, soupirant \u00e9conduit d\u2019Ena et l\u2019une de ces anciennes amantes, Anna Barnowska. Le vieil homme se montre encourageant \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la narratrice et lui confirme que sa rencontre avec Ena \u00e9tait in\u00e9vitable. Cependant, il lui adresse aussi plusieurs avertissements. Enfreindre les lois de la soci\u00e9t\u00e9 pour vivre une histoire d\u2019amour avec Ena, synonyme d\u2019\u00e9motions intenses et d\u2019\u00e9preuves \u00e0 surmonter, n\u2019est pas sans danger, et la narratrice ne lui parait pas poss\u00e9der suffisamment de force pour ne pas s\u2019y br\u00fbler. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vous ai d\u00e9j\u00e0 dit combien il est dangereux de m\u00e9priser le jugement de la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard de cette femme, et de transgresser les limites d\u2019une morale qui a sa justification parce qu\u2019elle est gardienne d\u2019un ordre \u00e9troit, mais n\u00e9cessaire \u2013&nbsp;j\u2019ajoute qu\u2019un \u00eatre faible peut se briser \u00e0 la splendeur s\u00fbre, \u00e9l\u00e9mentaire, d\u2019un sentiment sans frein, et c\u2019est pourquoi je vous prie de faire attention, de vous \u00e9pargner vous-m\u00eame. Mais ne prenez pas ma mise en garde pour une reculade&nbsp;: vous deviez faire la connaissance de Madame Bernstein, je ne pouvais rien y changer, et lorsque je vous ai pr\u00e9sent\u00e9e, ce n\u2019\u00e9tait rien d\u2019autre qu\u2019un raccourci contingent. Comme spectateur de la vie, j\u2019ai appris \u00e0 ne pas regarder les chemins de l\u2019avenir comme quelque chose de hasardeux, mais comme les manifestations n\u00e9cessaires d\u2019une longue pr\u00e9paration int\u00e9rieure.<\/p>\n<cite>\u00ab&nbsp;Voir une femme&nbsp;\u00bb, \u00e9crit par Annemarie Schwarzenbach, introduction de \u00c9tienne Barilier, postface d\u2019Alexis Schwarzenbach, \u00e9d Metropolis, 2008, p.36-37<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bien que bienveillant, l\u2019appel \u00e0 la prudence du vieil homme n\u2019en demeure pas moins une mise en garde et une justification des interdits sociaux qui reviendront dans la bouche de deux autres personnages de la \u00ab&nbsp;Nouvelle Lyrique&nbsp;\u00bb, publi\u00e9e en 1933<sup><a href=\"#footnote_3_3550\" id=\"identifier_3_3550\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"&laquo;&nbsp;Nouvelle lyrique&nbsp;&raquo;, &eacute;crit par Annemarie Schwarzenbach, &eacute;ditions Verdier, 2016, postface de Jean-Yves Masson\">3<\/a><\/sup>. Tout d\u2019abord un vieux po\u00e8te berlinois se saisit des mains du narrateur&nbsp;pour lui souffler&nbsp;: \u00ab&nbsp;Savez-vous \u00e0 quel point vous \u00eates aimable et menac\u00e9&nbsp;? Vous \u00eates tout \u00e0 coup si p\u00e2le, dites-moi ce que je peux faire pour vous&nbsp;\u00bb. Une inqui\u00e9tude que le narrateur commente en ces termes&nbsp;: \u00ab&nbsp;On me dit souvent que je suis en danger. Peut-\u00eatre \u00e0 cause de ma trop grande jeunesse&nbsp;\u00bb.<sup><a href=\"#footnote_4_3550\" id=\"identifier_4_3550\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"&laquo;&nbsp;Nouvelle lyrique&nbsp;&raquo;, &eacute;crit par Annemarie Schwarzenbach, &eacute;ditions Verdier, 2016, postface de Jean-Yves Masson, p.13\">4<\/a><\/sup><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Plus tard dans le r\u00e9cit, c\u2019est le personnage d\u2019Erik qui se charge de lui rappeler le bien-fond\u00e9 des interdits sociaux, cette fois-ci d\u2019un point de vue spirituel et religieux.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On m\u2019a menti&nbsp;: j\u2019aurais pu vivre avec Sybille. Certes, le monde n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 d\u2019accord avec moi et m\u2019aurait puni. Il y a des lois, disait Erik. Je le ha\u00efssais d\u2019\u00eatre plus fort que moi. (\u2026) Il me disait qu\u2019il fallait reconna\u00eetre certaines n\u00e9cessit\u00e9s de la vie. Cela n\u2019avait rien \u00e0 voir avec des pr\u00e9jug\u00e9s sociaux, disait-il, mais avec notre \u00e2me, avec notre relation \u00e0 Dieu. J\u2019\u00e9tais pr\u00eat \u00e0 le reconna\u00eetre et je me sentais tr\u00e8s coupable.