{"id":3464,"date":"2024-09-11T10:05:23","date_gmt":"2024-09-11T08:05:23","guid":{"rendered":"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/?p=3464"},"modified":"2024-09-11T15:00:30","modified_gmt":"2024-09-11T13:00:30","slug":"annemarie-schwarzenbach-un-monde-sans-issue","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/annemarie-schwarzenbach-un-monde-sans-issue\/","title":{"rendered":"Annemarie Schwarzenbach : un monde sans issue\u00a0\u00a0"},"content":{"rendered":"\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity deux\"\/>\n\n\n\n<div style=\"height:18px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le nom d\u2019Annemarie Schwarzenbach vous est probablement familier. Peut-\u00eatre avez-vous lu l\u2019un de ses livres, par exemple \u00ab&nbsp;La mort en Perse&nbsp;\u00bb, l\u2019un de ses romans les plus connus&nbsp;? \u00c0 moins que vous n\u2019ayez aper\u00e7u quelques photos de son voyage \u00e9pique, de Gen\u00e8ve \u00e0 Kaboul, effectu\u00e9 en Ford en compagnie d\u2019une compatriote, la c\u00e9l\u00e8bre voyageuse et reporter suisse Ella Maillart&nbsp;? Plus s\u00fbrement \u00eates-vous d\u00e9j\u00e0 tomb\u00e9e, quelque part sur Internet, sur l\u2019une de ses photos, la montrant au volant d\u2019une voiture rutilante ou dans une pose nonchalante, une cigarette ou un appareil photo \u00e0 la main. Intrigu\u00e9e par sa beaut\u00e9, sa silhouette \u00e9l\u00e9gante et androgyne, vous avez sans doute d\u00e9couvert, en quelques clics, les grandes lignes d\u2019une existence aussi courte que tumultueuse&nbsp;: ses amours lesbiennes, ses voyages incessants \u00e0 travers le monde, une terrible d\u00e9pendance \u00e0 la morphine et une mort pr\u00e9coce, \u00e0 trente-quatre ans, des suites d\u2019un \u00e9trange accident de bicyclette.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:21px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"750\" height=\"762\" src=\"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/Annemarie-Schwarzenbach-autoportrait.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3472\" srcset=\"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/Annemarie-Schwarzenbach-autoportrait.jpg 750w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/Annemarie-Schwarzenbach-autoportrait-295x300.jpg 295w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/Annemarie-Schwarzenbach-autoportrait-600x610.jpg 600w\" sizes=\"auto, (max-width: 750px) 100vw, 750px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Annemarie Schwarzenbach, autoportrait, 1935. Source :<a href=\"https:\/\/gtmuseum.org\/pages-from-the-photography-collection\/iv-annemarie-schwarzenbach\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/gtmuseum.org\/pages-from-the-photography-collection\/iv-annemarie-schwarzenbach\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\"> Godwin-Ternbach Museum<\/a> <\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On peut affirmer sans crainte que la beaut\u00e9 d\u2019Annemarie Schwarzenbach aura jou\u00e9 un r\u00f4le consid\u00e9rable dans sa vie, scellant son destin ainsi que la post\u00e9rit\u00e9 de son \u0153uvre. Partout o\u00f9 elle s\u2019est rendue, Annemarie aura attir\u00e9 tous les regards et b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de toutes les attentions. Son visage, incroyablement photog\u00e9nique, est peut-\u00eatre aussi la raison pour laquelle son \u0153uvre a \u00e9t\u00e9 sauv\u00e9e de l\u2019oubli, \u00e0 la fin des ann\u00e9es&nbsp;1980, une quarantaine d\u2019ann\u00e9es apr\u00e8s son d\u00e9c\u00e8s. Il faut bien reconna\u00eetre que les portraits d\u2019Annemarie Schwarzenbach ont quelque chose de fascinant, peut-\u00eatre \u00e0 cause de son allure moderne, qui nous para\u00eet encore aujourd\u2019hui si s\u00e9duisante, ou bien de sa beaut\u00e9 presque douloureuse. Ses traits tir\u00e9s, parfois m\u00eame \u00e9maci\u00e9s, et son regard fi\u00e9vreux \u2013&nbsp;voire trouble&nbsp;\u2013 expriment une souffrance qui nous interroge et sur laquelle nous aimerions, peut-\u00eatre inconsciemment, poser des mots.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si la beaut\u00e9 d\u2019Annemarie Schwarzenbach n\u2019a rien perdu de son pouvoir de s\u00e9duction, elle constitue une bien mauvaise raison de s\u2019int\u00e9resser \u00e0 sa vie et \u00e0 son \u0153uvre. D\u2019ailleurs, si d\u2019aventure vous vous \u00eates risqu\u00e9e \u00e0 entamer des recherches plus pouss\u00e9es \u00e0 son sujet, afin de trouver des r\u00e9ponses \u00e0 vos questions, vos lectures vous auront peut-\u00eatre laiss\u00e9 une impression d\u00e9sagr\u00e9able de confusion. Beaucoup des textes qui lui sont consacr\u00e9s semblent \u00e9chouer \u00e0 la comprendre, exprimant eux-m\u00eames une forme de perplexit\u00e9 ou d\u2019incompr\u00e9hension, se perdant dans d\u2019interminables conjectures pour tenter d\u2019expliquer le \u00ab&nbsp;myst\u00e8re&nbsp;\u00bb de sa personnalit\u00e9 et de ses choix.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La figure trompeuse de l&rsquo;ange<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En premier lieu, j\u2019imagine que vous \u00eates souvent tomb\u00e9e, en guise d\u2019introduction, sur la d\u00e9sormais c\u00e9l\u00e8bre formule de Roger Martin du Gard, comparant le visage d\u2019Annemarie \u00e0 celui d\u2019un \u00ab&nbsp;ange inconsolable&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#footnote_1_3464\" id=\"identifier_1_3464\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Roger Martin du Gard avait &eacute;crit la d&eacute;dicace suivante dans l&rsquo;un de ses livres, destin&eacute;e &agrave; Annemarie&nbsp;: &laquo;&nbsp;Pour Annemarie &ndash;&nbsp;en la remerciant de promener sur cette terre son beau visage d&rsquo;ange inconsolable&nbsp;&raquo;. Source : postface de Charles Linsmayer, dans &laquo;&nbsp;La Vall&eacute;e heureuse&nbsp;&raquo;, d&rsquo;Annemarie Schwarzenbach,  &eacute;d. de l&rsquo;Aire, 1991,p.134\">1<\/a><\/sup>. L\u2019\u00e9crivain ne fut pas le seul \u00e0 reconna\u00eetre la figure d\u2019un ange dans la beaut\u00e9 irr\u00e9elle d\u2019Annemarie Schwarzenbach. \u00ab&nbsp;Annemarie me faisait le m\u00eame effet qu\u2019\u00e0 tous les gens&nbsp;: un \u00e9trange m\u00e9lange d\u2019homme et de femme&nbsp;\u00bb, raconte par exemple la photographe Marianne Breslauer, qui a voyag\u00e9 \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s en Espagne, en 1933 \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une s\u00e9rie de reportages. \u00ab&nbsp;Pour moi, elle correspondait, je l\u2019ai d\u00e9j\u00e0 dit cent fois, \u00e0 l\u2019image que me je faisais de l\u2019ange Gabriel au paradis&nbsp;\u00bb.<sup><a href=\"#footnote_2_3464\" id=\"identifier_2_3464\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"T&eacute;moignage issu du documentaire &laquo;&nbsp;Une Suisse rebelle, Annemarie Schwarzenbach&nbsp;&raquo;, un documentaire r&eacute;alis&eacute; par Carole Bonstein, &eacute;crit par Nasser Bakhti, Carole Bonstein et Daniel Gibel, produit par Troubadour Film, 2000\">2<\/a><\/sup><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comparer Annemarie \u00e0 un ange \u2013&nbsp;ces \u00eatres parfaits et \u00e9th\u00e9r\u00e9s&nbsp;\u2013, est une fausse piste qui la rel\u00e8gue d\u2019embl\u00e9e dans la cat\u00e9gorie des \u00ab&nbsp;cr\u00e9atures&nbsp;\u00bb&nbsp;: surnaturelles, \u00e9tranges, \u00e9nigmatiques et finalement un peu monstrueuses. Cet id\u00e9al de perfection inhumaine peut-il d\u00e9boucher sur autre chose qu\u2019une am\u00e8re d\u00e9ception \u2013&nbsp;d\u2019ailleurs plut\u00f4t injuste&nbsp;: qui pourrait se montrer \u00e0 la hauteur de telles attentes&nbsp;? Dans notre soci\u00e9t\u00e9 impr\u00e9gn\u00e9e de culture chr\u00e9tienne, la figure de l\u2019ange \u00e9voque \u00e9galement immanquablement la damnation, la chute et l\u2019exil. Loin d\u2019\u00eatre un hasard, l\u2019allusion indirecte aux anges d\u00e9chus fait r\u00e9f\u00e9rence au destin funeste d\u2019Annemarie, \u00e0 sa mort pr\u00e9coce, que ses contemporains auraient donc pu entrapercevoir sur son visage, comme une sorte de mal\u00e9diction.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:35px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"600\" height=\"354\" src=\"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/Cabanel-Lange_dechu.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3486\" srcset=\"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/Cabanel-Lange_dechu.jpg 600w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/Cabanel-Lange_dechu-300x177.