{"id":2269,"date":"2020-12-14T17:32:04","date_gmt":"2020-12-14T16:32:04","guid":{"rendered":"http:\/\/helenenera.com\/les-faunesses\/?p=2269"},"modified":"2021-09-30T14:38:54","modified_gmt":"2021-09-30T12:38:54","slug":"natalie-clifford-barney-episode-9-un-nouveau-depart","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/natalie-clifford-barney-episode-9-un-nouveau-depart\/","title":{"rendered":"Natalie Clifford Barney \u2013 \u00c9pisode 9 \u2013 \u00ab Un nouveau d\u00e9part \u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Durant la seconde moiti\u00e9 des ann\u00e9es&nbsp;1900, Natalie Barney perd, dans des circonstances tr\u00e8s diff\u00e9rentes, deux femmes qui ont jou\u00e9 un r\u00f4le essentiel dans sa vie. En 1908, elle quitte \u00e9galement sa maison de Neuilly et s\u2019installe au 20 rue Jacob, une adresse embl\u00e9matique qu\u2019elle va conserver pendant soixante ans. &nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong><u>Une loyaut\u00e9 bien mal r\u00e9compens\u00e9e<\/u><\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Install\u00e9e \u00e0 quelques pas de Natalie, Eva Palmer cherche sa voie. Elle tente sans grand succ\u00e8s de percer dans le th\u00e9\u00e2tre et appara\u00eet souvent dans les spectacles de danses, les sayn\u00e8tes ou les pantomimes organis\u00e9s par Natalie dans les jardins de sa maison de Neuilly,.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Eva fait preuve d\u2019une grande loyaut\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard de Natalie, mais sa fid\u00e9lit\u00e9 est rarement r\u00e9compens\u00e9e. Natalie continue \u00e0 l\u2019utiliser sans vergogne, tout en la critiquant parfois avec cruaut\u00e9. Elle se montre aussi extr\u00eamement possessive, ce qui ne l\u2019emp\u00eache pas de revendiquer pour elle-m\u00eame une libert\u00e9 totale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 1905, Eva se rapproche de Raymond Duncan (le fr\u00e8re de la danseuse Isadora Ducan, une amie de Natalie) et de son \u00e9pouse Penelope. Tous trois partagent la fascination d\u2019Eva pour une Gr\u00e8ce antique et fantasm\u00e9e. Eva h\u00e9berge le couple durant quelque temps dans sa maison de Neuilly, puis fait un voyage en Gr\u00e8ce en leur compagnie. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019elle rencontre le fr\u00e8re de Penelope, Angelos Sikelianos, un jeune po\u00e8te de dix ans son cadet habit\u00e9 par son ambition de faire revivre l\u2019esprit de la Gr\u00e8ce ancienne.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"211\" height=\"282\" src=\"http:\/\/helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/Sikelianos.jpg\" alt=\"Sikelianos\" class=\"wp-image-2277\" srcset=\"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/Sikelianos.jpg 211w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/Sikelianos-15x20.jpg 15w\" sizes=\"auto, (max-width: 211px) 100vw, 211px\" \/><figcaption>Angelos Sikelianos vers 1905<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Eva et Angelos entament une liaison que Natalie voit d\u2019un tr\u00e8s mauvais \u0153il. Inqui\u00e8te comme toujours de perdre Eva, elle commet une grave erreur en choisissant de se montrer m\u00e9prisante et m\u00eame grossi\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019Angelos. Conciliante, Eva tente dans un premier temps de rassurer Natalie&nbsp;: \u00ab\u2009J\u2019aime son pays, son peuple, son langage et surtout ses r\u00eaves\u2009\u00bb lui explique-t-elle. \u00ab\u2009Ma punition, c\u2019est que je ne suis pas amoureuse de lui. Sa punition est que je lui ai menti, et que je lui ai dit que je tenais plus \u00e0 lui qu\u2019\u00e0 toi\u2009\u00bb<sup><a href=\"#footnote_1_2269\" id=\"identifier_1_2269\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Cit&eacute; dans &laquo;&thinsp;Wild Heart. A Life. Natalie Clifford Barney&rsquo;s Journey from Victorian America to Belle &Eacute;poque Paris&thinsp;&raquo;, &eacute;crit par Suzanne Rodriguez, &eacute;d HarperCollins, 2002, p.170\">1<\/a><\/sup>. Malgr\u00e9 cette confession, Natalie s\u2019ent\u00eate et veut forcer Eva \u00e0 rompre. Pour Eva, c\u2019est un d\u00e9chirement. Elle aurait souhait\u00e9 que Natalie soit heureuse pour elle. Cette fois, elle refuse d\u2019ob\u00e9ir mais aussi de pardonner, et d\u00e9cide de couper tout lien avec Natalie.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Nous \u00e9tions toutes deux libres comme l\u2019air, nous aurions pu aller dans n\u2019importe quel bel endroit pour nous consacrer \u00e0 des choses nobles, et&#8230; Tu as tent\u00e9 de me cantonner \u00e0 une vie publique et priv\u00e9e qui m\u2019allait mal, comme des chaussures trop petites. J\u2019ai couru apr\u00e8s toi pendant des ann\u00e9es comme une femme en talons hauts qui a mal aux pieds, mais qui est trop fi\u00e8re pour l\u2019avouer (&#8230;) Je suis fatigu\u00e9e de toi et de toutes ces petites choses auxquelles tu tiens. Tu es accro \u00e0 tes petites passions et tes petits souvenirs comme tous les consommateurs de morphine, de chloral, de val\u00e9riane et d\u2019absinthe que tu fr\u00e9quentes.