{"id":2233,"date":"2020-12-13T15:28:34","date_gmt":"2020-12-13T14:28:34","guid":{"rendered":"http:\/\/helenenera.com\/les-faunesses\/?p=2233"},"modified":"2020-12-17T13:53:52","modified_gmt":"2020-12-17T12:53:52","slug":"natalie-clifford-barney-episode-8-ma-blonde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/natalie-clifford-barney-episode-8-ma-blonde\/","title":{"rendered":"Natalie Clifford Barney \u2013 \u00c9pisode 8 \u2013 \u00ab Ma Blonde \u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Durant l\u2019\u00e9t\u00e9&nbsp;1902, Natalie fait la connaissance d\u2019un jeune couple d\u00e9j\u00e0 c\u00e9l\u00e8bre dans les cercles litt\u00e9raires parisiens&nbsp;: Lucie et Joseph-Charles Mardrus.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Joseph-Charles Mardrus, surnomm\u00e9 JC, est m\u00e9decin, po\u00e8te, critique et traducteur. D\u2019origine arm\u00e9nienne, il est n\u00e9 au Caire en 1868, a fait ses \u00e9tudes au Liban puis s\u2019est install\u00e9 \u00e0 Paris. Entre 1898 et 1904, il publie les seize volumes d\u2019une nouvelle traduction du conte des \u00ab\u2009Mille et une nuits\u2009\u00bb qui conna\u00eet un grand succ\u00e8s. Il collabore \u00e9galement \u00e0 la revue litt\u00e9raire et artistique \u00ab\u2009La revue blanche\u2009\u00bb, aux c\u00f4t\u00e9s des auteurs, peintres et intellectuels les plus c\u00e9l\u00e8bres de son temps.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong><u>Un couple anticonformiste<\/u><\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 1900, Joseph-Charles Mardrus rencontre Lucie Delarue lors d\u2019un d\u00eener chez une amie commune. N\u00e9e en 1874, fille d\u2019un avocat des Compagnies d\u2019assurances maritimes du Havre<sup><a href=\"#footnote_1_2233\" id=\"identifier_1_2233\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"&laquo;&thinsp;Souvenirs indiscrets&thinsp;&raquo;, &eacute;crit par Natalie Clifford Barney, &eacute;d. Flammarion, 1960\">1<\/a><\/sup>, Lucie \u00e9crit de la po\u00e9sie depuis l\u2019enfance, mais s\u2019int\u00e9resse aussi au dessin et au th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En \u00e9coutant Lucie lui r\u00e9citer l\u2019un de ses po\u00e8mes, Joseph-Charles est surpris et subjugu\u00e9. \u00ab\u2009Vous \u00eates le plus grand po\u00e8te de votre g\u00e9n\u00e9ration\u2009!\u2009\u00bb s\u2019\u00e9crie-t-il avec une admiration sinc\u00e8re. D\u00e8s le lendemain, il demande la main de Lucie \u00e0 son p\u00e8re. Le mariage a lieu trois semaines plus tard. Leur union demeurera cependant un mariage blanc. Joseph-Charles ne semble s\u2019int\u00e9resser qu\u2019\u00e0 la po\u00e9sie de Lucie. \u00c0 moins que les deux \u00e9poux aient conclu cet arrangement inhabituel\u2009? Car de son c\u00f4t\u00e9, Lucie a toujours \u00e9t\u00e9 attir\u00e9e par les femmes. Paralys\u00e9e par des interdits moraux inculqu\u00e9s par son \u00e9ducation catholique, elle n\u2019a jamais os\u00e9 aller plus loin que la r\u00e9daction de quelques po\u00e8mes et l\u2019admiration lointaine qu\u2019elle voue \u00e0 ses idoles, comme Sarah Bernhardt qu\u2019elle a rencontr\u00e9e avant son mariage et \u00e0 qui elle a consacr\u00e9 quelques paragraphes \u00e9mouvants dans ses m\u00e9moires.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"500\" height=\"573\" src=\"http:\/\/helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/Lucie-Delarue-medaillon-e1599230508674.jpg\" alt=\"Lucie-Delarue-medaillon\" class=\"wp-image-2246\" srcset=\"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/Lucie-Delarue-medaillon-e1599230508674.jpg 500w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/Lucie-Delarue-medaillon-e1599230508674-262x300.jpg 262w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/Lucie-Delarue-medaillon-e1599230508674-17x20.jpg 17w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><figcaption>Lucie Delarue-Mardrus vers 1905, extrait de \u00ab La vie Heureuse \u00bb<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Joseph-Charles