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">L&rsquo;ange d\u00e9chu, par Alexandre Cabanel, 1847 (<a href=\"https:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-sa\/3.0\/deed.en\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-sa\/3.0\/deed.en\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">CC BY-SA 3.0<\/a>)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous verrons qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9, la mort d\u2019Annemarie n\u2019avait rien d\u2019in\u00e9luctable, comme l\u2019a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 son petit-neveu, Alexis Schwarzenbach, dans son ouvrage intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;Maman, tu dois lire mon livre\/Annemarie Schwarzenbach, sa m\u00e8re et sa grand-m\u00e8re&nbsp;\u00bb&nbsp;publi\u00e9 en 2007. Dans ce livre sont d\u00e9taill\u00e9es les circonstances v\u00e9ritables de son d\u00e9c\u00e8s, qui n\u2019a pas vraiment \u00e9t\u00e9, comme on le croyait, caus\u00e9 par les blessures li\u00e9es \u00e0 un accident de bicyclette, aggrav\u00e9es par sa consommation de drogue. \u00c0 la lecture du r\u00e9cit \u00e9tabli par Alexis Schwarzenbach, il apparait que la mort d\u2019Annemarie semble plut\u00f4t avoir \u00e9t\u00e9 la cons\u00e9quence directe des traitements inhumains et compl\u00e8tement inappropri\u00e9s qui lui ont \u00e9t\u00e9 inflig\u00e9s \u00e0 la suite de cette chute, en particulier par le psychiatre Oscar Forel qui avait d\u00e9j\u00e0 tent\u00e9 par le pass\u00e9 de \u00ab&nbsp;traiter&nbsp;\u00bb son lesbianisme et sa toxicomanie, c\u2019est-\u00e0-dire de la faire rentrer dans le rang \u00e0 tout prix. Le nom d\u2019Oscar Forel sera peut-\u00eatre familier \u00e0 certaines d\u2019entre vous, puisqu\u2019il est \u00e9galement le psychiatre qui diagnostiqua \u00e0 Zelda Fitzgerald, tout comme d\u2019ailleurs \u00e0 Annemarie, une \u00ab&nbsp;schizophr\u00e9nie&nbsp;\u00bb, qui lui valut d\u2019\u00eatre intern\u00e9e et de subir des s\u00e9ances d\u2019\u00e9lectrochocs. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Un d\u00e9c\u00e8s suspect<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Jusqu\u2019\u00e0 la sortie du livre d\u2019Alexis Schwarzenbach, les circonstances de la mort d\u2019Annemarie sont rest\u00e9es floues. L\u2019accident de bicyclette,  aussi inattendu qu\u2019absurde, survenu en septembre&nbsp;1942&nbsp;entre Sils-Baselgia et Saint-Moritz, venait clore la vie et les biographies d\u2019Annemarie avec la brutalit\u00e9 d\u2019un couperet. Cette version des faits, avanc\u00e9e par sa famille, comportait cependant des zones d\u2019ombre plut\u00f4t troublantes qui auraient pu (d\u00fb&nbsp;?) soulever des questions. D\u2019apr\u00e8s le r\u00e9cit officiel, la chute d\u2019Annemarie lui aurait ainsi occasionn\u00e9 une plaie \u00e0 la t\u00eate, qui ne n\u00e9cessitait pourtant pas de points de suture, une forte commotion c\u00e9r\u00e9brale, mais aussi une sorte de syndrome psychiatrique&nbsp;: une confusion et une agitation s\u00e9v\u00e8res que ses m\u00e9decins ne seraient pas parvenus \u00e0 soigner. Ce syndrome psychiatrique \u2013&nbsp;ou peut-\u00eatre une enc\u00e9phalopathie toxique, les m\u00e9decins semblaient h\u00e9siter&nbsp;\u2013 aurait \u00e9t\u00e9 une cons\u00e9quence de sa toxicomanie. D\u2019apr\u00e8s les t\u00e9moignages, sa chute l\u2019aurait plong\u00e9e dans un \u00e9tat second&nbsp;: elle ne reconnaissait plus ses proches et se serait m\u00eame \u00ab&nbsp;tra\u00een\u00e9e sur le sol comme un animal&nbsp;\u00bb. Apr\u00e8s une courte hospitalisation, Annemarie a \u00e9t\u00e9 install\u00e9e dans sa maison de Sils sur ordre de sa m\u00e8re et laiss\u00e9e, sans aucune sorte de supervision, \u00e0 la merci d\u2019infirmi\u00e8res qui l\u2019auraient trait\u00e9e avec \u00ab&nbsp;brutalit\u00e9&nbsp;\u00bb. Elle est d\u00e9c\u00e9d\u00e9e dix semaines plus tard dans la solitude la plus absolue<sup><a href=\"#footnote_3_3464\" id=\"identifier_3_3464\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Pour le r&eacute;cit de la mort d&rsquo;Annemarie, voir : &laquo;&nbsp;Annemarie Schwarzenbach ou le mal d&rsquo;Europe&nbsp;&raquo;, &eacute;crit par Dominique Laure Miermont, &eacute;d. Payot, 2004, p.369 &agrave; 374 ou la postface de Charles Linsmayer dans &laquo;&nbsp;La Vall&eacute;e heureuse&nbsp;&raquo;, d&rsquo;Annemarie Schwarzenbach, &eacute;d. de l&rsquo;Aire, 1991\">3<\/a><\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce r\u00e9cit, construit et liss\u00e9 au fil du temps par la famille d\u2019Annemarie, semble \u00e0 bien des \u00e9gards \u00e9trange, voire invraisemblable. Pourtant, il n\u2019a soulev\u00e9 aucune interrogation. Les auteurices des textes consacr\u00e9s \u00e0 Annemarie Schwarzenbach ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 se concentrer sur la th\u00e8se du sort tragique et pr\u00e9destin\u00e9 de \u00ab&nbsp;l\u2019ange inconsolable&nbsp;\u00bb qui repose sur deux arguments. D\u2019abord, la d\u00e9pendance \u00e0 la morphine dont Annemarie souffrit durant les dix derni\u00e8res ann\u00e9es de sa vie, sans jamais parvenir \u00e0 s\u2019en lib\u00e9rer. Les sevrages brutaux et solitaires, les nombreuses cures de d\u00e9sintoxication en clinique, furent vains et toujours suivis de rechutes. Son \u00e9tat ne cessa de s\u2019aggraver, jusqu\u2019\u00e0 provoquer une longue crise lors d\u2019un s\u00e9jour aux \u00c9tats-Unis en 1940, durant laquelle son comportement fut si erratique, et parfois m\u00eame si violent, qu\u2019il la coupa de la plupart de ses amis et soutiens. Cette p\u00e9riode tr\u00e8s sombre s\u2019acheva par une arrestation par la police et un internement en h\u00f4pital psychiatrique, o\u00f9 lui furent inflig\u00e9s des traitements si brutaux qu\u2019elle en demeura profond\u00e9ment traumatis\u00e9e.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Un r\u00e9cit bourr\u00e9 de st\u00e9r\u00e9otypes \u00e9cul\u00e9s<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Outre la consommation de drogue, le lesbianisme est souvent associ\u00e9 \u00e0 l\u2019esp\u00e8ce d\u2019entreprise d\u2019autodestruction dans laquelle se serait lanc\u00e9e Annemarie. Si les choses ne sont jamais formul\u00e9es aussi clairement, le lesbianisme et la toxicomanie d\u2019Annemarie Schwarzenbach apparaissent comme ses deux faiblesses originelles, qui l\u2019auraient men\u00e9e \u00e0 sa perte. L\u2019ange d\u00e9chue, qui ne pouvait \u00e9chapper \u00e0 son ch\u00e2timent, aurait ainsi fini par payer ses transgressions et ses exc\u00e8s. Cette notion d\u2019une punition presque divine est bien s\u00fbr directement li\u00e9e \u00e0 l\u2019id\u00e9e, pr\u00e9sente encore aujourd\u2019hui dans bon nombre d\u2019esprits, que l\u2019homosexualit\u00e9 est fondamentalement contre nature, voire perverse, tout comme d\u2019ailleurs le refus de se conformer aux normes de genre. \u00c0 l\u2019image de Ren\u00e9e Vivien, qui souffrit d\u2019une d\u00e9pendance \u00e0 l\u2019alcool et au chloral et qui mourut pr\u00e9matur\u00e9ment \u00e0 l\u2019\u00e2ge de trente-deux ans, Annemarie Schwarzenbach est ainsi devenue une nouvelle incarnation des \u00ab&nbsp;Femmes damn\u00e9es&nbsp;\u00bb, en r\u00e9f\u00e9rence au po\u00e8me de Charles Baudelaire issu du recueil \u00ab&nbsp;Les Fleurs du mal&nbsp;\u00bb (1857). Les lesbiennes y sont pr\u00e9sent\u00e9es comme des p\u00e9cheresses, mi-folles mi-animales, vou\u00e9es aux flammes de l\u2019enfer&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ombres folles, courez au but de vos d\u00e9sirs&nbsp;; \/ Jamais vous ne pourrez assouvir votre rage, \/ Et votre ch\u00e2timent na\u00eetra de vos plaisirs&nbsp;\u00bb. Dans cet imaginaire misogyne et lesbophobe, l\u2019alcoolisme, la toxicomanie et la d\u00e9pression ne peuvent \u00eatre que des preuves suppl\u00e9mentaires, ou bien des cons\u00e9quences, d\u2019une d\u00e9pravation morale qui finira t\u00f4t ou tard par \u00eatre sanctionn\u00e9e par le ch\u00e2timent ultime&nbsp;: la mort.