<\/p><cite>Cit\u00e9 dans \u00ab\u2009Wild Heart. A Life. Natalie Clifford Barney\u2019s Journey from Victorian America to Belle \u00c9poque Paris\u2009\u00bb, \u00e9crit par Suzanne Rodriguez, \u00e9d HarperCollins, 2002, p.170<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Eva \u00e9pouse Angelos Sikelianos en 1907 et part vivre en Gr\u00e8ce avec lui. Tous deux se consacreront \u00e0 leur r\u00eave de redonner vie aux traditions et \u00e0 la culture de la Gr\u00e8ce antique. Natalie et Eva ne se reverront qu\u2019\u00e0 la fin des ann\u00e9es\u00a01930.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong><u>\u00abUne femme m\u2019apparut\u00bb<\/u><\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Natalie n\u2019a toujours pas renonc\u00e9 \u00e0 Pauline Tarn\/Ren\u00e9e Vivien qu\u2019elle continue \u00e0 harceler avec ent\u00eatement. Jalouse, elle critique et colporte des rumeurs au sujet de sa compagne, H\u00e9l\u00e8ne de Zuylen. Ces mesquineries parviennent aux oreilles de Pauline qui n\u2019appr\u00e9cie pas le comportement de Natalie et qui le lui fait savoir&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Laisse-moi \u00e0 ma destin\u00e9e, comme je te laisse \u00e0 la tienne, \u2013 et si tu ne veux pas que je te ha\u00efsse, laisse mon Amie tranquille \u2013 je l\u2019aime, je lui appartiens, et je ne souffrirai pas qu\u2019on lui cause le plus l\u00e9ger souci.<\/p><cite>Cit\u00e9 dans \u00ab\u2009Tes blessures sont plus douces que leurs caresses\u2009\u00bb, \u00e9crit par Jean-Paul Goujon, \u00e9d. R\u00e9gine Deforges, 1986, p.259<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La relation apais\u00e9e que Pauline entretient avec H\u00e9l\u00e8ne de Zuylen lui offre une stabilit\u00e9 \u00e9motionnelle qui se traduit notamment par une p\u00e9riode d\u2019intense cr\u00e9ativit\u00e9 litt\u00e9raire. Durant la seule ann\u00e9e&nbsp;1903, Pauline publie pas moins de sept livres, dont une traduction de Sappho augment\u00e9e de textes de sa composition. Inconnue en 1901, Pauline a d\u00e9sormais acquis une certaine renomm\u00e9e et obtenu des critiques \u00e9logieuses. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pauline n\u2019est cependant pas tout \u00e0 fait combl\u00e9e par sa liaison avec H\u00e9l\u00e8ne de Zuylen et demeure hant\u00e9e par le souvenir de Natalie qui incarne \u00e0 ses yeux un id\u00e9al inaccessible et in\u00e9gal\u00e9, presque une chim\u00e8re. Cette incertitude \u00e9motionnelle donne naissance en 1904 \u00e0 un roman intitul\u00e9 \u00ab\u2009Une femme m\u2019apparut\u2009\u00bb. Mal accueilli par la critique, ce livre est \u00e0 la fois une confession, un songe po\u00e9tique et un roman \u00e0 cl\u00e9 dans lequel Pauline fait un portrait au vitriol de Natalie. Soixante ans plus tard, celle-ci n\u2019a toujours pas dig\u00e9r\u00e9 l\u2019affront.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Influenc\u00e9e par le mauvais go\u00fbt de notre \u00ab\u2009belle \u00e9poque\u2009\u00bb, elle me donna l\u2019impression de c\u00e9der aux pires faiblesses de \u00ab\u2009l\u2019art nouveau\u2009\u00bb. Ce po\u00e8te ne poss\u00e8de gu\u00e8re le don du romancier et ne peut, par cons\u00e9quent, pr\u00eater vie ni \u00e0 l\u2019une ni \u00e0 l\u2019autre de ses h\u00e9ro\u00efnes. (&#8230;) J\u2019ai la p\u00e9nible impression d\u2019avoir pos\u00e9 pour un mauvais portraitiste. Je me demande encore comment un tel po\u00e8te a pu \u00e9crire une telle prose.<\/p><cite>\u00ab\u2009Ch\u00e8re Natalie Barney\u2009\u00bb, \u00e9crit par Jean Chalon, \u00e9d. Flammarion, 1992<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab\u2009Une femme m\u2019apparut\u2009\u00bb est cependant bien plus complexe qu\u2019une simple vengeance litt\u00e9raire. Le personnage de \u00ab\u2009Vally\u2009\u00bb qui repr\u00e9sente Natalie Barney a beau \u00eatre indiff\u00e9rent et \u00e9go\u00efste, voire cruel, il n\u2019en inspire pas moins \u00e0 la narratrice, qui n\u2019est autre que Pauline, l\u2019adoration craintive que l\u2019on r\u00e9serve aux d\u00e9esses.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Je traversai deux semaines d\u2019\u00e9blouissement craintif aupr\u00e8s de Vally. Je connus la stupeur d\u2019un acolyte ivre de parfums sacr\u00e9s.