<\/p>\n<cite>\u00ab&nbsp;Nouvelle lyrique&nbsp;\u00bb, \u00e9crit par Annemarie Schwarzenbach, \u00e9ditions Verdier, 2016, postface de Jean-Yves Masson, p.79<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans la \u00ab&nbsp;Nouvelle lyrique&nbsp;\u00bb, le narrateur se rem\u00e9more \u00e0 deux reprises la manie de ses proches de lui promettre un avenir sombre et une mort violente. \u00ab&nbsp;On m\u2019a toujours dit qu\u2019il m\u2019arriverait quelque chose un jour, dis-je. Mais je ne l\u2019ai pas cru. Mes professeurs disaient qu\u2019un jour, je me ferais \u00e9craser&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#footnote_5_3550\" id=\"identifier_5_3550\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"&laquo;&nbsp;Nouvelle lyrique&nbsp;&raquo;, &eacute;crit par Annemarie Schwarzenbach, &eacute;ditions Verdier, 2016, postface de Jean-Yves Masson, p.48\">5<\/a><\/sup><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On peut penser qu\u2019Annemarie a re\u00e7u dans la vraie vie des avertissements de ce genre qui, si on les observe froidement, ont tout d\u2019une menace. \u00c0 quel point les a-t-elle int\u00e9gr\u00e9es dans son mode de pens\u00e9e, finissant par s\u2019imaginer \u00eatre r\u00e9ellement la cible d\u2019une terrible mal\u00e9diction, alors qu\u2019elle \u00e9tait la victime d\u2019une l\u2019homophobie ordinaire&nbsp;? Ces mises en garde, lanc\u00e9es par des proches ou par des inconnus, se sont intensifi\u00e9es au fil du temps et sont devenues de sinistres proph\u00e9ties autor\u00e9alisatrices, qui continuent aujourd\u2019hui \u00e0 trouver leur justification dans la th\u00e9orie de \u00ab&nbsp;l\u2019ange inconsolable&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Face au miroir <\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La narratrice passe les jours qui suivent sa rencontre avec Ena Bernstein dans une attente f\u00e9brile qui affecte son corps \u2013&nbsp;devenu fi\u00e9vreux, tremblant et agit\u00e9&nbsp;\u2013, mais aussi son esprit. Ses pens\u00e9es sont troubl\u00e9es par un d\u00e9sir obs\u00e9dant qui soul\u00e8ve de nouvelles interrogations, mais qui apporte aussi des r\u00e9ponses \u00e0 de vieux questionnements qui avaient \u00e0 peine fr\u00f4l\u00e9 sa conscience. La narratrice sait qu\u2019elle se trouve \u00e0 la crois\u00e9e des chemins et contemple, un peu \u00e9tourdie, le champ des possibles. Dans une sc\u00e8ne hautement symbolique, elle finit par se placer debout devant un miroir pour faire face \u00e0 elle-m\u00eame. Elle admet que ce n\u2019est peut-\u00eatre pas la premi\u00e8re fois qu\u2019elle affronte les m\u00eames questionnements, mais cette fois-ci, quelque chose est diff\u00e9rent. Il lui semble d\u00e9sormais se red\u00e9couvrir, \u00eatre capable de s\u2019aimer et comprendre enfin la raison de la tristesse et de la m\u00e9lancolie persistante qui l\u2019ont toujours accabl\u00e9e, en apparence sans raison. La rencontre avec Ena Bernstein \u00e9tait in\u00e9vitable, car elle n\u2019a fait que r\u00e9v\u00e9ler la nature profonde de la narratrice, jusque-l\u00e0 secr\u00e8te et enfouie en elle. Ce face-\u00e0-face avec elle-m\u00eame, avec \u00ab&nbsp;l\u2019inconnu monstrueux&nbsp;\u00bb qui remue en elle, c\u2019est ce moment de v\u00e9rit\u00e9 et de sinc\u00e9rit\u00e9 absolues que sa m\u00e8re, Ren\u00e9e Schwarzenbach, n\u2019a jamais eu le courage de faire, et c\u2019est la diff\u00e9rence fondamentale qui ne cessera de les diviser.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"700\" height=\"472\" src=\"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/Saint-Moritz-decembre1930.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3586\" style=\"width:700px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/Saint-Moritz-decembre1930.jpg 700w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/Saint-Moritz-decembre1930-300x202.jpg 300w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/Saint-Moritz-decembre1930-600x405.jpg 600w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Saint-Moritz, 1930. Source : Bundesarchiv, Bild 102-10944 \/<a href=\"https:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-sa\/3.0\/de\/deed.en\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-sa\/3.0\/de\/deed.en\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\"> CC-BY-SA 3.0<\/a><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La narratrice est consum\u00e9e par une attente et une tension br\u00fblante, qui