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Certes, Annemarie Schwarzenbach est en g\u00e9n\u00e9ral d\u00e9peinte d\u2019une fa\u00e7on nuanc\u00e9e. On salue volontiers ses id\u00e9aux humanistes&nbsp;: son rejet visc\u00e9ral du nazisme, le sentiment de compassion et de r\u00e9volte que lui inspiraient la question des in\u00e9galit\u00e9s sociales ou le sort des populations opprim\u00e9es, ou encore ses observations fines et pertinentes, d\u00e9nu\u00e9es de pr\u00e9jug\u00e9s, sur les pays qu\u2019elle a travers\u00e9s. En revanche, sa tendance \u00e0 la d\u00e9pression, sa toxicomanie et son errance d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e sont consid\u00e9r\u00e9es avec perplexit\u00e9. On fait mine de s\u2019interroger \u2013&nbsp;ou pire, on s\u2019interroge sinc\u00e8rement&nbsp;\u2013 sur les causes de ce qui est pr\u00e9sent\u00e9 comme un curieux sabotage. Quelle pouvait bien \u00eatre l\u2019origine de ce d\u00e9sespoir, de cette inqui\u00e9tude f\u00e9brile qui hantait Annemarie Schwarzenbach&nbsp;? Pourquoi une jeune femme riche, belle et talentueuse s\u2019est-elle jet\u00e9e sur les routes dans un interminable voyage, dans une qu\u00eate qui semblait avoir pour seul but une perp\u00e9tuelle mise en mouvement&nbsp;? D\u2019o\u00f9 pouvait bien venir son mal-\u00eatre&nbsp;? N\u2019\u00e9tait-elle pas l\u2019h\u00e9riti\u00e8re d\u2019un magnat de la soie&nbsp;? N\u2019a-t-elle pas grandi dans le cadre enchanteur de la demeure familiale de Bocken, en Suisse, b\u00e9n\u00e9ficiant de tous les luxes et de tous les loisirs de sa classe sociale&nbsp;: les sports d\u2019hiver\u202fdans des stations hupp\u00e9es, l\u2019\u00e9quitation, les concerts du Festival de Bayreuth&nbsp;? Que fuyait Annemarie Schwarzenbach, sinon elle-m\u00eame&nbsp;? Quelle pouvait bien \u00eatre la source de cette angoisse permanente, de cette peur de l\u2019abandon, de cette d\u00e9tresse qui ne trouvera jamais d\u2019apaisement&nbsp;?&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"967\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/Annemarie-Schwarzenbach-au-Tennesse-967x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3499\" style=\"width:967px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/Annemarie-Schwarzenbach-au-Tennesse-967x1024.jpg 967w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/Annemarie-Schwarzenbach-au-Tennesse-283x300.jpg 283w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/Annemarie-Schwarzenbach-au-Tennesse-768x813.jpg 768w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/Annemarie-Schwarzenbach-au-Tennesse-600x635.jpg 600w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/Annemarie-Schwarzenbach-au-Tennesse.jpg 1024w\" sizes=\"auto, (max-width: 967px) 100vw, 967px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Annemarie Schwarzenbach au Tennessee, par Barbara Wright, 1936-1937. Source : <a href=\"https:\/\/www.loc.gov\/pictures\/item\/2017869206\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.loc.gov\/pictures\/item\/2017869206\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Library of Congress<\/a><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Des silences r\u00e9v\u00e9lateurs<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En r\u00e9alit\u00e9, il est tr\u00e8s difficile de comprendre la trajectoire d\u2019Annemarie Schwarzenbach si l\u2019on refuse de reconna\u00eetre \u00e0 quel point son homosexualit\u00e9 aura influenc\u00e9, de fa\u00e7on directe et indirecte, son existence et ses choix. Dans les textes qui lui sont consacr\u00e9s, son lesbianisme est souvent \u00e9voqu\u00e9 le plus succinctement possible, lorsqu\u2019il est vraiment impossible de l\u2019ignorer. Il est \u00e9galement toujours envisag\u00e9 sous l\u2019angle d\u2019une excentricit\u00e9 destructrice, et jamais comme une exp\u00e9rience fondamentale qui aura contribu\u00e9 \u00e0 forger ses plus grandes qualit\u00e9s&nbsp;: son courage, sa lucidit\u00e9 et son honn\u00eatet\u00e9. Annemarie a pourtant d\u00e9crit avec beaucoup de force la prise de conscience de son homosexualit\u00e9 et ses r\u00e9percussions dans sa nouvelle intitul\u00e9e \u00ab&nbsp;Voir une femme&nbsp;\u00bb, un tr\u00e8s beau texte sur l\u2019exp\u00e9rience lesbienne, malheureusement peu connu. En se plongeant dans les \u0153uvres d\u2019Annemarie, en se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 ses propres mots, il devient ais\u00e9 de saisir \u00e0 quel point son homosexualit\u00e9 a jou\u00e9 un r\u00f4le primordial dans la construction de sa personnalit\u00e9, de ses valeurs, de ses convictions politiques, de son rapport au monde et aux autres.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si son lesbianisme a \u00e9t\u00e9 rel\u00e9gu\u00e9 \u00e0 la marge, l\u2019homophobie dont elle a \u00e9t\u00e9 la victime a \u00e9t\u00e9 minimis\u00e9e, voire compl\u00e8tement ignor\u00e9e. C\u2019est pourtant l\u2019intol\u00e9rance de sa famille qui est \u00e0 l\u2019origine de la blessure intime, profonde, qui l\u2019a poursuivie durant toute sa vie. Annemarie n\u2019est jamais parvenue \u00e0 surmonter le traumatisme du rejet familial et est rest\u00e9e prisonni\u00e8re d\u2019une relation d\u2019emprise avec sa m\u00e8re, \u00e9crasante et abusive \u2013&nbsp;une relation fatale \u00e0 bien des \u00e9gards. Cette m\u00e8re qui l\u2019aima d\u2019un amour fusionnel, \u00e9touffant, avant de la repousser violemment, jusqu\u2019\u00e0 en arriver \u00e0 souhaiter sa mort, seule issue au \u00ab&nbsp;probl\u00e8me&nbsp;\u00bb qu\u2019\u00e9tait devenue l\u2019existence de cette fille rebelle et incontr\u00f4lable.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Un exil involontaire<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 l\u2019intol\u00e9rance de sa famille vis-\u00e0-vis de son homosexualit\u00e9 s\u2019est rapidement m\u00eal\u00e9 un conflit politique et id\u00e9ologique, qui s\u2019est nou\u00e9 autour de son rejet intransigeant du nazisme que les Schwarzenbach ont ardemment soutenu, presque depuis la premi\u00e8re heure. D\u00e8s 1934, pour avoir pris publiquement la d\u00e9fense d\u2019Erika Mann, r\u00e9fugi\u00e9e \u00e0 Zurich et cibl\u00e9e par un groupuscule suisse d\u2019extr\u00eame droite (dans une s\u00e9quence qui, selon l\u2019avis de la police de l\u2019\u00e9poque, aurait \u00e9t\u00e9 orchestr\u00e9e par sa m\u00e8re, Ren\u00e9e Schwarzenbach), Annemarie devient litt\u00e9ralement ind\u00e9sirable en Suisse. Elle doit se r\u00e9soudre \u00e0 quitter le pays et ne pourra jamais r\u00e9ellement y revenir, en tout cas pas d\u2019une fa\u00e7on durable et encore moins confortable. Courageusement, elle s\u2019est efforc\u00e9e de donner un sens \u00e0 ses voyages, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u00e9criture de reportages et de romans, ce qui ne l\u2019a pas emp\u00each\u00e9e de souffrir d\u2019une constante nostalgie. C\u2019est bel et bien parce qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 bannie par ses proches qu\u2019Annemarie est devenue une exil\u00e9e, \u00e0 l\u2019image de Ren\u00e9e Vivien, cette autre grande voyageuse compulsive qui semblait incapable de tenir en place. \u00ab&nbsp;Et ma grande douleur terrible, la voici&nbsp;: \/ Partout je redirai&nbsp;: je ne suis pas d\u2019ici&nbsp;\u00bb, se d\u00e9solait Ren\u00e9e Vivien dans son po\u00e8me intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;J\u2019ai jet\u00e9 mes Fleurs&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#footnote_4_3464\" id=\"identifier_4_3464\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Ren&eacute;e Vivien, dans le recueil &laquo;&nbsp;Sillages&nbsp;&raquo;,&nbsp;&eacute;d. E.Sansot et&nbsp;Cie,&nbsp;1908&nbsp;p.&nbsp;52-53\">4<\/a><\/sup>. Dans son ouvrage, \u00ab&nbsp;L\u2019Imaginaire du f\u00e9minin dans l\u2019\u0153uvre de Ren\u00e9e Vivien&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#footnote_5_3464\" id=\"identifier_5_3464\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"&laquo;&nbsp;L&rsquo;Imaginaire du f&eacute;minin dans l&rsquo;&oelig;uvre de Ren&eacute;e Vivien&nbsp;&raquo;, &eacute;crit par Marie-Ange Bartholomot Bessou, &eacute;d. Presses Universitaire Blaise Pascal, 2004\">5<\/a><\/sup> Marie-Ange Bartholomot Bessou d\u00e9fend l\u2019id\u00e9e que Ren\u00e9e Vivien a \u00e9t\u00e9 confront\u00e9e \u00e0 diff\u00e9rentes formes d\u2019exils, parfois choisis et parfois impos\u00e9s. Certains de ces exils sont communs \u00e0 toutes les femmes qui, dans nos soci\u00e9t\u00e9s patriarcales, sont \u00ab&nbsp;victimes d\u2019un long travail de la destruction de l\u2019\u00eatre f\u00e9minin ind\u00e9finiment reconduit&nbsp;\u00bb, conduisant chaque femme \u00e0 \u00ab&nbsp;exp\u00e9rimenter pour son propre compte la permanence d\u2019un exil int\u00e9rieur tr\u00e8s ancien&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#footnote_6_3464\" id=\"identifier_6_3464\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"&laquo;&nbsp;L&rsquo;Imaginaire du f&eacute;minin dans l&rsquo;&oelig;uvre de Ren&eacute;e Vivien&nbsp;&raquo;, &eacute;crit par Marie-Ange Bartholomot Bessou, &eacute;d. Presses Universitaire Blaise Pascal, 