{"id":2194,"date":"2020-12-11T17:16:45","date_gmt":"2020-12-11T16:16:45","guid":{"rendered":"http:\/\/helenenera.com\/les-faunesses\/?p=2194"},"modified":"2020-12-17T13:47:06","modified_gmt":"2020-12-17T12:47:06","slug":"natalie-clifford-barney-episode-7-le-defi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/natalie-clifford-barney-episode-7-le-defi\/","title":{"rendered":"Natalie Clifford Barney \u2013 \u00c9pisode 7 \u2013 \u00ab Le d\u00e9fi \u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Natalie part pour Bar Harbor au d\u00e9but du mois de juillet 1901. Elle est contrari\u00e9e par le refus de Pauline de l\u2019accompagner. D\u00e9stabilis\u00e9e par cet acte de r\u00e9bellion aussi brusque qu\u2019inhabituel de la part de Pauline, elle lui envoie plusieurs lettres lui intimant de la rejoindre. Malgr\u00e9 de valses-h\u00e9sitations, de longues lettres pleines de doutes et de d\u00e9clarations d\u2019amour, Pauline r\u00e9siste et se tient \u00e0 sa r\u00e9solution. \u00ab\u2009C\u2019est une folie de l\u2019avoir laiss\u00e9e partir, ce serait pourtant une pire folie de la suivre\u2009\u00bb, explique-t-elle \u00e0 Charles-Brun<sup><a href=\"#footnote_1_2194\" id=\"identifier_1_2194\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"&laquo;&thinsp;Tes blessures sont plus douces que leurs caresses&thinsp;&raquo;, &eacute;crit par Jean-Paul Goujon, &eacute;d. R&eacute;gine Deforges, 1986, p.&nbsp;175\">1<\/a><\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong><u>\u00c9t\u00e9&nbsp;1901<\/u><\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Durant l\u2019\u00e9t\u00e9, Pauline se rapproche d\u2019Olive Custance avec qui elle a une br\u00e8ve liaison. Fianc\u00e9e \u00e0 un homme politique anglais, Olive Custance est \u00e0 la fois amoureuse de Natalie et de Lord Alfred Douglas, l\u2019ancien amant d\u2019Oscar Wilde. Afin de \u00ab\u2009solutionner\u2009\u00bb cet imbroglio amoureux, Olive con\u00e7oit le projet d\u2019un mariage blanc entre Natalie et Alfred Douglas. Elle finira par rompre ses premi\u00e8res fian\u00e7ailles et \u00e9pousera Alfred Douglas en 1902.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Malgr\u00e9 une r\u00e9putation d\u00e9sormais bien entach\u00e9e, Natalie continue de briller dans la soci\u00e9t\u00e9 de Bar Harbor. En public, elle affiche un m\u00e9pris royal pour les ragots, et sa personnalit\u00e9 charismatique lui permet de conqu\u00e9rir la plupart des c\u0153urs. Mais int\u00e9rieurement, elle souffre du rejet et de l\u2019homophobie qu\u2019elle subit dans les milieux mondains. Au cours des d\u00e9cennies suivantes, elle se coupera progressivement du reste du monde pour ne plus fr\u00e9quenter que son cercle de familiers<sup><a href=\"#footnote_2_2194\" id=\"identifier_2_2194\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"&laquo;&thinsp;Wild Heart. A Life. Natalie Clifford Barney&rsquo;s Journey from Victorian America to Belle &Eacute;poque Paris&thinsp;&raquo;, &eacute;crit par Suzanne Rodriguez, &eacute;d HarperCollins, 2002, p.139\">2<\/a><\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En d\u00e9cembre, Alfred Douglas est de passage \u00e0 Washington pour rendre visite \u00e0 un cousin. Il y subit un accueil glacial en raison de son ancienne liaison avec Oscar Wilde. Les parents de Natalie lui interdisent par exemple de le recevoir, et elle en est r\u00e9duite \u00e0 le voir en cachette. Dans une lettre \u00e0 sa s\u0153ur Laura, Natalie confie la peine qu\u2019elle ressent \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019Alfred Douglas, constamment victime d\u2019insultes et d\u2019ostracisme<sup><a href=\"#footnote_2_2194\" id=\"identifier_3_2194\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"&laquo;&thinsp;Wild Heart. A Life. Natalie Clifford Barney&rsquo;s Journey from Victorian America to Belle &Eacute;poque Paris&thinsp;&raquo;, &eacute;crit par Suzanne Rodriguez, &eacute;d HarperCollins, 2002, p.139\">2<\/a><\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"400\" height=\"563\" src=\"http:\/\/helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Alfred-Douglas-e1598712861494.jpg\" alt=\"Alfred-Douglas\" class=\"wp-image-2203\" srcset=\"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Alfred-Douglas-e1598712861494.jpg 