<\/p><cite>Ren\u00e9e Vivien, \u00ab\u2009Une femme m\u2019apparut\u2009\u00bb, ed. A. Lemerre, 1904<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"500\" height=\"710\" src=\"http:\/\/helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/une-femme-mapparut-couv.jpg\" alt=\"une-femme-mapparut-couv\" class=\"wp-image-2279\" srcset=\"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/une-femme-mapparut-couv.jpg 500w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/une-femme-mapparut-couv-211x300.jpg 211w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/une-femme-mapparut-couv-14x20.jpg 14w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><figcaption>Illustration de L\u00e9vy-Dhurmer pour la couverture du roman \u00ab\u00a0Une Femme m&rsquo;apparut\u00a0\u00bb, de Ren\u00e9e Vivien, ed. A. Lemerre<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong><u>&nbsp;\u00abJe me souviens\u00bb<\/u><\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au d\u00e9but de l\u2019\u00e9t\u00e9&nbsp;1904, Pauline fait savoir \u00e0 Natalie qu\u2019elle se rendra seule au Festival de Bayreuth. Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une invitation \u00e0 peine voil\u00e9e \u00e0 la rejoindre. Natalie saisit cette occasion inesp\u00e9r\u00e9e et prend une nouvelle fois la place d\u2019Eva Palmer dans la loge de Pauline. Toutes deux \u00e9coutent la musique de Wagner main dans la main. Pressentant que la litt\u00e9rature pourrait l\u2019aider \u00e0 reconqu\u00e9rir Pauline, Natalie lui offre un long po\u00e8me en prose aux accents lyriques, intitul\u00e9 \u00ab\u2009Je me souviens\u2009\u00bb, qui lui est enti\u00e8rement d\u00e9di\u00e9. Sa lecture n\u2019est malheureusement pas suffisante pour vaincre les r\u00e9ticences et les inqui\u00e9tudes de Pauline. La rencontre de Bayreuth marque cependant la reprise de leurs relations &#8211; \u00e9pistolaires dans un premier temps.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Toutes deux semblent partager le m\u00eame sentiment&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Ne pouvant vivre ni avec ni sans elle, je ne sais ce qui me fut le plus p\u00e9nible&nbsp;: nos rencontres menac\u00e9es, nos s\u00e9parations, ou nos tentatives d\u2019infid\u00e9lit\u00e9 (&#8230;) D\u00e9tach\u00e9es, puis irr\u00e9sistiblement attir\u00e9es l\u2019une vers l\u2019autre pour nous reperdre de nouveau, notre amour persistant subit toutes les phases d\u2019un attachement mortel que, peut-\u00eatre, la mort seule pourrait conclure.<\/p><cite>\u00ab\u2009Souvenirs indiscrets\u2009\u00bb, \u00e9crit par Natalie Clifford Barney, \u00e9d. Flammarion, 1960<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un sentiment qui fait \u00e9cho \u00e0 cette lettre de Pauline&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Ma tr\u00e8s Blonde, ta lettre m\u2019a \u00e9t\u00e9 d\u2019une douceur cruelle, j\u2019ai pleur\u00e9 en la lisant, et quelque chose en moi s\u2019est r\u00e9joui malgr\u00e9 tout de penser qu\u2019entre nous le lien d\u2019amour est si puissant et subtil que la Mort seule pourra le d\u00e9nouer tout \u00e0 fait, si la Mort est d\u00e9finitive.<\/p><cite>Cit\u00e9 dans \u00ab\u2009Tes blessures sont plus douces que leurs caresses\u2009\u00bb, \u00e9crit par Jean-Paul Goujon, \u00e9d. R\u00e9gine Deforges, 1986, p.292<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong><u>Mytil\u00e8ne<\/u><\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Natalie et Pauline se retrouvent r\u00e9ellement un an plus tard, \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un voyage sur les traces de Sappho, \u00e0 Mytil\u00e8ne, sur l\u2019\u00eele de Lesbos. En ao\u00fbt 1905, elles se donnent rendez-vous \u00e0 Vienne et embarquent \u00e0 bord du c\u00e9l\u00e8bre Orient-Express qui les m\u00e8ne jusqu\u2019\u00e0 Constantinople. De l\u00e0, elles rejoignent Mytil\u00e8ne en bateau. \u00c0 cette \u00e9poque, l\u2019\u00eele de Lesbos, qui appartient \u00e0 la Turquie, n\u2019est pas facilement accessible et tr\u00e8s peu visit\u00e9e. Pauline et Natalie n\u2019ont donc que quelques images fantasm\u00e9es en t\u00eate. Alors que les rivages de l\u2019\u00eele myst\u00e9rieuse et sacr\u00e9e de Sappho commencent \u00e0 se dessiner dans l\u2019aube brumeuse, la modernit\u00e9 se rappelle bruyamment et vulgairement \u00e0 elles. Le phonographe du port se met \u00e0 crachoter la chanson populaire \u00ab\u2009Viens, poupoule, viens\u2009!