2004, p.132\">6<\/a><\/sup>. Exclues de l\u2019Histoire, priv\u00e9es de m\u00e9moire et \u00e9trang\u00e8res \u00e0 elles-m\u00eames, elles sont \u00ab&nbsp;retenues prisonni\u00e8res \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019\u00e9troites limitations, hors d\u2019elles-m\u00eames et de leurs enjeux propres&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#footnote_7_3464\" id=\"identifier_7_3464\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"&laquo;&nbsp;L&rsquo;Imaginaire du f&eacute;minin dans l&rsquo;&oelig;uvre de Ren&eacute;e Vivien&nbsp;&raquo;, &eacute;crit par Marie-Ange Bartholomot Bessou, &eacute;d. Presses Universitaire Blaise Pascal, 2004, p.26\">7<\/a><\/sup>. Toutes les femmes \u2013&nbsp;et parmi elles, les lesbiennes&nbsp;\u2013 qui transgressent ces limitations et refusent le r\u00f4le qui leur est d\u00e9volu sont sujettes au rejet et \u00e0 la violence, comme le rappelait Ren\u00e9e Vivien dans son po\u00e8me \u00ab&nbsp;Enseignement&nbsp;\u00bb, dans lequel elle d\u00e9plorait que les \u00ab&nbsp;sorci\u00e8res&nbsp;\u00bb, ces femmes d\u00e9viantes et rebelles, soient partout trait\u00e9es comme de \u00ab&nbsp;maudites \u00e9trang\u00e8res&nbsp;\u00bb, craintes, chass\u00e9es et ha\u00efes<sup><a href=\"#footnote_8_3464\" id=\"identifier_8_3464\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"&laquo;&nbsp;Enseignement&nbsp;&raquo;, de Ren&eacute;e Vivien, dans le recueil &laquo;&nbsp;Sillages&nbsp;&raquo;,&nbsp;&eacute;d. E. Sansot et&nbsp;Cie,&nbsp;1908, p.&nbsp;102-104\">8<\/a><\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Annemarie aura b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 durant ses voyages de privil\u00e8ges qui ont pu para\u00eetre exorbitants, notamment aux yeux de certains de ses amis, dans le contexte de l\u2019arriv\u00e9e au pouvoir des nazis en Allemagne, puis du d\u00e9clenchement de la Seconde Guerre mondiale. Elle jouissait, en plus de moyens financiers confortables, d\u2019une totale libert\u00e9 de mouvement gr\u00e2ce \u00e0 un passeport diplomatique obtenu \u00e0 la suite de son mariage \u00e9ph\u00e9m\u00e8re avec le diplomate fran\u00e7ais Claude Clarac. Au m\u00eame moment, des millions de personnes se retrouvaient prisonni\u00e8res des fronti\u00e8res de leur propre pays et victimes de pers\u00e9cutions impitoyables. Si les voyages d\u2019Annemarie lui ont permis d\u2019\u00e9chapper \u00e0 toutes sortes de dangers \u2013&nbsp;et tout simplement de rester en vie, ce qui n\u2019\u00e9tait pas une mince affaire durant la Seconde Guerre mondiale&nbsp;\u2013 elle ne trouvera que des refuges temporaires o\u00f9, poursuivie par ses d\u00e9mons, elle sera souvent en proie au d\u00e9sespoir. Le monde, pourtant plus accessible que jamais gr\u00e2ce aux moyens de locomotion modernes, n\u2019offre aucune issue de secours. Seule l\u2019\u00e9criture, qui l\u2019accompagnera toute sa vie, lui apportera un peu de r\u00e9confort, cependant sur un plan plus symbolique et moral que mat\u00e9riel (telle la mystique Mytil\u00e8ne, \u00ab&nbsp;l\u2019\u00eele chim\u00e9rique&nbsp;\u00bb, si ch\u00e8re \u00e0 Ren\u00e9e Vivien), puisque beaucoup de ses textes ne trouveront jamais d\u2019\u00e9diteurs.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"750\" height=\"791\" src=\"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/Annemarie_Schwarzenbach-a-Dubendorf.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3495\" srcset=\"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/Annemarie_Schwarzenbach-a-Dubendorf.jpg 750w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/Annemarie_Schwarzenbach-a-Dubendorf-284x300.jpg 284w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/Annemarie_Schwarzenbach-a-Dubendorf-600x633.jpg 600w\" sizes=\"auto, (max-width: 750px) 100vw, 750px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Annemarie Schwarzenbach \u00e0 D\u00fcbendorf, septembre 1939 . Source : Biblioth\u00e8que de l&rsquo;\u00c9cole polytechnique f\u00e9d\u00e9rale de Zurich (<a href=\"https:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-sa\/4.0\/deed.fr\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">CC BY-SA 4.0<\/a>)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Malgr\u00e9 ses doutes sur ses qualit\u00e9s d\u2019\u00e9crivaine, qui l\u2019auront souvent tortur\u00e9e, l\u2019\u00e9criture aura \u00e9t\u00e9 pour Annemarie un soutien constant qui aura donn\u00e9 un but \u00e0 son existence ou qui, du moins, lui aura donn\u00e9 suffisamment de force pour continuer \u00e0 vivre. Dans un article consacr\u00e9 \u00e0 la romanci\u00e8re am\u00e9ricaine Carson McCullers, rencontr\u00e9e en juin 1940 \u00e0 New York, Annemarie \u00e9voque sa vision de la \u00ab&nbsp;difficile mission de l\u2019\u00e9crivain, mission jamais pleinement accomplie, jamais lib\u00e9ratrice, toujours torturante&nbsp;\u00bb. Cette mission noble, difficile et \u00e2pre, devient au fil des ann\u00e9es de plus en plus d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e, jusqu\u2019\u00e0 se transformer en une \u00ab&nbsp;d\u00e9tresse de vivre seulement pour pouvoir dire la vie, sur la d\u00e9tresse de devoir vivre pourtant&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#footnote_9_3464\" id=\"identifier_9_3464\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"&laquo;&nbsp;Annemarie Schwarzenbach, De monde en monde&nbsp;&raquo;, reportages, 1934-1942, Introduction de Nicole Le Bris, Arthaud Poche, 2018, p.266\">9<\/a><\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L&rsquo;\u00e9criture comme vocation<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Annemarie Schwarzenbach a toujours eu un rapport visc\u00e9ral, passionn\u00e9, \u00e0 l\u2019\u00e9criture, qui fut pour elle une v\u00e9ritable vocation. Elle la consid\u00e9rait comme \u00ab&nbsp;sa seule profession&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#footnote_10_3464\" id=\"identifier_10_3464\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Lettre &agrave; Erika Mann du 19 ao&ucirc;t 1931, cit&eacute;e dans la postface &eacute;crite par Charles Linsmayer, de &laquo;&nbsp;La Vall&eacute;e heureuse&nbsp;&raquo;, d&rsquo;Annemarie Schwarzenbach, publi&eacute; en 1991 aux &eacute;ditions de l&rsquo;Aire, p.156\">10<\/a><\/sup>, allant m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 affirmer, dans une lettre \u00e0 son ami Klaus Mann, qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait \u00ab&nbsp;bonne qu\u2019\u00e0 cela&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#footnote_11_3464\" id=\"identifier_11_3464\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Lettre &agrave; Klaus Mann du 1er ao&ucirc;t 1940, cit&eacute;e dans la postface &eacute;crite par Charles Linsmayer, de &laquo;&nbsp;La Vall&eacute;e heureuse&nbsp;&raquo;, d&rsquo;Annemarie Schwarzenbach, publi&eacute; en 1991 aux &eacute;ditions de l&rsquo;Aire, p.156\">11<\/a><\/sup>. Dans le domaine de la fiction, l\u2019\u00e9criture aura \u00e9t\u00e9 un refuge ainsi qu\u2019un mode d\u2019exploration et de sublimation de ses d\u00e9chirements int\u00e9rieurs. Elle s\u2019apparente \u00e0 une exp\u00e9rience presque mystique, entre la transe et la r\u00e9v\u00e9lation, qui se transforme volontiers en lutte, avec les mots et avec son corps, souvent malade, fi\u00e9vreux, en proie au manque. <\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:35px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les mains [d\u2019Annemarie] \u00e9taient celles d\u2019un artisan patient qui sait ciseler une ligne pure&nbsp;: je l\u2019ai vue placer successivement sept feuilles blanches dans la machine \u00e0 \u00e9crire avant qu\u2019un paragraphe ait atteint le dessin ais\u00e9 et parfait qui pouvait la satisfaire. \u00c9crire \u00e9tait le seul rite de sa vie&nbsp;: elle y subordonnait tout<\/p>\n<cite>\u00ab&nbsp;La Voie Cruelle&nbsp;\u00bb, Ella Maillart, Ed Payot, 1991, p.25<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 1925, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de dix-sept ans, Annemarie a d\u00e9j\u00e0 une id\u00e9e assez pr\u00e9cise de l\u2019orientation qu\u2019elle souhaite donner \u00e0 son style d\u2019\u00e9criture qui, d\u2019un roman \u00e0 l\u2019autre, prend de plus en plus la forme d\u2019une prose lyrique&nbsp;: \u00ab&nbsp;Dans la musique il n\u2019y a aucun \u00e9v\u00e9nement, et pourtant elle nous bouleverse. J\u2019aimerais \u00e9crire un livre que l\u2019on pourrait lire \u00e0 voix haute, tr\u00e8s lentement, et o\u00f9 chaque phrase, m\u00eame incoh\u00e9rente, serait musicale et