fait tout pour encourager et soutenir Lucie. Afin de lui permettre de s\u2019occuper uniquement de po\u00e9sie, il prend en charge l\u2019intendance de leur maison de la rue Raynouard et la gestion de leurs domestiques. Lucie a d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit des articles pour le journal \u00ab\u2009la Fronde\u2009\u00bb, le premier quotidien enti\u00e8rement con\u00e7u et dirig\u00e9 par des femmes, fond\u00e9 en 1897 par Marguerite Durand. Un de ses sonnets a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 dans le journal \u00ab\u2009Le Gaulois\u2009\u00bb. Mais c\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 Joseph-Charles qu\u2019elle fait para\u00eetre son premier recueil intitul\u00e9 \u00ab\u2009Occident\u2009\u00bb. Son \u00e9diteur n\u2019est autre que \u00ab\u2009La revue blanche\u2009\u00bb, qui publie aussi la traduction des \u00ab\u2009Mille et une nuits\u2009\u00bb de Joseph-Charles.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"512\" height=\"705\" src=\"http:\/\/helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/la-revue-blanche-1895.jpg\" alt=\"la-revue-blanche-1895\" class=\"wp-image-2241\" srcset=\"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/la-revue-blanche-1895.jpg 512w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/la-revue-blanche-1895-218x300.jpg 218w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/la-revue-blanche-1895-15x20.jpg 15w\" sizes=\"auto, (max-width: 512px) 100vw, 512px\" \/><figcaption>La revue blanche, couverture de Toulouse-Lautrec, 1895<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong><u>Un concours de circonstances<\/u><\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ironie du sort, c\u2019est par l\u2019interm\u00e9diaire de Pauline Tarn\/Ren\u00e9e Vivien que Natalie fait la connaissance des Mardrus. Pauline, qui a d\u00e9couvert la po\u00e9sie de Lucie gr\u00e2ce \u00e0 \u00ab\u2009Occident\u2009\u00bb, lui a envoy\u00e9 une lettre \u00e9logieuse accompagn\u00e9e de son propre recueil, \u00ab\u2009Cendres et Poussi\u00e8res\u2009\u00bb, paru quelques mois plus t\u00f4t. La po\u00e9sie de Pauline suscite l\u2019admiration de Lucie et de Joseph-Charles qui la re\u00e7oivent dans leur nouvelle villa, la Roseraie, situ\u00e9e \u00e0 Auteuil. Une nouvelle fois, la timidit\u00e9 de Pauline lui porte pr\u00e9judice. Les Mardrus sont impressionn\u00e9s par les vers de Pauline, mais sont d\u00e9\u00e7us par sa personnalit\u00e9 effac\u00e9e et sa conversation qu\u2019ils jugent banale. Ils acceptent cependant son invitation \u00e0 venir d\u00eener chez elle, avenue du Bois. Lors de cette soir\u00e9e, ils font la connaissance d\u2019Eva Palmer, dont la beaut\u00e9 fascine Lucie&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00c0 l\u2019entremets, on vit tout \u00e0 coup sortir d\u2019entre les draperies une mince et surprenante cr\u00e9ature, v\u00e9ritable h\u00e9ro\u00efne de Dante Gabriele Rossetti. Sa m\u00e9di\u00e9vale robe de velours, pourpre sombre, serrait de pr\u00e8s les lignes, un peu anguleuses, d\u2019un corps archa\u00efque. Deux \u00e9normes nattes de cheveux rouges entouraient sa t\u00eate \u00e0 la mani\u00e8re de lauriers. Son visage aux yeux bleus \u00e9tait celui d\u2019un primitif italien.<\/p><cite>\u00ab\u2009Mes m\u00e9moires\u2009\u00bb, \u00e9crit par Lucie Delarue-Mardrus, \u00e9d Gallimard, 1938<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"518\" height=\"386\" src=\"http:\/\/helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/Eva-Palmer-1900.jpg\" alt=\"Eva-Palmer\" class=\"wp-image-2242\" srcset=\"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/Eva-Palmer-1900.jpg 518w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/Eva-Palmer-1900-300x224.jpg 300w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/Eva-Palmer-1900-20x15.jpg 20w\" sizes=\"auto, (max-width: 518px) 100vw, 518px\" \/><figcaption>Eva Palmer en 1900 \u00a9 The Smithsonian