lui apportent \u00e9galement un bonheur croissant. Son amour pour Ena transfigure son quotidien et les paysages qui l\u2019entourent. \u00c0 la fois distraite et bien plus pr\u00e9sente au monde, elle est habit\u00e9e par une \u00ab&nbsp;monstrueuse pl\u00e9nitude&nbsp;\u00bb (p.44) qui donne un nouvel \u00e9clat au moindre de ses faits et gestes, mais aussi aux rayons du soleil, au bleu du ciel et \u00e0 la blancheur des champs de neige. Annemarie, qui a d\u00e9j\u00e0 employ\u00e9 l\u2019image d\u2019une \u00ab&nbsp;amiti\u00e9 incandescente&nbsp;\u00bb pour qualifier les sentiments qu\u2019elle porte aux femmes dans une lettre \u00e0 son ami, le pasteur Ernst Merz, associe souvent l\u2019amour \u00e0 un sentiment fi\u00e9vreux, br\u00fblant et \u00e9clatant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 l\u2019h\u00f4tel, la narratrice fait la connaissance d\u2019une femme plus \u00e2g\u00e9e, Anna Barnowska, qu\u2019elle juge d\u2019abord d\u2019une \u00ab&nbsp;laideur singuli\u00e8re&nbsp;\u00bb (p.48), mais qui la conquiert tr\u00e8s vite par son esprit et sa conversation spirituelle. Dans un premier temps, la narratrice refuse les avances d\u2019Anna, puis accepte finalement de se rendre dans sa chambre. La discussion, qui sert aux deux femmes \u00e0 se jauger et \u00e0 tenter de prendre l\u2019ascendant l\u2019une sur l\u2019autre, bascule lorsque Anna aborde le sujet d\u2019Ena Bernstein. Anna r\u00e9v\u00e8le avoir \u00e9t\u00e9 bri\u00e8vement son amante et avoir compris, gr\u00e2ce \u00e0 cette liaison, qu\u2019elle aimait les femmes. Son r\u00e9cit fait comprendre \u00e0 la narratrice qu\u2019Anna a exp\u00e9riment\u00e9 exactement la m\u00eame chose qu\u2019elle lors de sa rencontre avec Ena&nbsp;: ce sentiment de reconnaissance muette, de d\u00e9sir et de fatalit\u00e9 qui n\u2019\u00e9tait donc pas un mirage. Cette prise de conscience est un second d\u00e9clic qui pousse la narratrice \u00e0 embrasser Anna.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Une r\u00e9action en cha\u00eene<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tout de suite apr\u00e8s cette sc\u00e8ne, la narratrice retrouve ses amis et sa famille qui l\u2019accusent soudain d\u2019avoir une liaison avec Li, une jeune femme de son entourage. Ces accusations, \u00e9tay\u00e9es par le fait que la narratrice a \u00e9t\u00e9 vue la veille en compagnie d\u2019Anna \u2013\u00a0qui semble avoir une tout aussi mauvaise r\u00e9putation qu\u2019Ena\u00a0\u2013, la bouleversent, la jettent dans l\u2019angoisse et lui font perdre toute confiance en elle. Elle \u00e9tablit aussit\u00f4t un lien avec l\u2019exp\u00e9rience qu\u2019elle vient de vivre, r\u00e9alise qu\u2019elle est prise dans un \u00ab\u00a0filet d\u2019observations et de racontars\u00a0\u00bb (p.60) et tente maladroitement de nier. La nuit suivante, incapable de dormir, elle a une nouvelle r\u00e9v\u00e9lation et comprend enfin le sens du comportement et des remarques \u00e9tranges que ne cessent de lui adresser des inconnu\u00b7es \u2013\u00a0pourquoi tant de femmes se retournent sur son passage et cherchent son affection, et pourquoi cet homme russe, qu\u2019elle croise souvent dans l\u2019h\u00f4tel, lui a lanc\u00e9 un jour qu\u2019elle serait toujours aim\u00e9e des femmes. Pour la premi\u00e8re fois, elle est saisie par un sentiment de peur en pensant \u00e0 ses proches avec qui elle ressent d\u00e9sormais une forme de distance. \u00c0 l\u2019approche du matin, elle retrouve un apaisement en imaginant une figure f\u00e9minine consolatrice, qui lui apparait dans le sillage du souvenir de l\u2019amour maternel. Elle r\u00eave \u00e0 la venue d\u2019une femme, synonyme d\u2019apaisement, de consolation, de beaut\u00e9, qui repousse \u00ab\u00a0les limites du merveilleux\u00a0\u00bb (p.64). Elle est alors saisie par la pens\u00e9e d\u2019Ena et prend la r\u00e9solution de surmonter ses peurs et d\u2019aller \u00e0 sa rencontre.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"640\" height=\"471\" src=\"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/Saint-Moritz_la_nuit_1928.