belle&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#footnote_12_3464\" id=\"identifier_12_3464\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"&laquo;&nbsp;Nouvelle Parisienne&nbsp;II&nbsp;&raquo;, cit&eacute; dans &laquo;&nbsp;Annemarie Schwarzenbach ou le mal d&rsquo;Europe&nbsp;&raquo;, &eacute;crit par Dominique Laure Miermont, &eacute;d Payot, 2004, p.52\">12<\/a><\/sup>. Cette \u00e9volution lui semble \u00e0 la fois in\u00e9vitable, mais aussi risqu\u00e9e, car susceptible de devenir de plus en plus inaccessible aux lecteurs. \u00ab&nbsp;Je ne pouvais pas \u00e9crire autrement&nbsp;\u00bb, \u00e9crit-elle au sujet de son livre \u00ab&nbsp;La Vall\u00e9e Heureuse&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Faire aucune concession, songer ni au style ni au r\u00e9cit, mais seulement m\u2019absorber dans une concentration et sinc\u00e9rit\u00e9 absolues (\u2026) En ce moment je devrais pr\u00e9parer un livre avec photos sur le voyage (\u2026) Et je retrouve dans mon effort et dans chaque page termin\u00e9e le m\u00eame rythme, le m\u00eame style dangereux&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#footnote_13_3464\" id=\"identifier_13_3464\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Lettre &agrave; Charly Clerc, du 7 avril 1940, cit&eacute;e dans la pr&eacute;face, &eacute;crite par Nicole Le Bris, du livre d&rsquo;Annemarie Schwarzenbach Les Quarante Colonnes du souvenir, Esperlu&egrave;te Editions, 2008, p.13\">13<\/a><\/sup>. La difficult\u00e9 qu\u2019elle rencontrera \u00e0 faire publier ses \u0153uvres semblera confirmer cette crainte, qui la m\u00e8nera \u00e0 penser, dans certains moments de d\u00e9sespoir, que ses \u00e9crits n\u2019\u00e9taient peut-\u00eatre destin\u00e9s qu\u2019\u00e0 elle seule<sup><a href=\"#footnote_14_3464\" id=\"identifier_14_3464\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Postface, &eacute;crite par Charles Linsmayer, de &laquo;&nbsp;La Vall&eacute;e heureuse&nbsp;&raquo;, d&rsquo;Annemarie Schwarzenbach, publi&eacute; en 1991 aux &eacute;ditions de l&rsquo;Aire, p.154\">14<\/a><\/sup>. Pour autant, elle ne renoncera jamais \u00e0 l\u2019\u00e9criture.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab&nbsp;Je commence \u00e0 comprendre, oui, durant un instant je comprends que ma langue ne doit pas \u00eatre comprise&nbsp;! \u2013 Je ne veux aucune audience, mes chants doivent se perdre, aucun oracle ne doit me r\u00e9pondre, aucun myst\u00e8re d\u2019\u00c9leusis ne doit m\u2019\u00eatre r\u00e9v\u00e9l\u00e9, la fum\u00e9e de mes sacrifices ne doit pas s\u2019\u00e9lever. Plus de sacrifices, plus d\u2019autels, plus d\u2019hymnes \u2013&nbsp;je m\u2019approche du silence de la cr\u00e9ature.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<cite>\u00ab la Vall\u00e9e Heureuse \u00bb, Annemarie Schwarzenbach, \u00e9d. de l\u2019Aire, 1991, p.77<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les reportages&nbsp;<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 c\u00f4t\u00e9 de ses romans et de ses nouvelles, Annemarie Schwarzenbach s\u2019est beaucoup consacr\u00e9e \u00e0 un autre genre litt\u00e9raire&nbsp;: le reportage. Si ses \u0153uvres de fiction sont essentiellement tourn\u00e9es vers son univers int\u00e9rieur, ses reportages constituent un mode de communication avec le monde ext\u00e9rieur, voire le monde entier. Entre 1933 et 1942, Annemarie aura \u00e9crit environ 300&nbsp;reportages (en Europe, aux \u00c9tats-Unis, en Afghanistan, Iran, Congo\u2026) et pris plus de 3\u2009000&nbsp;photos. Ces textes, d\u2019un style \u00e0 la fois po\u00e9tique et tr\u00e8s vivant, demeurent aujourd\u2019hui passionnants \u00e0 lire, en raison du point de vue adopt\u00e9 par Annemarie qui leur conf\u00e8re une grande modernit\u00e9. Quel que soit le pays ou la situation qu\u2019elle d\u00e9crit, son regard ne se fera jamais surplombant, pas plus qu\u2019elle ne tentera de se plier \u00e0 la pr\u00e9tendue objectivit\u00e9 du reporter. \u00c0 tel point que certains de ses papiers suscitent la perplexit\u00e9 des r\u00e9dacteurs en chef des journaux pour qui elle travaille, qui cherchent plut\u00f4t \u00e0 satisfaire les envies d\u2019exotisme de leurs lecteurs<sup><a href=\"#footnote_15_3464\" id=\"identifier_15_3464\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"&laquo;&nbsp;Annemarie Schwarzenbach, De monde en monde&nbsp;&raquo;, reportages, 1934-1942, Introduction de Nicole Le Bris, Arthaud Poche, 2018, p.13\">15<\/a><\/sup> \u2013&nbsp;comme le r\u00e9dacteur en chef de la \u00ab&nbsp;Thurgauer Zeitung&nbsp;\u00bb qui \u00e9crivit, au sujet de ses articles sur les \u00c9tats-Unis&nbsp;: \u00ab&nbsp;J\u2019avais esp\u00e9r\u00e9 recevoir d\u2019A. Clark [le pseudonyme d\u2019Annemarie] des articles sur les r\u00e9alit\u00e9s de l\u2019Am\u00e9rique&nbsp;; au lieu de cela elle m\u2019a envoy\u00e9 des textes dans lesquels elle d\u00e9crit surtout des sentiments personnels (\u2026) j\u2019esp\u00e8re que les articles d\u2019Alaska r\u00e9pondront mieux \u00e0 notre demande d\u2019informations objectives&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#footnote_16_3464\" id=\"identifier_16_3464\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"&laquo;&nbsp;Annemarie Schwarzenbach, De monde en monde&nbsp;&raquo;, reportages, 1934-1942, Introduction de Nicole Le Bris, Arthaud Poche, 2018, p.14\">16<\/a><\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Annemarie se positionne clairement dans ses articles, dans lesquels ses opinions politiques transparaissent sans ambig\u00fcit\u00e9s. Certains de ses reportages, trop ouvertement antinazis, ne seront d\u2019ailleurs jamais publi\u00e9s. \u00c0 quelques reprises, elle doit aussi se r\u00e9soudre \u00e0 une forme d\u2019autocensure, afin de vendre ses papiers, comme lors de son voyage au Portugal en 1941, alors que le pays est soumis \u00e0 un r\u00e9gime dictatorial dirig\u00e9 par Antonio de Oliveira Salazar<sup><a href=\"#footnote_17_3464\" id=\"identifier_17_3464\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"&laquo;&nbsp;Annemarie Schwarzenbach, La qu&ecirc;te du r&eacute;el&nbsp;&raquo;, textes choisis, pr&eacute;sent&eacute;s et traduits par Dominique Laure Miermont et Nicole Le Bris, &eacute;d La Quinzaine Litt&eacute;raire &ndash; Louis Vuitton, 2011, p.&nbsp;77-78\">17<\/a><\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:35px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"750\" height=\"563\" src=\"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/Afghanistan-Bamiyan.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3493\" srcset=\"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/Afghanistan-Bamiyan.jpg 750w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/Afghanistan-Bamiyan-300x225.jpg 300w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/Afghanistan-Bamiyan-600x450.jpg 600w\" sizes=\"auto, (max-width: 750px) 100vw, 750px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Fiche d&rsquo;Annemarie Schwarzenbach  : Afghanistan &#8211; B\u00e2miy\u00e2n, 1939-1940. Biblioth\u00e8que nationale suisse, SLA-Schwarzenbach-A-5-20\/168<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La question du point de vue<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le point de vue d\u2019Annemarie Schwarzenbach est celui d\u2019une jeune voyageuse europ\u00e9enne, historienne de formation, habit\u00e9e par une insatiable soif de connaissance, mais aussi pr\u00e9occup\u00e9e en permanence par l\u2019actualit\u00e9. La s\u00e9quence d\u2019\u00e9v\u00e9nements qui, de 1933 \u00e0 1939, virent l\u2019accession au pouvoir d\u2019Hitler, puis le d\u00e9clenchement de la Seconde Guerre mondiale et les premi\u00e8res victoires nazies, est pour elle une source d\u2019inqui\u00e9tude constante. Annemarie voit en l\u2019Europe une entit\u00e9 politique unissant des peuples qui partagent une culture et une histoire commune. Elle redoute une destruction d\u00e9finitive de l\u2019esprit europ\u00e9en, des valeurs humanistes et de l\u2019id\u00e9al d\u00e9mocratique sous la botte des fascistes et de leur ordre brutal, sanguinaire et hypocrite. Tr\u00e8s empathique, elle est accabl\u00e9e par les souffrances des opprim\u00e9s et des pers\u00e9cut\u00e9s et se pose sans cesse la question de la responsabilit\u00e9 individuelle. Elle cherche une fa\u00e7on de participer \u00e0 la lutte et est souvent rong\u00e9e par un sentiment d\u2019impuissance de culpabilit\u00e9. Ses reportages, en Europe notamment, deviennent alors un moyen de t\u00e9moigner et de donner la parole aux exil\u00e9s et aux opprim\u00e9s.