Institution<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong><u>Une soir\u00e9e au th\u00e9\u00e2tre<\/u><\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Eva Palmer invite les Mardrus \u00e0 assister \u00e0 une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre depuis sa loge d\u00e8s le lendemain. C\u2019est dans cette loge que Lucie fait la rencontre de Natalie Barney&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Elle n\u2019avait rien du style impressionnant d\u2019Evelina Palmer. Le teint de pastel, les cheveux d\u2019un ton de f\u00e9erie, l\u2019\u00e9l\u00e9gance parisienne de cette Am\u00e9ricaine ne laissaient qu\u2019au bout d\u2019un moment se r\u00e9v\u00e9ler le regard d\u2019acier de ses yeux, qui voient tout et qui comprennent tout en une seconde. Et pour mieux accentuer la fausse impression qu&rsquo;on avait d&rsquo;abord, elle pouvait, et cela jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent lui est rest\u00e9, rougir parfois comme une novice intimid\u00e9e.<\/p><cite>\u00ab\u2009Mes m\u00e9moires\u2009\u00bb, \u00e9crit par Lucie Delarue-Mardrus, \u00e9d Gallimard, 1938<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De l\u2019avis g\u00e9n\u00e9ral, Lucie est une femme extr\u00eamement belle, sportive, \u00e0 la silhouette \u00e9lanc\u00e9e. Soixante ans apr\u00e8s leur rencontre, Natalie en fait encore une description \u00e9mue&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Ma premi\u00e8re vision de ce couple l\u00e9gendaire aurait d\u00fb me frapper. Mme&nbsp;Mardrus \u00e9tait mince et assez grande dans une robe princesse moulant ses formes d\u2019une sym\u00e9trie parfaite. L\u2019on sentait que la nudit\u00e9 d\u2019un tel corps n\u2019occasionnerait aucune d\u00e9ception. Ses gestes, d\u00e9coulant d\u2019une harmonie int\u00e9rieure, \u00e9taient rares et coordonn\u00e9s. Cette beaut\u00e9 brune au teint mat avait des yeux fixes de Pharaonne qui, tout en posant leur regard sur vous, semblaient ne pas vous voir, tandis que sa voix disait des choses gentilles et naturelles, tomb\u00e9es, comme par inadvertance, de sa bouche entrouverte, humide et molle, et dont la l\u00e8vre sup\u00e9rieure aspirait voluptueusement l\u2019inf\u00e9rieure, comme si c\u2019\u00e9tait celle d\u2019une autre\u2009!<\/p><cite>\u00ab\u2009Souvenirs indiscrets\u2009\u00bb, \u00e9crit par Natalie Clifford Barney, \u00e9d. Flammarion, 1960<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong><u>Nouvel amour, nouveau d\u00e9fi<\/u><\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Natalie invite les Mardrus \u00e0 d\u00eener dans l\u2019appartement qu\u2019elle occupe \u00e0 l\u2019h\u00f4tel La P\u00e9rouse.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Je la revois, \u00e0 notre entr\u00e9e, v\u00eatue de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9s bleu p\u00e2le, jouant du violon en nous attendant. Les remarques qu\u2019elle fit pendant ce d\u00eener, d\u2019une voix qui ne sortait pas (et qu\u2019elle a toujours gard\u00e9 ainsi), son sourire mordant, sa fine d\u00e9sinvolture, ses tranquilles et curieux paradoxes r\u00e9v\u00e9laient sans attendre qu\u2019on se trouvait devant quelqu\u2019un.<\/p><cite>\u00ab\u2009Mes m\u00e9moires\u2009\u00bb, \u00e9crit par Lucie Delarue-Mardrus, \u00e9d Gallimard, 1938<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab\u2009Trois jours plus tard, elle \u00e9tait \u00e0 la Roseraie\u2009\u00bb, conclut Lucie qui semble imm\u00e9diatement conquise. Pour cette seconde rencontre, Natalie est accompagn\u00e9e par son p\u00e8re qui la d\u00e9pose chez les Mardrus. Albert n\u2019a pas du tout une bonne impression du couple et h\u00e9site \u00e0 leur confier sa fille, pourtant d\u00e9sormais \u00e2g\u00e9e de vingt-six ans. Les Mardrus lui paraissent bien trop excentriques, et leur quartier malfam\u00e9. Albert accepte finalement de laisser Natalie, mais pr\u00e9vient qu\u2019il reviendra la chercher apr\u00e8s le d\u00eener.