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3585\" srcset=\"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/Saint-Moritz_la_nuit_1928.jpg 640w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/Saint-Moritz_la_nuit_1928-300x221.jpg 300w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/Saint-Moritz_la_nuit_1928-600x442.jpg 600w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Saint-Moritz la nuit, d\u00e9cembre 1928. Source : Gallica<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le lendemain soir, tandis que la narratrice attend Ena dans le hall, elle se surprend \u00e0 craindre de croiser des personnes connues parmi les clients de l\u2019h\u00f4tel, de peur, peut-\u00eatre, d\u2019\u00eatre d\u00e9masqu\u00e9e. Son regard sur cette petite soci\u00e9t\u00e9, privil\u00e9gi\u00e9e et insouciante, a chang\u00e9, r\u00e9veillant en elle \u00ab&nbsp;cette vieille haine de toute cette satisfaction&nbsp;\u00bb (p.66). Elle est d\u00e9tourn\u00e9e d\u2019Ena par un appel t\u00e9l\u00e9phonique de son p\u00e8re qui souhaite qu\u2019elle quitte l\u2019h\u00f4tel le surlendemain. La narratrice ressent une profonde tristesse \u00e0 cette id\u00e9e, mais c\u00e8de aux d\u00e9sirs de son p\u00e8re sans aucune protestation. Puis elle trouve le courage d\u2019aller au-devant d\u2019Ena et de monter dans sa chambre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le r\u00e9cit s\u2019interrompt \u00e0 nouveau sur quelques pages de notes pr\u00e9sent\u00e9es par la narratrice comme une sorte d\u2019extrait de journal intime dans lequel elle a griffonn\u00e9 ses impressions \u00e0 la suite de cette \u00ab&nbsp;premi\u00e8re nuit&nbsp;\u00bb (s\u2019agit-il d\u2019une premi\u00e8re nuit avec Ena&nbsp;?). Elle y parle d\u2019un terrible sentiment d\u2019angoisse, mais aussi de sa r\u00e9solution \u00e0 l\u2019affronter avec courage et de la n\u00e9cessit\u00e9 de se tourner vers une lumi\u00e8re int\u00e9rieure pour y puiser des forces.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je n\u2019ai rien su de cette angoisse qui m\u2019a de nouveau saisie \u2013&nbsp;c\u2019est comme une douleur \u00e0 laquelle on ne peut croire, et on l\u2019accueille en souriant, mais soudain elle cro\u00eet et devient insupportable, et l\u2019on continue de sourire, mais le sourire nous d\u00e9figure&nbsp;\u2013 mon Dieu, on ne me croira pas, que j\u2019\u00e9tais s\u00e9rieuse et que hier encore j\u2019\u00e9tais convaincue par mes propres mots \u2013&nbsp;comment pourrais-je expliquer que cela s\u2019est jet\u00e9 sur moi telle une maladie&nbsp;?<\/p>\n<cite>\u00ab&nbsp;Voir une femme&nbsp;\u00bb, \u00e9crit par Annemarie Schwarzenbach, introduction de \u00c9tienne Barilier, postface d\u2019Alexis Schwarzenbach, \u00e9d Metropolis, 2008, p.71<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le r\u00e9cit reprend l\u2019hiver suivant, \u00e0 la faveur d\u2019un nouveau s\u00e9jour \u00e0 l\u2019h\u00f4tel o\u00f9 la narratrice esp\u00e8re bien recroiser Ena qu\u2019elle n\u2019a pas revue, mais \u00e0 qui elle n\u2019a cess\u00e9 de penser. La perspective d\u2019une nouvelle rencontre suscite chez elle joie, espoir et angoisse. Dans un moment de lucidit\u00e9, face aux paysages de l\u2019Engadine qui lui sont si familiers, elle parvient \u00e0 articuler ses \u00e9motions contradictoires et s\u2019autorise \u00e0 vivre son histoire d\u2019amour avec Ena, malgr\u00e9 la peur et les interdits.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je tentai de rassembler mes id\u00e9es, d\u2019y trouver une explication de mon comportement, l\u2019angoisse de la nuit pr\u00e9c\u00e9dente revint \u00e0 nouveau, et je ne savais pas si c\u2019\u00e9tait la d\u00e9tresse d\u2019une conscience harcel\u00e9e ou l\u2019impuissance en face de ce mal, de cette force, qui faisait ma nostalgie \u2013&nbsp;je r\u00e9p\u00e9tais les mots&nbsp;: \u00ab&nbsp;un mal, une force&nbsp;\u00bb, et cela me parut d\u00e9pourvu de sens&nbsp;\u2013 et je continuai&nbsp;: \u00ab&nbsp;qui est ma nostalgie&nbsp;\u00bb, et dans cette formule, il y eut la douceur et la peine de cet instant, unies \u00e0 la tension presque insupportable de ce qui venait. Le paysage m\u2019\u00e9tait familier, je me sentais li\u00e9e \u00e0 lui, et je pr\u00eatais l\u2019oreille&nbsp;: nulle s\u00e9curit\u00e9 ne voulait-elle en surgir, et parce que j\u2019\u00e9tais n\u00e9anmoins heureuse (quelque part en moi, l\u2019angoisse n\u2019avait pas trouv\u00e9 d\u2019acc\u00e8s) je dis ainsi que j\u2019avais un droit, oh certainement, un droit \u00e0 la nostalgie et un droit \u00e0 la suivre\u2026 mais avoir un droit, c\u2019\u00e9tait si insens\u00e9, cela m\u2019apparut m\u00eame ridicule, et je fus honteuse \u00e9trangement.