\u2009\u00bb, provoquant la col\u00e8re de Pauline dont le r\u00eave est quelque peu \u00e9br\u00e9ch\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 Mytil\u00e8ne, Natalie et Pauline s\u00e9journent \u00e0 l\u2019h\u00f4tel, puis louent deux villas r\u00e9unies par un verger. Pauline s\u2019installe dans la plus grande, et Natalie se r\u00e9serve la plus petite. Les jours pass\u00e9s \u00e0 Mytil\u00e8ne sont l\u2019occasion de retrouvailles amoureuses dont Pauline gardera un souvenir \u00e9mu qu\u2019elle \u00e9voquera dans ses lettres \u00e0 Natalie ou dans certains po\u00e8mes de son recueil \u00ab\u2009\u00c0 l\u2019heure des mains jointes\u2009\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Je pense \u00e0 toi, je pense \u00e0 toi, par ce beau soir triste&#8230; par cette belle et lente brume&#8230; Je me souviens du verger de Mytil\u00e8ne o\u00f9 nous retournerons un jour, et des jasmins de Smyrne, et du Parth\u00e9non dans la nuit&#8230; Je me souviens du joueur errant de petites fl\u00fbtes asiatiques, et de la lune sur la mer et de l\u2019\u00eele fantomatique&#8230; de l\u2019\u00eele du Pass\u00e9, si p\u00e2le dans le cr\u00e9puscule. Et de tout et de tout&#8230; Mais surtout, je me souviens de cette merveilleuse et premi\u00e8re nuit \u00e0 Mytil\u00e8ne, la nuit o\u00f9 nous nous sommes rejointes et retrouv\u00e9es.<\/p><cite>Extrait d\u2019une lettre de Ren\u00e9e Vivien \u00e0 Natalie Barney. Source&nbsp;: Biblioth\u00e8que nationale de France. D\u00e9partement des Manuscrits. NAF 26582<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong><u>La fin du r\u00eave<\/u><\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans l\u2019euphorie du moment, Pauline promet \u00e0 Natalie de rompre avec H\u00e9l\u00e8ne de Zuylen, mais un simple t\u00e9l\u00e9gramme de cette derni\u00e8re suffit \u00e0 la faire replonger dans les affres du doute. Dans son message, H\u00e9l\u00e8ne de Zuylen lui annonce son intention de la rejoindre \u00e0 Mytil\u00e8ne. Catastroph\u00e9e, Pauline s\u2019empresse de lui r\u00e9pondre pour l\u2019en dissuader, pr\u00e9tendant \u00eatre d\u00e9j\u00e0 sur le chemin du retour. Natalie et Pauline quittent imm\u00e9diatement Mytil\u00e8ne et rentrent \u00e0 Paris.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"600\" height=\"432\" src=\"http:\/\/helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/Constantinople2-1889.jpg\" alt=\"Constantinople2-1889\" class=\"wp-image-2286\" srcset=\"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/Constantinople2-1889.jpg 600w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/Constantinople2-1889-300x216.jpg 300w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/Constantinople2-1889-20x14.jpg 20w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><figcaption>Constantinople, 1890\/1900 &#8211; source Library of Congress<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pauline envisage un temps de s\u2019installer \u00e0 Neuilly pr\u00e8s de Natalie qu\u2019elle charge de lui trouver une maison. Mais apr\u00e8s une p\u00e9riode d\u2019h\u00e9sitations et de revirements, elle renonce finalement \u00e0 rompre avec H\u00e9l\u00e8ne de Zuylen. Plus lucide que Natalie, Pauline a compris depuis bien longtemps que leur histoire d\u2019amour \u00e9tait vou\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9chec et qu\u2019il \u00e9tait impossible de \u00ab\u2009jouer sa vie deux fois.\u2009\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e9but&nbsp;1906, Pauline publie une deuxi\u00e8me version de son roman, \u00ab\u2009Une femme m\u2019apparut\u2009\u00bb. Un peu moins virulente \u00e0 l\u2019\u00e9gard de Natalie, cette nouvelle mouture prouve \u00e0 la fois que les relations entre les deux femmes se sont apais\u00e9es, mais aussi que Pauline est toujours paralys\u00e9e par l\u2019incertitude. En r\u00e9alit\u00e9, elle est m\u00eame d\u00e9chir\u00e9e entre trois femmes, puisqu\u2019elle entretient depuis 1904 une correspondance passionn\u00e9e, entrecoup\u00e9e de rares rencontres, avec une femme turque habitant \u00e0 Constantinople&nbsp;: K\u00e9rim\u00e9 Turkhan-Pacha.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pauline est sans doute \u00e0 la recherche d\u2019\u00e9motions exalt\u00e9es que sa relation d\u00e9passionn\u00e9e avec H\u00e9l\u00e8ne de Zuylen ne peut lui offrir. Mais elle n\u2019a rien d\u2019une intrigante ou d\u2019une s\u00e9ductrice. L\u00e0 o\u00f9 Natalie Barney multiplie les conqu\u00eates avec un succ\u00e8s arrogant \u2013 et sans jamais en p\u00e2tir \u2013, Pauline ne fait que cr\u00e9er les conditions de son propre malheur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Durant les ann\u00e9es suivantes, la relation entre Natalie et Pauline s\u2019essouffle. Elles continuent \u00e0 se voir et \u00e0 s\u2019\u00e9crire pendant quelque temps, puis prennent peu \u00e0 peu leurs distances. Natalie a compris que leur histoire d\u2019amour \u00e9tait termin\u00e9e. Renon\u00e7ant d\u00e9finitivement \u00e0 Pauline, elle se tourne comme \u00e0 son habitude vers de nouvelles liaisons.