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Natalie devient tr\u00e8s vite une habitu\u00e9e de la villa la Roseraie. Dans ses m\u00e9moires, elle affirme que les Mardrus \u00e9taient les seuls \u00e0 la distraire du chagrin de ne plus voir Pauline. Mais Natalie s\u2019emploie surtout \u00e0 courtiser Lucie, s\u00e9duite d\u00e8s leurs premi\u00e8res rencontres, mais qui n\u2019ose pas franchir le pas. Toujours aussi appliqu\u00e9e et d\u00e9termin\u00e9e, Natalie patiente plusieurs mois. La phase de s\u00e9duction, faite d\u2019attente et d\u2019anticipation est peut-\u00eatre le moment qu\u2019elle pr\u00e9f\u00e8re dans une histoire d\u2019amour. \u00ab\u2009J\u2019ai horreur de la sati\u00e9t\u00e9 vois-tu et l\u2019insuffisance me satisfait bien plus\u2009\u00bb, \u00e9crivait-elle d\u00e9j\u00e0 \u00e0 Liane de Pougy<sup><a href=\"#footnote_2_2233\" id=\"identifier_2_2233\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"&laquo;&nbsp;Natalie Clifford Barney \/ Liane de Pougy &ndash; Correspondance amoureuse&nbsp;&raquo; &eacute;dition &eacute;tablie et annot&eacute;e par Suzette Robichon et Olivier Wagner, &eacute;d. Gallimard, 2019, p. 73\">2<\/a><\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les jours de pluie, Natalie et Lucie passent leurs apr\u00e8s-midi en t\u00eate \u00e0 t\u00eate dans le salon de la Roseraie. Lucie lit \u00e0 Natalie des po\u00e8mes inspir\u00e9s de leur rencontre. Parfois, Eva Palmer se joint \u00e0 elles. Quant \u00e0 Joseph-Charles, occup\u00e9 par ses travaux et ses \u00e9crits, il ne fait son apparition qu\u2019\u00e0 l\u2019heure du d\u00eener. Lucie et Natalie aiment aussi monter \u00e0 cheval et galoper le long des quais encore sauvages de la seine.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>V\u00eatue en cow-boy, sa couronne de cheveux natt\u00e9s sous un feutre \u00e0 larges bords, elle [Lucie] montait \u00e0 califourchon, tandis qu\u2019\u00e0 son c\u00f4t\u00e9 je chevauchais en stricte tenue d\u2019amazone. Devant ce spectacle disparate et inaccoutum\u00e9, quelques voyous \u00e0 bicyclette cri\u00e8rent des grossi\u00e8ret\u00e9s.<\/p><cite>\u00ab\u2009Souvenirs indiscrets\u2009\u00bb, \u00e9crit par Natalie Clifford Barney, \u00e9d. Flammarion, 1960<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me suis longtemps demand\u00e9 \u00e0 quoi pouvait bien ressembler la tenue de Lucie, qualifi\u00e9e de \u00ab\u2009cow-boy\u2009\u00bb, par Natalie, jusqu\u2019\u00e0 ce que je tombe sur cette photo, qui doit \u00eatre assez repr\u00e9sentative des v\u00eatements que Lucie pouvait porter pour monter \u00e0 cheval. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"500\" height=\"831\" src=\"http:\/\/helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/Lucie-Delarue-cigarette.jpg\" alt=\"Lucie-Delarue-cigarette\" class=\"wp-image-2248\" srcset=\"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/Lucie-Delarue-cigarette.jpg 500w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/Lucie-Delarue-cigarette-181x300.jpg 181w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/Lucie-Delarue-cigarette-12x20.jpg 12w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><figcaption>Lucie Delarue-Mardrus vers 1905, extrait de \u00ab La vie Heureuse \u00bb<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong><u>Une br\u00e8ve rencontre avec Pauline<\/u><\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Malgr\u00e9 Lucie, Natalie n\u2019a pas oubli\u00e9 Pauline et s\u2019efforce avec acharnement de la reconqu\u00e9rir. Dans ce but, elle teste diverses strat\u00e9gies et ne recule devant aucun stratag\u00e8me. Elle correspond ainsi pendant plus d\u2019un an avec Emmanuelle Lacheny, leur ancienne gouvernante du 33, rue Alphonse-de-Neuville, qui travaille toujours pour Pauline, notamment comme secr\u00e9taire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lors de la parution du second recueil de Pauline, \u00ab\u2009Cendres et Poussi\u00e8res\u2009\u00bb, et de son propre livre, \u00ab\u2009Cinq petits dialogues grecs\u2009\u00bb, Natalie lui envoie un exemplaire de chacun de ces deux ouvrages avec des annotations, flatteuses ou implorantes, destin\u00e9es \u00e0 l\u2019attendrir. Connaissant l\u2019admiration que Pauline \u00e9prouve \u00e0 l\u2019\u00e9gard de Lucie Delarue-Mardrus, elle demande \u00e0 cette derni\u00e8re de jouer les ambassadrices. Pauline, qui commence \u00e0 avoir l\u2019habitude des manigances de Natalie, refuse de recevoir Lucie.