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le statut social d\u2019Annemarie Schwarzenbach lui a permis d\u2019\u00e9chapper \u00e0 certaines violences. Gr\u00e2ce \u00e0 la fortune de sa famille, elle a pu voyager dans le monde entier et fuir la guerre, ses bombardements et ses atrocit\u00e9s. Elle n\u2019a pas \u00e9t\u00e9, comme ses amis Klaus et Erika Mann \u2013 figures de la r\u00e9sistance intellectuelle au nazisme&nbsp;\u2013 menac\u00e9e de pers\u00e9cution, de d\u00e9portation et d\u2019assassinat. Mais ses privil\u00e8ges, par ailleurs ind\u00e9niables, n\u2019ont pas suffi \u00e0 la prot\u00e9ger de toutes les violences et en premier lieu celles subies dans le huis clos familial. \u00c0 l\u2019\u00e2ge adulte, son lesbianisme, qu\u2019elle a refus\u00e9 de refouler et de dissimuler, et sa non-conformit\u00e9 aux normes de genre ont fait d\u2019elle une sorte de cr\u00e9ature d\u00e9rangeante, anormale. Sa beaut\u00e9 a rendu son apparence \u2013&nbsp;\u00ab&nbsp;l\u2019\u00e9trange m\u00e9lange d\u2019homme et de femme&nbsp;\u00bb&nbsp;\u2013 supportable, voire fascinante, aux yeux de la soci\u00e9t\u00e9 h\u00e9t\u00e9ropatriarcale, mais Annemarie incarnait malgr\u00e9 tout une diff\u00e9rence inacceptable, dangereuse. Celle d\u2019un \u00ab&nbsp;personnage sorti d\u2019un conte de f\u00e9e&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#footnote_18_3464\" id=\"identifier_18_3464\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Extrait d&rsquo;un texte &eacute;crit par Arnold K&uuml;bler en hommage &agrave; Annemarie Schwarzenbach en mars 1943, publi&eacute; dans &laquo;&nbsp;Annemarie Schwarzenbach, De monde en monde&nbsp;&raquo;, reportages, 1934-1942, Introduction de Nicole Le Bris, Arthaud Poche, 2018, p.397\">18<\/a><\/sup>, \u00e0 la fronti\u00e8re du monstrueux, qui n\u2019a, en tout \u00e9tat de cause, pas sa place dans la soci\u00e9t\u00e9 humaine. Sa d\u00e9pendance \u00e0 la morphine l\u2019a ensuite mise \u00e0 la merci des m\u00e9decins qui, au lieu de soigner son addiction, se sont acharn\u00e9s \u00e0 tenter de la \u00ab&nbsp;r\u00e9former&nbsp;\u00bb, de corriger ses \u00ab&nbsp;d\u00e9viances&nbsp;\u00bb. Sa consommation de drogues, son lesbianisme et son rejet de l\u2019autorit\u00e9, consid\u00e9r\u00e9s comme autant de sympt\u00f4mes, ont justifi\u00e9 le recours \u00e0 des \u00ab&nbsp;traitements&nbsp;\u00bb, aussi violents et inutiles que dangereux, comme des \u00e9lectrochocs ou des chocs d\u2019insuline, qui ont fini par provoquer sa mort.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u00c0 la recherche de la v\u00e9rit\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Annemarie est aux antipodes de la figure inhumaine et \u00e0 peine incarn\u00e9e d\u2019un ange. Loin d\u2019observer le monde avec indiff\u00e9rence, depuis son nuage, elle a au contraire pleinement v\u00e9cu le fracas et la fureur de son \u00e9poque. Le glamour de ses portraits photographiques, qui ont tendance \u00e0 la transformer en h\u00e9ro\u00efne de papier glac\u00e9, chic et intemporelle, est tout aussi trompeur. Durant sa vie, Annemarie a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 des conditions de vie les plus luxueuses de la haute soci\u00e9t\u00e9 europ\u00e9enne, mais a aussi endur\u00e9 de terribles souffrances physiques et morales. Elle n\u2019a \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9e d\u2019aucune mal\u00e9diction ou punition divine, mais a souffert aux mains d\u2019autres \u00eatres humains avec qui, pourtant, elle se sentait unie par une communaut\u00e9 de destin et un sentiment de fraternit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est plus que temps d\u2019en finir avec le discours de \u00ab\u00a0l\u2019ange inconsolable\u00a0\u00bb et de reconna\u00eetre qu\u2019Annemarie Schwarzenbach a connu un sort terrifiant et subi des violences caract\u00e9ristiques pour les femmes de son \u00e9poque. Dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XXe&nbsp;si\u00e8cle, des diagnostics exp\u00e9ditifs allant de la \u00ab&nbsp;n\u00e9vrose&nbsp;\u00bb \u00e0 la \u00ab&nbsp;schizophr\u00e9nie&nbsp;\u00bb se sont substitu\u00e9s au concept d\u2019hyst\u00e9rie n\u00e9 au si\u00e8cle pr\u00e9c\u00e9dent. Ils ont servi de pr\u00e9textes \u00e0 l\u2019enfermement d\u2019un grand nombre de femmes auxquelles ont \u00e9t\u00e9 inflig\u00e9s des traitements qui ressemblaient furieusement \u00e0 des tortures et qui provoquaient des s\u00e9quelles physiques et psychiques consid\u00e9rables, parfois irr\u00e9versibles. L\u2019alcoolisme, la toxicomanie, le recours \u00e0 la prostitution, l\u2019homosexualit\u00e9, ou tout simplement la r\u00e9bellion, le d\u00e9sir de libert\u00e9, la d\u00e9pression \u2013&nbsp;ou toute autre manifestation des traumatismes caus\u00e9s par la violence patriarcale&nbsp;\u2013 ont \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9s comme des sympt\u00f4mes d\u2019une folie f\u00e9minine que la m\u00e9decine \u00e9tait charg\u00e9e de soigner, mais surtout de contr\u00f4ler. Citons, parmi d\u2019innombrables cas, l\u2019exemple de Camille Claudel, intern\u00e9e en 1913 \u00e0 l\u2019instigation de son fr\u00e8re Paul dans un asile ou elle restera enferm\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 sa mort, trente ans plus tard, ou celui de Rose Marie Kennedy (1918-2005) qui a subi \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 23&nbsp;ans, \u00e0 la demande de son p\u00e8re, une lobotomie cens\u00e9e la gu\u00e9rir de pr\u00e9tendus \u00ab&nbsp;troubles de l\u2019humeur&nbsp;\u00bb \u2013&nbsp;en r\u00e9alit\u00e9, un go\u00fbt jug\u00e9 trop prononc\u00e9 pour la f\u00eate et les liaisons masculines&nbsp;\u2013, qui la laissera totalement d\u00e9pendante, incapable de s\u2019exprimer ou de se mouvoir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il existe beaucoup d\u2019exemples d\u2019artistes n\u00e9es dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XXe&nbsp;si\u00e8cle qui ont \u00e9t\u00e9 intern\u00e9es et \u00ab&nbsp;soign\u00e9es&nbsp;\u00bb par \u00e9lectrochocs&nbsp;: Dora Maar, Zelda Fitzgerald, Sylvia Plath, Leonora Carrington ou encore Niki de Saint-Phalle. Annemarie Schwarzenbach, qui n\u2019y aura pas surv\u00e9cu, rejoint ainsi la triste cohorte des femmes, c\u00e9l\u00e8bres ou anonymes, rendues en partie responsables de leur propre mort, lente et programm\u00e9e, souhait\u00e9e par la soci\u00e9t\u00e9 tout enti\u00e8re et bien souvent h\u00e2t\u00e9e par leurs proches ou leur famille, avec la complicit\u00e9 du corps m\u00e9dical.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Revenir aux sources<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Face \u00e0 ces violences, Annemarie a oscill\u00e9 entre r\u00e9volte et r\u00e9signation. Dans son \u0153uvre, \u00e0 travers l\u2019\u00e9criture, elle n\u2019a cependant jamais renonc\u00e9 \u00e0 lutter. Elle s\u2019est engag\u00e9e contre le nazisme avec ses moyens limit\u00e9s, en s\u2019effor\u00e7ant de diffuser ses valeurs humanistes. Malheureusement, elle n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 prise au s\u00e9rieux et n\u2019a cess\u00e9 d\u2019\u00eatre marginalis\u00e9e. \u00c0 sa mort, sa m\u00e8re, Ren\u00e9e Schwarzenbach et sa grand-m\u00e8re, Clara Wille, ont d\u00e9truit sa correspondance et ses journaux intimes par pure homophobie, afin qu\u2019il n\u2019en reste aucune trace, mais gr\u00e2ce \u00e0 la pr\u00e9voyance d\u2019Annemarie, ses \u0153uvres, dont la responsabilit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 confi\u00e9e par testament \u00e0 Anita Forrer, ont \u00e9t\u00e9 sauvegard\u00e9es. Pour esp\u00e9rer comprendre sa personnalit\u00e9 complexe, qui n\u2019est d\u2019ailleurs pas d\u00e9nu\u00e9e de zones d\u2019ombre, il nous faut r\u00e9solument ignorer \u00e0 peu pr\u00e8s tout ce qui a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 \u00e9crit \u00e0 son sujet et revenir \u00e0 la source&nbsp;: ses textes. C\u2019est en lisant, en relisant ses mots et en s\u2019attardant parfois entre les lignes qu\u2019il devient possible d\u2019appr\u00e9hender le drame de sa destin\u00e9e bris\u00e9. Et peut-\u00eatre aurez-vous la surprise de vous d\u00e9couvrir des points communs avec Annemarie, dont certaines des r\u00e9flexions et des angoisses vous para\u00eetront malheureusement famili\u00e8res. Car Annemarie Schwarzenbach a v\u00e9cu dans un monde au bord du gouffre et de l\u2019an\u00e9antissement, qui nous semble \u00e0 la fois distant et un peu trop proche du n\u00f4tre. Que peut-on apprendre de ses positions politiques, de ses espoirs et de ses tourments, alors que nous vivons \u00e0 notre tour la mont\u00e9e du fascisme, le spectre d\u2019une destruction totale et que nous assistons, impuissantes, \u00e0 la multiplication des guerres, des crimes de masse et des pers\u00e9cutions&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:35px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous oublions [ce qui se passe \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur], pour ne pas c\u00e9der \u00e0 la peur. (\u2026) Nous ne nommons r\u00e9alit\u00e9 que ce que nous pouvons toucher du doigt, ce qui nous concerne directement, et nous nions la violence du feu alors que la maison voisine est d\u00e9j\u00e0 en flammes, tant que la n\u00f4tre ne l\u2019est pas. C\u2019est la guerre dans d\u2019autres pays&nbsp;? \u00c0 douze heures, douze semaines seulement de nos fronti\u00e8res&nbsp;? Dieu nous pr\u00e9serve&nbsp;!