<\/p>\n<cite>\u00ab&nbsp;Voir une femme&nbsp;\u00bb, \u00e9crit par Annemarie Schwarzenbach, introduction de \u00c9tienne Barilier, postface d\u2019Alexis Schwarzenbach, \u00e9d Metropolis, 2008, p&nbsp;81-82<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Toujours entour\u00e9e de ses proches, la narratrice profite d\u2019un moment o\u00f9 elle est laiss\u00e9e seule \u00e0 l\u2019h\u00f4tel. Elle a d\u00e9sormais int\u00e9gr\u00e9 le fait qu\u2019elle doit agir discr\u00e8tement, en secret, mais aussi le sentiment d\u2019\u00eatre surveill\u00e9e. Dans une sc\u00e8ne qui r\u00e9p\u00e8te le sch\u00e9ma de leur premi\u00e8re rencontre, elle tombe \u00e0 nouveau sur Ena dans le hall, sous le regard suspicieux d\u2019une tabl\u00e9e de vieilles dames. Entre r\u00e9solution et passivit\u00e9, la narratrice se laisse entra\u00eener par Ena dans l\u2019ascenseur, puis dans sa chambre.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La \u00ab\u00a0Nouvelle Lyrique\u00a0\u00bb<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab&nbsp;Nouvelle lyrique&nbsp;\u00bb, est le second ouvrage publi\u00e9 par Annemarie, apr\u00e8s \u00ab&nbsp;Les amis de Bernhard&nbsp;\u00bb&nbsp;(1931). Ce texte raconte l\u2019errance d\u2019un jeune homme, issu d\u2019un milieu privil\u00e9gi\u00e9, qui s\u2019est exil\u00e9 dans une petite ville apr\u00e8s une histoire d\u2019amour avort\u00e9e avec une chanteuse de cabaret pr\u00e9nomm\u00e9e Sybille. Pour augmenter ses chances d\u2019\u00eatre publi\u00e9e, ou peut-\u00eatre pour ne pas choquer son entourage, Annemarie a visiblement transform\u00e9 une histoire d\u2019amour impossible entre deux femmes en une liaison h\u00e9t\u00e9rosexuelle contrari\u00e9e. Pour un\u00b7e lecteurice d\u2019aujourd\u2019hui, cette transposition fait perdre beaucoup de force et d\u2019intensit\u00e9 dramatique au r\u00e9cit, et il lui sera plus difficile de s\u2019\u00e9mouvoir des \u00e9tats d\u2019\u00e2me du protagoniste qui semble renoncer \u00e0 la femme qu\u2019il aime sans beaucoup lutter, \u00e0 cause d\u2019un manque de courage et de confiance en lui. L\u2019allusion du narrateur au roman \u00ab&nbsp;l\u2019Immoraliste&nbsp;\u00bb, de Gide, pourrait cependant indiquer qu\u2019Annemarie ne cherchait pas particuli\u00e8rement \u00e0 susciter de l\u2019empathie \u00e0 l\u2019\u00e9gard de son protagoniste, malgr\u00e9 les appels \u00e0 l\u2019indulgence lanc\u00e9s par celui-ci au tout d\u00e9but de son r\u00e9cit. Peut-\u00eatre s\u2019est-elle employ\u00e9e avant tout \u00e0 mettre en sc\u00e8ne un dilemme entre les valeurs morales du narrateur, ce qu\u2019il pense \u00eatre son devoir, et ses aspirations individuelles.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ici, sur les terres, je comprends l\u2019<em>Immoraliste<\/em> de Gide et je lui suis apparent\u00e9, charg\u00e9 du m\u00eame p\u00e9ch\u00e9, livr\u00e9 \u00e0 une libert\u00e9 ennemie, imaginaire et vaine,<\/p>\n<cite>\u00ab&nbsp;Nouvelle lyrique&nbsp;\u00bb, \u00e9crit par Annemarie Schwarzenbach, \u00e9ditions Verdier, 2016, postface de Jean-Yves Masson, p.16<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si Annemarie ne cherche peut-\u00eatre pas particuli\u00e8rement \u00e0 susciter de l\u2019empathie pour son protagoniste, c\u2019est parce qu\u2019elle-m\u00eame n\u2019est pas certaine de la m\u00e9riter. Dans ses textes, elle n\u2019embellit ni ses \u00e9motions ni ses actes, n\u2019h\u00e9sitant pas \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler par moment ce qu\u2019elle juge \u00eatre un manque de courage ou une faiblesse de caract\u00e8re. Elle lutte \u00e9galement toujours avec l\u2019id\u00e9e que l\u2019homosexualit\u00e9 serait fondamentalement un p\u00e9ch\u00e9, qui lui occasionne un sentiment de culpabilit\u00e9 et qui mine sa capacit\u00e9 \u00e0 agir. La timide revendication d\u2019un \u00ab&nbsp;droit \u00e0 la nostalgie&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 l\u2019amour, qu\u2019elle ne pouvait exprimer dans \u00ab&nbsp;Voir une femme&nbsp;\u00bb sans \u00e9prouver une g\u00eane et une honte, ne s\u2019est pas du tout renforc\u00e9e, bien au contraire. Annemarie n\u2019ose pas compl\u00e8tement enfreindre la morale et les interdits sociaux, cet \u00ab&nbsp;ordre \u00e9troit, mais n\u00e9cessaire&nbsp;\u00bb qui lui a \u00e9t\u00e9 inculqu\u00e9 par son \u00e9ducation et sa foi religieuse.