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>(&#8230;) Je ne puis vous voir \u2013 Je crains trop ce que vous allez me dire. Je suis en ce moment tr\u00e8s d\u00e9prim\u00e9e, j\u2019ai les nerfs dans un \u00e9tat lamentable \u00e0 la suite d\u2019une trop grande fatigue c\u00e9r\u00e9brale et \u00e0 la suite de chagrins tr\u00e8s cruels. J\u2019ai besoin d\u2019une qui\u00e9tude ABSOLUE.<\/p><cite>Cit\u00e9 dans \u00ab\u2009Tes blessures sont plus douces que leurs caresses\u2009\u00bb, \u00e9crit par Jean-Paul Goujon, \u00e9d. R\u00e9gine Deforges, 1986, p.225<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En novembre 1902, Natalie demande \u00e0 Eva Palmer de l\u2019aider \u00e0 organiser une sorte de guet-apens. Eva a \u00e9t\u00e9 invit\u00e9e dans la loge de Pauline au th\u00e9\u00e2tre, mais c\u2019est Natalie qui prend sa place. Pauline ne r\u00e9agit pas n\u00e9gativement \u00e0 l\u2019apparition inattendue de Natalie. Toutes deux assistent au spectacle et conviennent de se revoir d\u00e8s le lendemain, en t\u00eate \u00e0 t\u00eate cette fois. Mais Pauline ne vient pas au rendez-vous et annonce \u00e0 Natalie par t\u00e9l\u00e9phone qu\u2019elle a chang\u00e9 d\u2019avis, car&nbsp;: \u00ab\u2009On ne joue pas sa vie deux fois.\u2009\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Entretemps, Natalie a re\u00e7u un t\u00e9l\u00e9gramme alarmant de Monte-Carlo o\u00f9 son p\u00e8re est en train de suivre une nouvelle cure sous la surveillance d\u2019une garde malade. L\u2019\u00e9tat d\u2019Albert s\u2019est brusquement aggrav\u00e9, et sa garde malade encourage Natalie \u00e0 accourir au plus vite \u00e0 Monte-Carlo. En apprenant la nouvelle, Pauline s\u2019adoucit et propose de l\u2019accompagner. \u00ab\u2009Je n\u2019ai besoin de personne\u2009\u00bb, d\u00e9cline s\u00e8chement Natalie en raccrochant l\u2019appareil, la mort dans l\u2019\u00e2me.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Natalie et Pauline ne se reverront qu\u2019en 1904, deux ans apr\u00e8s ce rendez-vous manqu\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong><u>La mort d\u2019Albert<\/u><\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Natalie est accueillie \u00e0 la gare de Monte-Carlo par la garde malade qui lui annonce que son p\u00e8re est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 durant la nuit d\u2019une nouvelle crise cardiaque. Natalie retourne \u00e0 Paris avec la d\u00e9pouille d\u2019Albert qui est incin\u00e9r\u00e9 au P\u00e8re-Lachaise. Accompagn\u00e9e d\u2019Eva Palmer et de Freddy Manners-Sutton \u2013 rencontr\u00e9 par l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019Olive Custance et qui est devenu un ami proche \u2013, Natalie ram\u00e8ne les cendres de son p\u00e8re \u00e0 New York.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Albert laisse \u00e0 sa femme et \u00e0 ses filles une fortune estim\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9quivalent de 162 millions de dollars actuels<sup><a href=\"#footnote_3_2233\" id=\"identifier_3_2233\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"&laquo;&thinsp;Wild Heart. A Life. Natalie Clifford Barney&rsquo;s Journey from Victorian America to Belle &Eacute;poque Paris&thinsp;&raquo;, &eacute;crit par Suzanne Rodriguez, &eacute;d HarperCollins, 2002, p.150\">3<\/a><\/sup>. Alice, Laura et Natalie vivront toute leur vie tr\u00e8s confortablement des int\u00e9r\u00eats produits par ce capital plac\u00e9 dans un fonds d\u2019investissement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Malgr\u00e9 