<\/p>\n<cite>\u00ab O\u00f9 est la terre des promesses&nbsp;\u00bb, Annemarie Schwarzenbach, \u00e9d Payot, 2002, p42, cit\u00e9 dans \u00ab&nbsp;Annemarie Schwarzenbach, La qu\u00eate du r\u00e9el&nbsp;\u00bb, textes choisis, pr\u00e9sent\u00e9s et traduits par Dominique Laure Miermont et Nicole Le Bris, \u00e9d La Quinzaine Litt\u00e9raire &#8211; Louis Vuitton, 2011, p.13<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Embarquez donc, aux c\u00f4t\u00e9s d\u2019Annemarie Schwarzenbach, \u00e0 bord d\u2019une Ford poussi\u00e9reuse pour un voyage qui vous semblera parfois lumineux et parfois d\u2019une cruaut\u00e9 insoutenable. J\u2019esp\u00e8re qu\u2019il vous permettra de red\u00e9couvrir Annemarie et de dissiper \u00e0 jamais l\u2019image de l\u2019aristocrate d\u00e9cadente, un peu vaine, partie dans des contr\u00e9es lointaines contempler, avec des langueurs de princesse d\u00e9chue, le vide de son existence que lui renvoyaient les \u00e9tendues d\u00e9sertiques qu\u2019elle traversait.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:29px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ma Tr\u00e8s Ch\u00e8re, durant notre voyage, n\u2019\u00e9prouvez aucune crainte. L\u2019errance d\u2019Annemarie n\u2019aura pas \u00e9t\u00e9 vaine, et ses souffrances ne seront pas tues. Souvenez-vous, comme une consolation, que nous sommes, chacune \u00e0 notre fa\u00e7on, l\u2019adieu au pass\u00e9 et le nouveau d\u00e9part d\u2019un p\u00e9riple qui nous d\u00e9passe toutes et qui se poursuit bien au-del\u00e0 de notre existence terrestre.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:34px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Depuis bien des jours \u2013&nbsp;oui, combien de jours se sont d\u00e9j\u00e0 \u00e9coul\u00e9s depuis la fin de ce voyage&nbsp;?&nbsp;\u2013 j\u2019essaie de dire avec les mots, \u2013&nbsp;que le regard amoureusement dirig\u00e9 vers l\u2019obscurit\u00e9, la r\u00e9flexion, ce voyage \u00e0 travers une longue nuit, est certes inconcevable et difficile \u00e0 supporter,&nbsp;\u2013 mais pas diff\u00e9rent de l\u2019intr\u00e9pide promesse du prochain d\u00e9part. Je ne trouve pas le mot, mon c\u0153ur \u2013&nbsp;et je dois maintenant poser la plume. Te souviens-tu de cette route du Nord qui, droite et luisante comme une fl\u00e8che, s\u2019\u00e9lan\u00e7ait toujours en avant, \u00e0 travers d\u2019incessants cr\u00e9puscules&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n<cite>\u00ab&nbsp;Les Quarante Colonnes du souvenir&nbsp;\u00bb, pr\u00e9face, \u00e9crite par Nicole Le Bris, Esperlu\u00e8te Editions, 2008, p.102<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>SOMMAIRE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/sur-la-route-avec-annemarie-schwarzenbach-i\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/sur-la-route-avec-annemarie-schwarzenbach-i\/\">Sur la route avec Annemarie Schwarzenbach, \u00e9pisode I (<em>Enfance et \u00e9tudes<\/em>)<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/sur-la-route-avec-annemarie-schwarzenbach-ii\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/sur-la-route-avec-annemarie-schwarzenbach-ii\/\">Sur la route avec Annemarie Schwarzenbach, \u00e9pisode II (<em>de \u00ab\u00a0Voir une femme\u00a0\u00bb \u00e0 la \u00ab\u00a0Nouvelle lyrique\u00a0\u00bb<\/em>)<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur la route avec Annemarie Schwarzenbach, \u00e9pisode III (<em>Klaus et Erika Mann<\/em>, <em>le d\u00e9but de l&rsquo;errance, le journalisme<\/em>)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur la route avec Annemarie Schwarzenbach, \u00e9pisode IV <em>(Les \u00c9tats-Unis, le Congo et le retour fatal en Suisse)<\/em><\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Avertissement : cet article est plus difficile \u00e0 lire que les pr\u00e9c\u00e9dents. Voici une liste des sujets abord\u00e9s : violences intrafamiliales, violences m\u00e9dicales extr\u00eames, internement forc\u00e9, toxicomanie, d\u00e9pression, tentative de suicide, violences sexuelles <\/strong><\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><u>BIBLIOGRAPHIE<\/u><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Biographies :<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>\u00ab<\/strong>&nbsp;<strong>Maman, tu dois lire mon livre, Annemarie Schwarzenbach, sa m\u00e8re et sa grand-m\u00e8re<\/strong>&nbsp;<strong>\u00bb<\/strong>, \u00e9crit par Alexis Schwarzenbach, \u00e9d. Les \u00e9ditions M\u00e9tropolis, 2007<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>\u00ab Annemarie Schwarzenbach ou le mal d\u2019Europe&nbsp;\u00bb<\/strong>, \u00e9crit par Dominique Laure Miermont, \u00e9d Payot, 2004<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Reportages :<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>\u00ab&nbsp;Annemarie Schwarzenbach, De monde en monde&nbsp;\u00bb, reportages, 1934-1942 <strong>\u00bb<\/strong>, <\/strong>Introduction de Nicole Le Bris, Arthaud Poche, 2018<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>\u00ab&nbsp;Annemarie Schwarzenbach, La qu\u00eate du r\u00e9el&nbsp;\u00bb, <\/strong>textes choisis, pr\u00e9sent\u00e9s et traduits par Dominique Laure Miermont et Nicole Le Bris, \u00e9d La Quinzaine Litt\u00e9raire &#8211; Louis Vuitton, 2011<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Romans et nouvelles :<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>\u00ab&nbsp;Voir une femme&nbsp;\u00bb<\/strong>, d\u2019Annemarie Schwarzenbach, introduction de \u00c9tienne Barilier, postface d\u2019Alexis Schwarzenbach, \u00e9d Metropolis, 2008<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>\u00ab&nbsp;Nouvelle lyrique&nbsp;\u00bb<\/strong>, d\u2019Annemarie Schwarzenbach, postface de Jean-Yves Masson, \u00e9d Verdier, 2016<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>\u00ab&nbsp;La Vall\u00e9e heureuse&nbsp;\u00bb<\/strong>, d\u2019Annemarie Schwarzenbach, postface \u00e9crite par Charles Linsmayer, \u00e9d. de l\u2019Aire, 1991<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>\u00ab La mort en Perse \u00bb<\/strong>, d\u2019Annemarie Schwarzenbach, pr\u00e9face de Dominique  Laure Miermont, \u00e9ditions Payot &amp; Rivages, 1997<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>\u00ab&nbsp;Les Quarante Colonnes du souvenir&nbsp;\u00bb<\/strong>, d\u2019Annemarie Schwarzenbach, pr\u00e9face de Nicole Le Bris, Esperlu\u00e8te Editions, 2008<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Correspondances : <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>\u00ab&nbsp;Lettres \u00e0 Claude Bourdet&nbsp;\u00bb<\/strong>, \u00e9dition \u00e9tablie, traduite et annot\u00e9e par Dominique  Laure Miermont, \u00e9d. Zo\u00e9, 2008<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>\u00ab The letters of Annemarie Schwarzenbach and Carson McCullers: An Aesthetic Solidarity \u00bb<\/strong>, edited by Susanne M Winterling, in collaboration with Vivian Ziheri, \u00e9d Kunstverein Publishing, 2014<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Photo illustrant l&rsquo;article : Annemarie Schwarzenbach, Ford auf iran. Strasse vor Meshed, 1939-1940, <em>Biblioth\u00e8que nationale suisse, SLA-Schwarzenbach-A-5-19\/140<\/em><\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n<ol class=\"footnotes\"><li id=\"footnote_1_3464\" class=\"footnote\">Roger Martin du Gard avait \u00e9crit la d\u00e9dicace suivante dans l\u2019un de ses livres, destin\u00e9e \u00e0 Annemarie&nbsp;: \u00ab&nbsp;Pour Annemarie \u2013&nbsp;en la remerciant de promener sur cette terre son beau visage d\u2019ange inconsolable&nbsp;\u00bb. Source : postface de Charles Linsmayer, dans \u00ab&nbsp;La Vall\u00e9e heureuse&nbsp;\u00bb, d\u2019Annemarie Schwarzenbach,  \u00e9d. de l\u2019Aire, 1991,p.134<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_1_3464\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_2_3464\" class=\"footnote\">T\u00e9moignage issu du documentaire \u00ab&nbsp;Une Suisse rebelle, Annemarie Schwarzenbach&nbsp;\u00bb, un documentaire r\u00e9alis\u00e9 par Carole Bonstein, \u00e9crit par Nasser Bakhti, Carole Bonstein et Daniel Gibel, produit par Troubadour Film, 2000<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_2_3464\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_3_3464\" class=\"footnote\">Pour le r\u00e9cit de la mort d&rsquo;Annemarie, voir : \u00ab&nbsp;Annemarie Schwarzenbach ou le mal d\u2019Europe&nbsp;\u00bb, \u00e9crit par Dominique Laure Miermont, \u00e9d. Payot, 2004, p.369 \u00e0 374 ou la postface de Charles Linsmayer dans \u00ab&nbsp;La Vall\u00e9e heureuse&nbsp;\u00bb, d\u2019Annemarie Schwarzenbach, \u00e9d. de l\u2019Aire, 1991<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_3_3464\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_4_3464\" class=\"footnote\">Ren\u00e9e Vivien, dans le recueil \u00ab&nbsp;Sillages&nbsp;\u00bb,&nbsp;\u00e9d. E.Sansot et&nbsp;C<sup>ie<\/sup>,&nbsp;1908&nbsp;p.