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Des mondes s\u00e9par\u00e9s<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le narrateur de la \u00ab\u00a0Nouvelle lyrique\u00a0\u00bb est tr\u00e8s amoureux de Sybille qui semble \u00e9prouver de l\u2019affection \u00e0 son \u00e9gard, sans pour autant consentir \u00e0 avoir une liaison avec lui. Il faut dire que l\u2019existence de Sybille est un petit peu plus compliqu\u00e9e que celle du narrateur, un fils de bonne famille au portefeuille toujours plein, qui partage son existence entre ses \u00e9tudes et un cercle amical distingu\u00e9 dont les membres semblent tous se fr\u00e9quenter, mais aussi fr\u00e9quenter ses parents. Sybille vit dans un monde beaucoup plus dangereux, dont il ne conna\u00eet rien\u00a0: celui des cabarets et de la p\u00e8gre. Le narrateur finit par apprendre que Sybille est au milieu d\u2019un conflit pour la garde d\u2019un orphelin qui va lui \u00eatre enlev\u00e9e au profit d\u2019un oncle de l\u2019enfant, d\u00e9sign\u00e9 comme tuteur par un tribunal. Il pourrait se saisir de cette situation pour renforcer ses liens avec Sybille en lui venant en aide, mais cela exigerait de lui des d\u00e9cisions radicales et une prise de risque qui bouleverseraient son existence. Il s\u2019en r\u00e9v\u00e8le incapable et choisit la fuite, avant de reprendre la voie qui lui \u00e9tait toute trac\u00e9e\u00a0: une carri\u00e8re dans la diplomatie.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"640\" height=\"468\" src=\"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/Berlin_cabaret.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3588\" style=\"width:640px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/Berlin_cabaret.jpg 640w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/Berlin_cabaret-300x219.jpg 300w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/Berlin_cabaret-600x439.jpg 600w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Cabaret berlinois \u00ab Le Kakadu \u00bb (1919-1937), 1935. Photo de Willem van de Poll, (<a href=\"https:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-sa\/3.0\/deed.en\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-sa\/3.0\/deed.en\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">CC BY-SA 3.0<\/a>)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans sa \u00ab&nbsp;Nouvelle lyrique&nbsp;\u00bb, Annemarie a remplac\u00e9 l\u2019homosexualit\u00e9 par une transgression qui lui semblait \u00e9quivalente. En fr\u00e9quentant une chanteuse de cabaret, le narrateur trahit les valeurs de sa classe sociale et d\u00e9\u00e7oit \u00e9galement les espoirs que sa famille a plac\u00e9s en lui. Ce conflit moral, dont les effets se font ressentir jusque dans son corps, en proie \u00e0 une myst\u00e9rieuse maladie, avait une r\u00e9alit\u00e9 dans le milieu social d\u2019Annemarie \u00e0 son \u00e9poque, mais semble un peu brumeux aux yeux des lecteurices d\u2019aujourd\u2019hui. La \u00ab&nbsp;Nouvelle lyrique&nbsp;\u00bb contient cependant des indices tr\u00e8s int\u00e9ressants sur son \u00e9tat d\u2019esprit. Publi\u00e9e en 1933, mais \u00e9crite en 1931, elle se situe deux ans \u00e0 peine apr\u00e8s la r\u00e9daction de \u00ab&nbsp;Voir une femme&nbsp;\u00bb, dont elle semble \u00eatre une sorte de pendant d\u00e9senchant\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L&rsquo;impasse<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le narrateur s\u2019est retranch\u00e9 dans une petite ville dont on ignore le nom, afin de fuir son \u00e9chec, ses sentiments, mais aussi ses proches. Ces derniers adoptent une strat\u00e9gie particuli\u00e8re pour l\u2019encourager \u00e0 renoncer \u00e0 Sybille. Au lieu de s\u2019emporter, ils ne cessent de l\u2019infantiliser, de le culpabiliser et de le d\u00e9nigrer. Ses sentiments amoureux pour Sybille sont jug\u00e9s ridicules et inconvenants \u2013\u00a0des enfantillages qui ne sont pas s\u00e9rieux et encore moins dignes. Parall\u00e8lement \u00e0 cette humiliation permanente, ses proches prennent des d\u00e9cisions \u00e0 sa place, sans le consulter, comme son ami Magnus qui s\u2019ent\u00eate \u00e0 lui obtenir des invitations chez un ambassadeur aupr\u00e8s de qui il pourrait \u00e9tablir des contacts professionnels et lancer sa carri\u00e8re. \u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le narrateur ressent cruellement qu\u2019il n\u2019est pas pris au s\u00e9rieux, y compris par Sybille, qui n\u2019a pas grand espoir en sa capacit\u00e9 \u00e0 lui venir en aide et qui refuse probablement d\u2019avoir une liaison avec lui pour le prot\u00e9ger.