leur relation conflictuelle, Natalie est \u00e9prouv\u00e9e par la perte de son p\u00e8re. D\u2019une fa\u00e7on cruelle, la mort d\u2019Albert lui offre le plus inestimable des dons, rarissime pour une femme \u00e0 cette \u00e9poque&nbsp;: une totale ind\u00e9pendance. D\u00e9sormais, la com\u00e9die des fausses fian\u00e7ailles est termin\u00e9e, et Natalie est d\u00e9finitivement lib\u00e9r\u00e9e de toute tutelle masculine et pression familiale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En janvier 1903, Natalie retourne \u00e0 Paris et emm\u00e9nage avec Eva dans un appartement pr\u00eat\u00e9 par Freddy Manners-Sutton. Quelques mois plus tard, elles trouvent chacune une maison \u00e0 Neuilly&nbsp;: Natalie est au 56, rue Longchamp, tandis qu\u2019Eva s\u2019installe \u00e0 deux pas, rue du Bois de Boulogne.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"600\" height=\"389\" src=\"http:\/\/helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/Rue-Longchamp.jpg\" alt=\"rue-de-lonchamp-neuilly-sur-seine\n\" class=\"wp-image-2243\" srcset=\"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/Rue-Longchamp.jpg 600w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/Rue-Longchamp-300x195.jpg 300w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/Rue-Longchamp-20x13.jpg 20w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><figcaption>Le d\u00e9but de la rue de Lonchamp vers 1900 \u00a9 Archives d\u00e9partementales des Hauts-de-Seine (<a href=\"https:\/\/www.creativecommons.org\/licenses\/by-nc-sa\/2.0\/fr\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">CC BY-NC-SA 2.0 FR<\/a>)<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong><u>Les f\u00eates de Neuilly<\/u><\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 1903, Natalie Barney a d\u00e9j\u00e0 acquis une certaine notori\u00e9t\u00e9 dans les milieux mondains et litt\u00e9raires parisiens gr\u00e2ce aux amiti\u00e9s qu\u2019elle a nou\u00e9es avec des auteurs comme Pierre Lou\u00ffs, Lucie Delarue-Mardrus et Joseph-Charles Mardrus. Elle est aussi connue pour \u00eatre la muse de Ren\u00e9e Vivien et la Flossie de l\u2019\u00ab\u2009Idylle saphique\u2009\u00bb de Liane de Pougy. Cette m\u00eame ann\u00e9e, Natalie fait \u00e9galement une apparition dans le quatri\u00e8me tome de la s\u00e9rie des \u00ab\u2009Claudine\u2009\u00bb de Colette, o\u00f9 elle devient \u00ab\u2009Miss Flossie\u2009\u00bb. Natalie a eu une courte liaison avec Colette, qui s\u2019est vite transform\u00e9e en une amiti\u00e9 durable.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Il y a Miss Flossie, qui dit, pour refuser une tasse de th\u00e9, un \u00ab\u2009Non\u2026\u2009\u00bb, si prolong\u00e9, dans un petit r\u00e2le guttural semblant accorder toute elle-m\u00eame. Alain ne veut pas (pourquoi\u2009?) que je la connaisse, cette Am\u00e9ricaine plus souple qu\u2019une \u00e9charpe, dont l\u2019\u00e9tincelant visage brille de cheveux d\u2019or, de prunelles bleu de mer, de dents implacables. Elle me sourit sans embarras, ses yeux riv\u00e9s aux miens, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019un fr\u00e9missement de son sourcil gauche, singulier, g\u00eanant comme un appel, fasse d\u00e9tourner mon regard\u2026 Miss Flossie sourit plus nerveusement alors, tandis qu\u2019une enfant rousse et mince [Eva Palmer], blottie dans son ombre, me couve, inexplicablement, de ses profonds yeux de haine\u2026<\/p><cite>\u00ab&nbsp;Claudine s\u2019en va&nbsp;\u00bb, \u00e9crit par Colette, \u00e9d. Ollendorf &amp; Albin Michel, 1903<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e9sormais libre, riche et ind\u00e9pendante, Natalie profite de sa nouvelle maison de Neuilly pour recevoir son cercle d\u2019amis qui ne cesse de s\u2019\u00e9largir. Dans ses jardins, qui donnent sur l\u2019\u00eele de Puteaux et les bords de Seine encore \u00e9pargn\u00e9s par le b\u00e9ton, elle organise des f\u00eates somptueuses et raffin\u00e9es, des