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong><u>Une longue descente aux enfers<\/u><\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour fuir ses contradictions et \u00e9chapper \u00e0 un profond mal-\u00eatre, Pauline s\u2019\u00e9tourdit et s\u2019\u00e9puise dans des voyages incessants. Sa consommation et sa d\u00e9pendance \u00e0 l\u2019alcool s\u2019aggravent, tout comme sa tendance \u00e0 l\u2019anorexie. Elle est \u00e9galement tr\u00e8s affect\u00e9e par la lesbophobie dont elle est victime, \u00e0 la fois dans sa vie priv\u00e9e et dans sa vie publique. Lors de ses sorties en compagnie d\u2019H\u00e9l\u00e8ne de Zuylen, elle est victime de moqueries, de regards hostiles, de rumeurs et de remarques d\u00e9sobligeantes. La critique, qui a bien accueilli ses premiers ouvrages, se montre \u00e0 partir de 1904 hostile, violente et m\u00eame insultante. Bien trop ouvertement f\u00e9ministes et lesbiennes, la po\u00e9sie et la prose de Pauline provoquent des r\u00e9actions d\u2019incompr\u00e9hension et de rejet. Profond\u00e9ment bless\u00e9e, Pauline ira jusqu\u2019\u00e0 cesser toute publication, \u00e0 part pour ses intimes, et retirera ses livres des rayons des librairies.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lass\u00e9e, peut-\u00eatre, des imbroglios amoureux dans lesquels Pauline est enlis\u00e9e, H\u00e9l\u00e8ne de Zuylen la quitte en 1907 pour une autre femme. \u00c0 peu pr\u00e8s \u00e0 la m\u00eame p\u00e9riode, c\u2019est au tour de K\u00e9rim\u00e9 Turkhan-Pacha de mettre fin \u00e0 leur liaison. Souffrant d\u2019isolement et de solitude, tourment\u00e9e par un sentiment de pers\u00e9cution, Pauline se livre \u00e0 une minutieuse entreprise d\u2019autodestruction. Durant l\u2019\u00e9t\u00e9&nbsp;1909, elle fait une tentative de suicide en ing\u00e9rant une forte dose de laudanum. Elle est sauv\u00e9e par l\u2019intervention d\u2019une femme de chambre, mais garde de graves s\u00e9quelles. Son \u00e9tat de sant\u00e9 se d\u00e9t\u00e9riore tr\u00e8s vite, aggrav\u00e9 par l\u2019anorexie ainsi que par sa consommation d\u2019alcool et de chloral. Le biographe de Pauline, Jean-Paul Goujon, dresse un portrait poignant de ses derniers mois de vie<sup><a href=\"#footnote_2_2269\" id=\"identifier_2_2269\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Voir &laquo;&thinsp;Tes blessures sont plus douces que leurs caresses&thinsp;&raquo;, &eacute;crit par Jean-Paul Goujon, &eacute;d. R&eacute;gine Deforges, 1986\">2<\/a><\/sup>. Pauline souffre d\u2019amn\u00e9sie, de douleurs d\u2019estomac, de troubles de la vue, de dysenterie, de paralysies partielles. \u00c0 tel point qu\u2019H\u00e9l\u00e8ne de Zuylen se rapproche \u00e0 nouveau d\u2019elle pour jouer les gardes malades et tenter de lui venir en aide.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong><u>\u00c0 la recherche d\u2019une nouvelle adresse<\/u><\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Durant toute cette p\u00e9riode extr\u00eamement difficile pour Pauline, Natalie brille par son absence. Elle est occup\u00e9e \u00e0 poursuivre, au sens propre, de nouvelles conqu\u00eates. Par exemple l\u2019actrice Henriette Roggers qu\u2019elle a suivie sans grand succ\u00e8s jusqu\u2019\u00e0 Saint-P\u00e9tersbourg. \u00c0 partir de 1908, Natalie cherche \u00e9galement \u00e0 quitter sa villa de Neuilly. Dans \u00ab\u2009Souvenirs indiscrets\u2009\u00bb, elle explique que son intention \u00e9tait de trouver une nouvelle demeure, vierge de tout mauvais souvenirs, afin d\u2019y recevoir Pauline qui h\u00e9sitait encore \u00e0 rompre avec H\u00e9l\u00e8ne de Zuylen. Cette affirmation para\u00eet peu cr\u00e9dible, puisqu\u2019en 1908, les relations entre Natalie et Pauline s\u2019\u00e9taient d\u00e9j\u00e0 consid\u00e9rablement refroidies. Natalie, d\u00e9sormais \u00e2g\u00e9e de trente-deux ans, \u00e9tait plus probablement en qu\u00eate d\u2019un nouveau d\u00e9part et d\u2019un nouveau cadre de vie. Un conflit avec son propri\u00e9taire de Neuilly, qui appr\u00e9ciait mod\u00e9r\u00e9ment les \u00ab\u2009f\u00eates saphiques\u2009\u00bb qu\u2019elle c\u00e9l\u00e9brait dans son jardin, aurait rendu Natalie furieuse et l\u2019aurait d\u00e9finitivement convaincue de lui donner son cong\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Gr\u00e2ce \u00e0 Lucie Delarue-Mardrus, Natalie d\u00e9couvre dans le sixi\u00e8me arrondissement de Paris une maison \u00e0 louer, qualifi\u00e9e de \u00ab\u2009pavillon\u2009\u00bb, pour laquelle elle a un v\u00e9ritable coup de foudre. Elle s\u2019y installe \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e&nbsp;1908 et y demeurera jusqu\u2019en 1970.