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le narrateur se terre dans une petite ville, sans doute choisie au hasard, afin de se faire oublier \u2013\u00a0ou peut-\u00eatre parce qu\u2019il n\u2019a nulle part o\u00f9 aller. D\u00e9s\u0153uvr\u00e9, il d\u00e9ambule dans la campagne environnante ou tra\u00eene dans un caf\u00e9 o\u00f9 il s\u2019efforce d\u2019\u00e9crire son histoire, probablement en vain. Le voyage int\u00e9rieur effectu\u00e9 par la narratrice de \u00ab\u00a0Voir une femme\u00a0\u00bb, qui d\u00e9bouchait sur une profonde transformation et une affirmation de soi, est devenu une errance sans but. De la m\u00eame mani\u00e8re, les panoramas familiers, aim\u00e9s, de l\u2019Engadine ont c\u00e9d\u00e9 la place \u00e0 des paysages inconnus, parfois inqui\u00e9tants, dans lequel le narrateur est un \u00e9ternel \u00e9tranger. Il explore ainsi les lieux et \u00e9tudie ses habitants avec un m\u00e9lange d\u2019attention et de curiosit\u00e9 tr\u00e8s similaire \u00e0 l\u2019attitude qu\u2019adoptera plus tard Annemarie dans ses reportages.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais comme un \u00e9tranger \u00e0 travers les champs, et je ne suis que tol\u00e9r\u00e9<\/p>\n<cite>\u00ab&nbsp;Nouvelle lyrique&nbsp;\u00bb, \u00e9crit par Annemarie Schwarzenbach, \u00e9ditions Verdier, 2016, postface de Jean-Yves Masson, p.16<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le reste du temps, le narrateur est clou\u00e9 au lit par de myst\u00e9rieuses fi\u00e8vres qui lui donnent d\u2019affreuses migraines et l\u2019emp\u00eachent d\u2019\u00e9crire. La tension amoureuse br\u00fblante et les \u00e9motions \u00e9clatantes ressenties par la narratrice de \u00ab&nbsp;Voir une femme&nbsp;\u00bb se sont transform\u00e9es en une v\u00e9ritable maladie, qui rend faible et mis\u00e9rable. Les acc\u00e8s de fi\u00e8vre dont est victime le narrateur pourraient \u00e9galement symboliser les cons\u00e9quences d\u2019une d\u00e9pression, pr\u00e9sent\u00e9e dans \u00ab&nbsp;Voir une femme&nbsp;\u00bb comme une souffrance soudaine qui saisit la narratrice et s\u2019abat sur elle telle une maladie. Ils pourraient enfin \u00e9voquer les effets de la prise de drogue et du manque, d\u2019autant plus qu\u2019ils alternent avec des visions quelque peu hallucin\u00e9es de la campagne. Mais la \u00ab&nbsp;Nouvelle lyrique&nbsp;\u00bb aurait \u00e9t\u00e9 \u00e9crite en 1931, alors qu\u2019Annemarie n\u2019aurait commenc\u00e9 \u00e0 consommer de la morphine qu\u2019\u00e0 partir d\u2019octobre 1932.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019espoir n\u00e9 de la r\u00e9v\u00e9lation de \u00ab&nbsp;Voir une femme&nbsp;\u00bb s\u2019est en tout cas \u00e9teint, remplac\u00e9 par l\u2019amertume et l\u2019impuissance. Le narrateur admet une forme de d\u00e9faite&nbsp;: il n\u2019a pas assez de forces mentales et physiques pour se r\u00e9volter. Il se sent profond\u00e9ment inad\u00e9quat et priv\u00e9 de racines. Il tire de sa malheureuse histoire d\u2019amour pour Sybille des conclusions radicales&nbsp;: la communication avec l\u2019autre est impossible, la libert\u00e9 est illusoire, et l\u2019amour est aussi dangereux que cette course en voiture effectu\u00e9e en compagnie de Sybille, en pleine nuit, au cours de laquelle ils manquent plusieurs fois d\u2019avoir un accident.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Jet\u00e9 sur les routes, il ne reste plus au narrateur, comme unique perspective, qu\u2019une errance sans fin.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si j\u2019\u00e9tais un vagabond, je pourrais toujours faire ce qui me vient \u00e0 l\u2019esprit, sans avoir \u00e0 rendre de compte. Pas m\u00eame \u00e0 moi, car que suis-je, \u00e0 part une \u00e2me errante&nbsp;? Je n\u2019arrive pas \u00e0 saisir la vie, pas m\u00eame les connexions les plus simples, et pourtant je suis responsable de mes erreurs.