d\u00eeners, des bals costum\u00e9s, des lectures et des repr\u00e9sentations th\u00e9\u00e2trales. Ses invit\u00e9s sont des artistes, des \u00e9crivain\u00b7es, des musicien\u00b7nes, des intellectuel\u00b7les et des mondain\u00b7es. Ces soir\u00e9es sont de v\u00e9ritables spectacles, minutieusement pens\u00e9s, planifi\u00e9s et ex\u00e9cut\u00e9s. Souvent, ils sont agr\u00e9ment\u00e9s d\u2019un mini-scandale, d\u2019une pointe de provocation qui alimentera les potins. L\u2019une des anecdotes les plus connues au sujet de ces f\u00eates est peut-\u00eatre l\u2019apparition de Mata Hari, presque nue, sur un cheval harnach\u00e9 de \u00ab\u2009turquoises persanes\u2009\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"550\" height=\"432\" src=\"http:\/\/helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/Fete-Neuilly.jpg\" alt=\"natalie-barney-amies-grece-antique\" class=\"wp-image-2261\" srcset=\"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/Fete-Neuilly.jpg 550w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/Fete-Neuilly-300x236.jpg 300w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/Fete-Neuilly-20x16.jpg 20w\" sizes=\"auto, (max-width: 550px) 100vw, 550px\" \/><figcaption>Natalie Barney et ses amies (dont Eva Palmer et Liane de Pougy) font rena\u00eetre la Gr\u00e8ce antique dans ses jardins de Neuilly &#8211; \u00a9 <a href=\"https:\/\/www.si.edu\/object\/archives\/components\/sova-sia-fa96-153-refidd1e7821\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">The Smithsonian Institution<\/a><\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Natalie s\u2019est certainement inspir\u00e9e de la fantaisie et du sens du spectacle que poss\u00e9dait naturellement sa m\u00e8re. \u00c0 Bar Harbor, Alice concoctait tous les \u00e9t\u00e9s des lectures, des divertissements et des pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre auxquels ses amis \u00e9taient invit\u00e9s \u00e0 participer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est \u00e0 Neuilly que Natalie consolide sa place dans le Tout-Paris, assoit sa r\u00e9putation et aff\u00fbte ses techniques d\u2019h\u00f4te attentive et spirituelle qui feront la renomm\u00e9e du salon litt\u00e9raire qu\u2019elle tiendra \u00e0 partir de 1910 dans son pavillon de la rue Jacob.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong><u>Nos secr\u00e8tes amours<\/u><\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Natalie et Lucie sont devenues amantes en novembre 1902. Leur liaison, interrompue par le d\u00e9c\u00e8s d\u2019Albert et le s\u00e9jour de Natalie aux \u00c9tats-Unis, reprend au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e&nbsp;1903.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 vingt-huit ans, Lucie n\u2019a probablement aucune exp\u00e9rience, et son histoire d\u2019amour avec Natalie la bouleverse. Elle tombe passionn\u00e9ment amoureuse, comme en t\u00e9moignent les po\u00e8mes qu\u2019elle adresse \u00e0 Natalie et que celle-ci fera publier dans un recueil intitul\u00e9 \u00ab\u2009Nos secr\u00e8tes amours\u2009\u00bb en 1951, quelques ann\u00e9es apr\u00e8s la mort de Lucie. Au fil des mois, Lucie r\u00e9alise qu\u2019elle n\u2019est aux yeux de Natalie qu\u2019une amante parmi (beaucoup) d\u2019autres. La fa\u00e7on dont Natalie a essay\u00e9 de l\u2019utiliser pour se rapprocher de Pauline Tarn\/Ren\u00e9e Vivien lui a aussi laiss\u00e9 un go\u00fbt amer. Lucie se sent humili\u00e9e par les infid\u00e9lit\u00e9s de Natalie. Peu \u00e0 peu, l\u2019amour laisse place \u00e0 la col\u00e8re, au ressentiment et \u00e0 un sentiment d&rsquo;impuissance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La liaison de Natalie et de Lucie se termine au mois d\u2019ao\u00fbt 1903. Pendant quelque temps, Lucie refuse de voir Natalie qui, comme toujours, voit sa passion rena\u00eetre de ses cendres d\u00e8s que ses amantes tentent de prendre leurs distances. Mais Lucie reste inflexible. Afin de l\u2019aider \u00e0 surmonter la perte