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"600\" src=\"http:\/\/helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/Atget_-_Pavillon_at_20_Rue_Jacob.jpg\" alt=\"20_Rue_Jacob\" class=\"wp-image-1837\" srcset=\"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/Atget_-_Pavillon_at_20_Rue_Jacob.jpg 800w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/Atget_-_Pavillon_at_20_Rue_Jacob-300x225.jpg 300w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/Atget_-_Pavillon_at_20_Rue_Jacob-768x576.jpg 768w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/Atget_-_Pavillon_at_20_Rue_Jacob-600x450.jpg 600w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/Atget_-_Pavillon_at_20_Rue_Jacob-20x15.jpg 20w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption>Le pavillon de Natalie au 20 rue Jacob vers 1910 &#8211; Photo Eug\u00e8ne Atget, reproduction : Baptiste Essevaz-Roulet (via <a href=\"https:\/\/www.ruevisconti.com\/LaRueMysterieuse\/TempleAmitie\/Temple_de_l_Amitie.html\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Rue Visconti<\/a>)<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong><u>Le 20 rue Jacob<\/u><\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le pavillon lou\u00e9 par Natalie se trouve au fond de la cour d\u2019un immeuble de quatre \u00e9tages donnant sur la rue Jacob \u2013 qui, selon l\u2019artiste Eyre de Lanux, \u00e9tait encore dans les ann\u00e9es&nbsp;1920-1930 rev\u00eatue de sa patine de poussi\u00e8re du XVIIIe si\u00e8cle<sup><a href=\"#footnote_3_2269\" id=\"identifier_3_2269\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"&laquo;&thinsp;The Amazon of Letters&nbsp;: the life and loves of Natalie Barney&thinsp;&raquo;, &eacute;crit par George Wickes, &eacute;d. Putnam, 1976, p.&nbsp;269\">3<\/a><\/sup>. D\u2019apr\u00e8s la l\u00e9gende, le pavillon aurait \u00e9t\u00e9 \u00e9difi\u00e9 par Maurice de Saxe, mar\u00e9chal g\u00e9n\u00e9ral des arm\u00e9es de Louis&nbsp;XV, \u00e0 l\u2019attention de son amante, la c\u00e9l\u00e8bre com\u00e9dienne Adrienne Lecouvreur. \u00c0 droite du b\u00e2timent, une grille en fer forg\u00e9 donne acc\u00e8s \u00e0 un jardin plant\u00e9 de hauts arbres. Invisible depuis la rue, cette for\u00eat miniature nich\u00e9e au c\u0153ur de Paris est l\u2019un des grands atouts de la maison. Au fond de ce jardin se cache une autre surprise qui ne cessera de fasciner les visiteurs&nbsp;: un petit temple \u00e0 colonnes doriques surmont\u00e9 de deux inscriptions&nbsp;: \u00ab\u2009\u00c0 l\u2019amiti\u00e9\u2009\u00bb et un myst\u00e9rieux \u00ab\u2009DLV\u2009\u00bb. Accol\u00e9s au pavillon, une v\u00e9randa et un appentis font \u00e9galement partie de la propri\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"422\" height=\"558\" src=\"http:\/\/helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/Le-temple-de-lamitie.jpg\" alt=\"Le-temple-de-lamitie\" class=\"wp-image-2305\" srcset=\"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/Le-temple-de-lamitie.jpg 422w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/Le-temple-de-lamitie-227x300.jpg 227w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/Le-temple-de-lamitie-15x20.jpg 15w\" sizes=\"auto, (max-width: 422px) 100vw, 422px\" \/><figcaption>Le temple de l\u2019amiti\u00e9 photo Eug\u00e8ne Atget, reproduction : Baptiste Essevaz-Roulet (Via <a href=\"https:\/\/www.ruevisconti.com\/LaRueMysterieuse\/TempleAmitie\/Temple_de_l_Amitie.html\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Rue Visconti<\/a>)<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si vous voulez tout savoir au sujet du 20 rue Jacob, du temple de l\u2019amiti\u00e9 et des l\u00e9gendes qui lui sont attach\u00e9es, je vous recommande de lire l&rsquo;article qui leur est consacr\u00e9 sur le blog \u00ab\u00a0<a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/www.ruevisconti.com\/LaRueMysterieuse\/TempleAmitie.html\" target=\"_blank\">Rue Visconti<\/a>\u00ab\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le pavillon s\u2019\u00e9l\u00e8ve sur deux niveaux. Le rez-de-chauss\u00e9e comporte une cuisine, un salon et une salle \u00e0 manger qui donne sur le jardin. \u00c0 l\u2019\u00e9tage se trouvent la chambre de Natalie, une chambre d\u2019amie, une penderie et deux petits cabinets de toilette.