<\/p>\n<cite>\u00ab&nbsp;Nouvelle lyrique&nbsp;\u00bb, \u00e9crit par Annemarie Schwarzenbach, \u00e9ditions Verdier, 2016, postface de Jean-Yves Masson, p.77<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">A suivre !<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Image d&rsquo;illustration de l&rsquo;article : Engadine, photo d&rsquo;Annemarie Schwarzenbach. Biblioth\u00e8que nationale suisse, SLA-Schwarzenbach-A-5-08\/003<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n<ol class=\"footnotes\"><li id=\"footnote_1_3550\" class=\"footnote\">\u00ab&nbsp;Voir une femme&nbsp;\u00bb, \u00e9crit par Annemarie Schwarzenbach, introduction de \u00c9tienne Barilier, postface d\u2019Alexis Schwarzenbach, \u00e9d Metropolis, 2008, p.89<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_1_3550\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_2_3550\" class=\"footnote\">\u00ab&nbsp;Une femme m\u2019apparut\u2026&nbsp;\u00bb, de Ren\u00e9e Vivien, \u00e9d A.&nbsp;Lemerre, 1904<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_2_3550\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_3_3550\" class=\"footnote\">\u00ab&nbsp;Nouvelle lyrique&nbsp;\u00bb, \u00e9crit par Annemarie Schwarzenbach, \u00e9ditions Verdier, 2016, postface de Jean-Yves Masson<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_3_3550\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_4_3550\" class=\"footnote\">\u00ab&nbsp;Nouvelle lyrique&nbsp;\u00bb, \u00e9crit par Annemarie Schwarzenbach, \u00e9ditions Verdier, 2016, postface de Jean-Yves Masson, p.13<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_4_3550\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_5_3550\" class=\"footnote\">\u00ab&nbsp;Nouvelle lyrique&nbsp;\u00bb, \u00e9crit par Annemarie Schwarzenbach, \u00e9ditions Verdier, 2016, postface de Jean-Yves Masson, p.48<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_5_3550\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><\/ol>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Voir une femme&nbsp;\u00bb est une nouvelle \u00e9crite par Annemarie Schwarzenbach en 1929 et demeur\u00e9e in\u00e9dite jusqu\u2019\u00e0 sa red\u00e9couverte par son petit-neveu, Alexis Schwarzenbach qui l\u2019a retranscrite et fait publier en 2008 aux \u00e9ditions Metropolis. L\u2019histoire de ce texte, qui traite ouvertement du lesbianisme de sa jeune narratrice, est envelopp\u00e9e d\u2019une part de myst\u00e8re qui, \u00e0 [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":3581,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","_seopress_robots_follow":"","_seopress_robots_imageindex":"","_seopress_robots_snippet":"","_seopress_robots_primary_cat":"none","_seopress_robots_breadcrumbs":"","_seopress_robots_freeze_modified_date":"","_seopress_robots_custom_modified_date":"","_seopress_robots_canonical":"","_seopress_social_fb_title":"","_seopress_social_fb_desc":"","_seopress_social_fb_img":"","_seopress_social_fb_img_attachment_id":0,"_seopress_social_fb_img_width":0,"_seopress_social_fb_img_height":0,"_seopress_social_twitter_title":"","_seopress_social_twitter_desc":"","_seopress_social_twitter_img":"","_seopress_social_twitter_img_attachment_id":0,"_seopress_social_twitter_img_width":0,"_seopress_social_twitter_img_height":0,"_seopress_redirections_value":"","_seopress_redirections_enabled":"","_seopress_redirections_enabled_regex":"","_seopress_redirections_logged_status":"both","_seopress_redirections_param":"","_seopress_redirections_type":301,"_seopress_analysis_target_kw":"","footnotes":""},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-3550","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-biographies"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3550","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3550"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3550\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3637,"href":"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3550\/revisions\/3637"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3581"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3550"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3550"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3550"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}