de Natalie et \u00e0 lutter contre la d\u00e9pression, Joseph-Charles l\u2019emm\u00e8ne faire un grand voyage en Afrique du Nord \u00e0 partir de mars 1904. \u00c0 son retour, Lucie revoit Natalie avec qui elle renoue les liens. Elles demeureront amies jusqu\u2019au d\u00e9c\u00e8s de Lucie en 1945. Dans son roman \u00ab\u2009L\u2019ange et les pervers\u2009\u00bb publi\u00e9 en 1930, Lucie d\u00e9peindra cependant Natalie sous les traits de la riche, s\u00e9ductrice et \u00e9go\u00efste Laurette Taylor. La preuve que, trente ans plus tard, tout n\u2019\u00e9tait pas encore pardonn\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong><u>Jouer avec le feu<\/u><\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les souffrances de ses amantes d\u00e9laiss\u00e9es ne suscitent pas beaucoup d\u2019\u00e9motions chez Natalie dont la soif de conqu\u00eates amoureuses trahit un besoin de contr\u00f4le et de domination. Une fois sa proie captive, Natalie se d\u00e9sint\u00e9resse vite. Elle a d\u00e9sormais pris l\u2019habitude, en plus des rencontres \u00e9ph\u00e9m\u00e8res dont le nombre est impossible \u00e0 \u00e9valuer, d\u2019entretenir aux moins deux liaisons s\u00e9rieuses \u00e0 la fois. La nouvelle amoureuse r\u00e9cemment rencontr\u00e9e \u00e9clipsait l\u2019ancienne qui devenait, selon une plaisanterie qui a longtemps couru dans l\u2019entourage de Natalie \u00ab\u2009la nouvelle malheureuse\u2009\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Natalie joue sans cesse, gagne souvent et refuse la moindre concession. Mais son intransigeance a parfois des cons\u00e9quences d\u00e9sastreuses, y compris pour elle-m\u00eame. \u00c0 force de trop jouer, Natalie finit par perdre, d\u2019une fa\u00e7on irr\u00e9m\u00e9diable, des femmes qui occupent pourtant une place essentielle dans son existence.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><a href=\"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/natalie-clifford-barney-episode-9-un-nouveau-depart\/\" data-type=\"post\" data-id=\"2269\">Poursuivre la lecture \u2013 \u00e9pisode 9<\/a><\/strong><\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Image illustrant l&rsquo;article : portrait de Lucie Delarue-Mardrus  extrait des&nbsp;<em>Muses d&rsquo;aujourd&rsquo;hui<\/em>&nbsp;de Jean de Gourmont, 1910<\/strong><\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:59px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Notes<\/strong><\/p>\n<ol class=\"footnotes\"><li id=\"footnote_1_2233\" class=\"footnote\">\u00ab\u2009Souvenirs indiscrets\u2009\u00bb, \u00e9crit par Natalie Clifford Barney, \u00e9d. Flammarion, 1960<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_1_2233\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_2_2233\" class=\"footnote\">\u00ab&nbsp;Natalie Clifford Barney \/ Liane de Pougy \u2013 Correspondance amoureuse&nbsp;\u00bb \u00e9dition \u00e9tablie et annot\u00e9e par Suzette Robichon et Olivier Wagner, \u00e9d. Gallimard, 2019, p. 73<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_2_2233\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_3_2233\" class=\"footnote\">\u00ab\u2009Wild Heart. A Life. Natalie Clifford Barney\u2019s Journey from Victorian America to Belle \u00c9poque Paris\u2009\u00bb, \u00e9crit par Suzanne Rodriguez, \u00e9d HarperCollins, 2002, p.150<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_3_2233\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><\/ol>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Durant l\u2019\u00e9t\u00e9&nbsp;1902, Natalie fait la connaissance d\u2019un jeune couple d\u00e9j\u00e0 c\u00e9l\u00e8bre dans les cercles litt\u00e9raires parisiens&nbsp;: Lucie et Joseph-Charles Mardrus. Joseph-Charles Mardrus, surnomm\u00e9 JC, est m\u00e9decin, po\u00e8te, critique et traducteur. D\u2019origine arm\u00e9nienne, il est n\u00e9 au Caire en 1868, a fait ses \u00e9tudes au Liban puis s\u2019est install\u00e9 \u00e0 Paris. 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