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Natalie n\u2019est int\u00e9ress\u00e9e ni par les modes ni par la d\u00e9coration. Pour son nouveau pavillon, elle ach\u00e8te tr\u00e8s peu de meubles et pr\u00e9f\u00e8re en r\u00e9cup\u00e9rer aupr\u00e8s de sa m\u00e8re et de sa s\u0153ur. Elle fait tendre le rez-de-chauss\u00e9e de damas rose qui se fanera lentement au fil des d\u00e9cennies. Sa chambre est bleue, du sol au plafond, y compris son lit. Sur le parquet repose une grande peau d\u2019ours blanc qui lui a donn\u00e9 Liane de Pougy. Un cabinet noir renferme toute sa correspondance et ses photos. Dans son pavillon, Natalie rassemble des objets auxquels elle tient&nbsp;: des instruments de musique, un miroir \u00e0 trois faces, un coffre espagnol ferm\u00e9 par deux sir\u00e8nes de cuivre, une tapisserie persane offerte par Robert de Montesquiou&#8230; Aux murs, elle accroche ses deux portraits peints par Carolus-Duran et ceux de ses amies\/amantes r\u00e9alis\u00e9s par sa m\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong><u>Un \u00abmus\u00e9e de province\u00bb<\/u><\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Compte tenu de sa fortune, le pavillon de Natalie est relativement modeste, et le confort sommaire. Berthe Cleyrergue, sa gouvernante qui entrera \u00e0 son service en 1927, se plaignait de cette maison difficile \u00e0 entretenir, car vieillotte et poussi\u00e9reuse. Natalie, qui d\u00e9teste les odeurs de peinture, interdisait qu\u2019on la repeigne. \u00ab\u2009Miss Barney m\u2019emp\u00eachait de toucher \u00e0 ses objets. Je ne pouvais pas d\u00e9placer un seul livre. Je me contentais de passer le plumeau\u2009\u00bb<sup><a href=\"#footnote_4_2269\" id=\"identifier_4_2269\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"&laquo;&thinsp;Un demi-si&egrave;cle aupr&egrave;s de l&rsquo;Amazone, m&eacute;moires de Berthe Cleyrergue&thinsp;&raquo;. Souvenirs recueillis et pr&eacute;face par Mich&egrave;le Causse, &eacute;ditions Tierce, 1980\">4<\/a><\/sup>. \u00c0 l\u2019arriv\u00e9e de Berthe, l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 n\u2019est pas install\u00e9e. L\u2019\u00e9clairage se fait \u00e0 la bougie ou au gaz. Quant au chauffage, il provient de diff\u00e9rentes sources&nbsp;: une vieille cuisini\u00e8re dans la cuisine, une cuisini\u00e8re \u00e0 charbon pour la salle de bain, un chauffage au gaz pour les autres pi\u00e8ces de la maison.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En g\u00e9n\u00e9ral, Natalie ne passe que les printemps et les automnes dans son pavillon, se r\u00e9fugiant dans des r\u00e9gions au climat plus cl\u00e9ment le reste de l\u2019ann\u00e9e. Dans son salon, il fait si froid et humide que Dolly Wilde, qui a v\u00e9cu quelque temps chez Natalie dans les ann\u00e9es&nbsp;1930, plaisantait en affirmant que des huitres poussaient sous les chaises<sup><a href=\"#footnote_5_2269\" id=\"identifier_5_2269\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"&laquo;&thinsp;The Amazon of Letters&nbsp;: the life and loves of Natalie Barney&thinsp;&raquo;, &eacute;crit par George Wickes, &eacute;d. Putnam, 1976, p.&nbsp;298\">5<\/a><\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dolly qualifiait \u00e9galement la d\u00e9coration bric-\u00e0-brac de Natalie de \u00ab\u2009mus\u00e9e de province\u2009\u00bb<sup><a href=\"#footnote_6_2269\" id=\"identifier_6_2269\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"&laquo;&thinsp;Truly Wilde&nbsp;: The Unsettling Story Of Dolly Wilde, Oscar&rsquo;s Unusual Niece&thinsp;&raquo;, &eacute;crit par Joan Schenkar, Virago Press, 2000, p.177\">6<\/a><\/sup>. Encore moins charitable, Truman Capote parlait d\u2019un d\u00e9cor fin de si\u00e8cle, \u00e0 mi-chemin entre une chapelle et une maison close<sup><a href=\"#footnote_7_2269\" id=\"identifier_7_2269\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"&laquo;&thinsp;The Amazon of Letters&nbsp;: the life and loves of Natalie Barney&thinsp;&raquo;, &eacute;crit par George Wickes, &eacute;d. Putnam, 1976, p.&nbsp;286\">7<\/a><\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e9mod\u00e9s d\u00e8s les ann\u00e9es&nbsp;1910 \u2013 ou au choix, intemporels \u2013 le pavillon du 20 rue Jacob, sa d\u00e9coration, son jardin et son temple sont d\u00e9finitivement associ\u00e9s \u00e0 la personnalit\u00e9 hors norme de Natalie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quelques mois apr\u00e8s son installation au 20 rue Jacob, Natalie fait une nouvelle rencontre qui va donner lieu \u00e0 l\u2019une de ses plus belles et de ses plus longues histoires d\u2019amour&nbsp;: \u00c9lisabeth de Gramont.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><a href=\"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/natalie-clifford-barney-episode-10-l-enfer-le-paradis-et-le-purgatoire\/\" data-type=\"post\">Poursuivre la lecture \u2013 \u00e9pisode 10<\/a><\/strong><\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Image illustrant l&rsquo;article : Affiche publicitaire pour l&rsquo;Orient-Express Londres-Paris-Constantinople, 1888-1889<\/strong><\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:64px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Notes<\/strong><\/p>\n<ol class=\"footnotes\"><li id=\"footnote_1_2269\" class=\"footnote\">Cit\u00e9 dans \u00ab\u2009Wild Heart. A Life. Natalie