&nbsp;52-53<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_4_3464\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_5_3464\" class=\"footnote\">\u00ab&nbsp;L\u2019Imaginaire du f\u00e9minin dans l\u2019\u0153uvre de Ren\u00e9e Vivien&nbsp;\u00bb, \u00e9crit par Marie-Ange Bartholomot Bessou, \u00e9d. Presses Universitaire Blaise Pascal, 2004<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_5_3464\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_6_3464\" class=\"footnote\">\u00ab&nbsp;L\u2019Imaginaire du f\u00e9minin dans l\u2019\u0153uvre de Ren\u00e9e Vivien&nbsp;\u00bb, \u00e9crit par Marie-Ange Bartholomot Bessou, \u00e9d. Presses Universitaire Blaise Pascal, 2004, p.132<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_6_3464\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_7_3464\" class=\"footnote\">\u00ab&nbsp;L\u2019Imaginaire du f\u00e9minin dans l\u2019\u0153uvre de Ren\u00e9e Vivien&nbsp;\u00bb, \u00e9crit par Marie-Ange Bartholomot Bessou, \u00e9d. Presses Universitaire Blaise Pascal, 2004, p.26<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_7_3464\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_8_3464\" class=\"footnote\">\u00ab&nbsp;Enseignement&nbsp;\u00bb, de Ren\u00e9e Vivien, dans le recueil \u00ab&nbsp;Sillages&nbsp;\u00bb,&nbsp;\u00e9d. E. Sansot et&nbsp;C<sup>ie<\/sup>,&nbsp;1908, p.&nbsp;102-104<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_8_3464\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_9_3464\" class=\"footnote\">\u00ab&nbsp;Annemarie Schwarzenbach, De monde en monde&nbsp;\u00bb, reportages, 1934-1942, Introduction de Nicole Le Bris, Arthaud Poche, 2018, p.266<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_9_3464\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_10_3464\" class=\"footnote\">Lettre \u00e0 Erika Mann du 19 ao\u00fbt 1931, cit\u00e9e dans la postface \u00e9crite par Charles Linsmayer, de \u00ab&nbsp;La Vall\u00e9e heureuse&nbsp;\u00bb, d\u2019Annemarie Schwarzenbach, publi\u00e9 en 1991 aux \u00e9ditions de l\u2019Aire, p.156<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_10_3464\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_11_3464\" class=\"footnote\">Lettre \u00e0 Klaus Mann du 1er ao\u00fbt 1940, cit\u00e9e dans la postface \u00e9crite par Charles Linsmayer, de \u00ab&nbsp;La Vall\u00e9e heureuse&nbsp;\u00bb, d\u2019Annemarie Schwarzenbach, publi\u00e9 en 1991 aux \u00e9ditions de l\u2019Aire, p.156<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_11_3464\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_12_3464\" class=\"footnote\">\u00ab&nbsp;Nouvelle Parisienne&nbsp;II&nbsp;\u00bb, cit\u00e9 dans \u00ab&nbsp;Annemarie Schwarzenbach ou le mal d\u2019Europe&nbsp;\u00bb, \u00e9crit par Dominique Laure Miermont, \u00e9d Payot, 2004, p.52<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_12_3464\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_13_3464\" class=\"footnote\">Lettre \u00e0 Charly Clerc, du 7 avril 1940, cit\u00e9e dans la pr\u00e9face, \u00e9crite par Nicole Le Bris, du livre d\u2019Annemarie Schwarzenbach Les Quarante Colonnes du souvenir, Esperlu\u00e8te Editions, 2008, p.13<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_13_3464\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_14_3464\" class=\"footnote\">Postface, \u00e9crite par Charles Linsmayer, de \u00ab&nbsp;La Vall\u00e9e heureuse&nbsp;\u00bb, d\u2019Annemarie Schwarzenbach, publi\u00e9 en 1991 aux \u00e9ditions de l\u2019Aire, p.154<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_14_3464\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_15_3464\" class=\"footnote\">\u00ab&nbsp;Annemarie Schwarzenbach, De monde en monde&nbsp;\u00bb, reportages, 1934-1942, Introduction de Nicole Le Bris, Arthaud Poche, 2018, p.13<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_15_3464\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_16_3464\" class=\"footnote\">\u00ab&nbsp;Annemarie Schwarzenbach, De monde en monde&nbsp;\u00bb, reportages, 1934-1942, Introduction de Nicole Le Bris, Arthaud Poche, 2018, p.14<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_16_3464\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_17_3464\" class=\"footnote\">\u00ab&nbsp;Annemarie Schwarzenbach, La qu\u00eate du r\u00e9el&nbsp;\u00bb, textes choisis, pr\u00e9sent\u00e9s et traduits par Dominique Laure Miermont et Nicole Le Bris, \u00e9d La Quinzaine Litt\u00e9raire &#8211; Louis Vuitton, 2011, p.&nbsp;77-78<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_17_3464\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_18_3464\" class=\"footnote\">Extrait d\u2019un texte \u00e9crit par Arnold K\u00fcbler en hommage \u00e0 Annemarie Schwarzenbach en mars 1943, publi\u00e9 dans \u00ab&nbsp;Annemarie Schwarzenbach, De monde en monde&nbsp;\u00bb, reportages, 1934-1942, Introduction de Nicole Le Bris, Arthaud Poche, 2018, p.397<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_18_3464\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><\/ol>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le nom d\u2019Annemarie Schwarzenbach vous est probablement familier. Peut-\u00eatre avez-vous lu l\u2019un de ses livres, par exemple \u00ab&nbsp;La mort en Perse&nbsp;\u00bb, l\u2019un de ses romans les plus connus&nbsp;? \u00c0 moins que vous n\u2019ayez aper\u00e7u quelques photos de son voyage \u00e9pique, de Gen\u00e8ve \u00e0 Kaboul, effectu\u00e9 en Ford en compagnie d\u2019une compatriote, la c\u00e9l\u00e8bre voyageuse et [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":3468,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","_seopress_robots_follow":"","_seopress_robots_imageindex":"","_seopress_robots_snippet":"","_seopress_robots_primary_cat":"none","_seopress_robots_breadcrumbs":"","_seopress_robots_freeze_modified_date":"","_seopress_robots_custom_modified_date":"","_seopress_robots_canonical":"","_seopress_social_fb_title":"","_seopress_social_fb_desc":"","_seopress_social_fb_img":"","_seopress_social_fb_img_attachment_id":0,"_seopress_social_fb_img_width":0,"_seopress_social_fb_img_height":0,"_seopress_social_twitter_title":"","_seopress_social_twitter_desc":"","_seopress_social_twitter_img":"","_seopress_social_twitter_img_attachment_id":0,"_seopress_social_twitter_img_width":0,"_seopress_social_twitter_img_height":0,"_seopress_redirections_value":"","_seopress_redirections_enabled":"","_seopress_redirections_enabled_regex":"","_seopress_redirections_logged_status":"both","_seopress_redirections_param":"","_seopress_redirections_type":301,"_seopress_analysis_target_kw":"","footnotes":""},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-3464","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-biographies"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3464","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3464"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3464\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3638,"href":"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3464\/revisions\/3638"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3468"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3464"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3464"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3464"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}