Clifford Barney\u2019s Journey from Victorian America to Belle \u00c9poque Paris\u2009\u00bb, \u00e9crit par Suzanne Rodriguez, \u00e9d HarperCollins, 2002, p.170<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_1_2269\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_2_2269\" class=\"footnote\">Voir \u00ab\u2009Tes blessures sont plus douces que leurs caresses\u2009\u00bb, \u00e9crit par Jean-Paul Goujon, \u00e9d. R\u00e9gine Deforges, 1986<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_2_2269\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_3_2269\" class=\"footnote\">\u00ab\u2009The Amazon of Letters&nbsp;: the life and loves of Natalie Barney\u2009\u00bb, \u00e9crit par George Wickes, \u00e9d. Putnam, 1976, p.&nbsp;269<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_3_2269\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_4_2269\" class=\"footnote\">\u00ab\u2009Un demi-si\u00e8cle aupr\u00e8s de l\u2019Amazone, m\u00e9moires de Berthe Cleyrergue\u2009\u00bb. Souvenirs recueillis et pr\u00e9face par Mich\u00e8le Causse, \u00e9ditions Tierce, 1980<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_4_2269\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_5_2269\" class=\"footnote\">\u00ab\u2009The Amazon of Letters&nbsp;: the life and loves of Natalie Barney\u2009\u00bb, \u00e9crit par George Wickes, \u00e9d. Putnam, 1976, p.&nbsp;298<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_5_2269\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_6_2269\" class=\"footnote\">\u00ab\u2009Truly Wilde&nbsp;: The Unsettling Story Of Dolly Wilde, Oscar&rsquo;s Unusual Niece\u2009\u00bb, \u00e9crit par Joan Schenkar, Virago Press, 2000, p.177<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_6_2269\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_7_2269\" class=\"footnote\">\u00ab\u2009The Amazon of Letters&nbsp;: the life and loves of Natalie Barney\u2009\u00bb, \u00e9crit par George Wickes, \u00e9d. Putnam, 1976, p.&nbsp;286<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_7_2269\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><\/ol>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Durant la seconde moiti\u00e9 des ann\u00e9es&nbsp;1900, Natalie Barney perd, dans des circonstances tr\u00e8s diff\u00e9rentes, deux femmes qui ont jou\u00e9 un r\u00f4le essentiel dans sa vie. En 1908, elle quitte \u00e9galement sa maison de Neuilly et s\u2019installe au 20 rue Jacob, une adresse embl\u00e9matique qu\u2019elle va conserver pendant soixante ans. &nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp; Une loyaut\u00e9 bien mal [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":2275,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_titles_title":"Natalie Clifford Barney \u2013 \u00c9pisode 9 \u2013 \u00ab Un nouveau d\u00e9part \u00bb | Les Faunesses - Le blog d&#039;H\u00e9l\u00e8ne N\u00e9ra","_seopress_titles_desc":"2de moiti\u00e9 des ann\u00e9es 1900, Natalie Barney perd 2 femmes qui ont jou\u00e9 un r\u00f4le essentiel dans sa vie. 1908, elle s\u2019installe au 20 rue Jacob adresse embl\u00e9matique ","_seopress_robots_index":"","_seopress_robots_follow":"","_seopress_robots_imageindex":"","_seopress_robots_snippet":"","_seopress_robots_primary_cat":"none","_seopress_robots_breadcrumbs":"","_seopress_robots_freeze_modified_date":"","_seopress_robots_custom_modified_date":"","_seopress_robots_canonical":"","_seopress_social_fb_title":"","_seopress_social_fb_desc":"","_seopress_social_fb_img":"","_seopress_social_fb_img_attachment_id":0,"_seopress_social_fb_img_width":0,"_seopress_social_fb_img_height":0,"_seopress_social_twitter_title":"","_seopress_social_twitter_desc":"","_seopress_social_twitter_img":"","_seopress_social_twitter_img_attachment_id":0,"_seopress_social_twitter_img_width":0,"_seopress_social_twitter_img_height":0,"_seopress_redirections_value":"","_seopress_redirections_enabled":"","_seopress_redirections_enabled_regex":"","_seopress_redirections_logged_status":"","_seopress_redirections_param":"","_seopress_redirections_type":301,"_seopress_analysis_target_kw":"Natalie Clifford Barney,20 rue Jacob,nouveau d\u00e9part","footnotes":""},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-2269","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-biographies"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2269","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2269"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2269\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2275"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2269"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2269"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2269"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}