400w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Alfred-Douglas-e1598712861494-213x300.jpg 213w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Alfred-Douglas-e1598712861494-14x20.jpg 14w\" sizes=\"auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><figcaption>Alfred Douglas photographi\u00e9 par George Charles Beresford en 1903<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En ao\u00fbt 1901, la parution d\u2019\u00ab\u2009Idylle saphique\u2009\u00bb de Liane de Pougy provoque des remous jusqu\u2019\u00e0 Washington. Par peur du scandale, Albert refuse de laisser repartir Natalie \u00e0 Paris. Partie pour un \u00e9t\u00e9, Natalie passe en r\u00e9alit\u00e9 presque un an aux \u00c9tats-Unis et met \u00e0 profit ce long s\u00e9jour pour travailler.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong><u>Pierre Lou\u00ffs<\/u><\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e9but&nbsp;1901, Natalie a termin\u00e9 son roman \u00e9pistolaire, \u00ab\u2009Lettres \u00e0 une connue\u2009\u00bb, cens\u00e9 faire office de pendant \u00e0 l\u2019\u00ab\u2009Idylle saphique\u2009\u00bb de Liane de Pougy. Apr\u00e8s avoir essuy\u00e9 des refus chez plusieurs \u00e9diteurs, elle se met en qu\u00eate d\u2019un interm\u00e9diaire, d\u2019un \u00e9crivain plus exp\u00e9riment\u00e9 qui pourrait la conseiller et lui apporter son soutien. Son choix se porte sur un auteur alors tr\u00e8s en vue&nbsp;: Pierre Lou\u00ffs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Po\u00e8te et romancier, Pierre Lou\u00ffs a d\u00e9j\u00e0 sign\u00e9 plusieurs romans, dont \u00ab\u2009Aphrodite\u2009\u00bb, qui a pour toile de fond l\u2019Alexandrie antique, et \u00ab\u2009La femme et le pantin\u2009\u00bb, inspir\u00e9 des m\u00e9moires de Casanova. En 1894, il a \u00e9galement publi\u00e9 un recueil de po\u00e8mes en prose intitul\u00e9 \u00ab\u2009Les chansons de Bilitis\u2009\u00bb, qu\u2019il pr\u00e9sente dans un premier temps comme la traduction de l\u2019\u0153uvre d\u2019une po\u00e9tesse antique oubli\u00e9e \u2013 une mystification litt\u00e9raire qui a contribu\u00e9 au succ\u00e8s de son livre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab\u2009Les chansons de Bilitis\u2009\u00bb mettent notamment en sc\u00e8ne les amours saphiques de son h\u00e9ro\u00efne. Pierre Lou\u00ffs est connu pour \u00ab\u2009le vif int\u00e9r\u00eat\u2009\u00bb<sup><a href=\"#footnote_3_2194\" id=\"identifier_4_2194\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"&laquo;&thinsp;Tes blessures sont plus douces que leurs caresses&thinsp;&raquo;, &eacute;crit par Jean-Paul Goujon, &eacute;d. R&eacute;gine Deforges, 1986, p.&nbsp;173\">3<\/a><\/sup> qu\u2019il porte aux lesbiennes\u2009; un int\u00e9r\u00eat bien s\u00fbr tout \u00e0 fait probl\u00e9matique, tout autant que \u00ab\u2009Les chansons de Bilitis\u2009\u00bb remplies d\u2019images de sexualisation de tr\u00e8s jeunes filles (j\u2019ai tenu dix pages, je ne peux pas vous en dire plus). La teneur des r\u00e9cits \u00e9rotiques de Pierre Lou\u00ffs, publi\u00e9s apr\u00e8s son d\u00e9c\u00e8s, n\u2019a fait que confirmer mon impression (ma tr\u00e8s ch\u00e8re, je vous laisse chercher par vous-m\u00eame vous voulez en savoir plus. Je ne souhaite pas m\u2019\u00e9tendre sur le sujet afin que cette biographie demeure autant que possible pour nous toutes un havre de paix).<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"512\" height=\"603\" src=\"http:\/\/helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Les-Chansons-de-Bilitis.jpg\" alt=\"Les-Chansons-de-Bilitis\" class=\"wp-image-2205\" srcset=\"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Les-Chansons-de-Bilitis.jpg 512w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Les-Chansons-de-Bilitis-255x300.jpg 255w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Les-Chansons-de-Bilitis-17x20.jpg 17w\" sizes=\"auto, (max-width: 512px) 100vw, 512px\" \/><figcaption>\u00ab\u2009Chansons de Bilitis\u2009\u00bb, de Pierre Lou\u00ffs, illustrations de George Barbier, 1922 <\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong><u>\u00c0 la recherche d\u2019un alli\u00e9<\/u><\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aveugl\u00e9e par le pseudo saphisme des \u00ab\u2009Chansons de Bilitis\u2009\u00bb, Natalie esp\u00e8re trouver en Pierre Lou\u00ffs un alli\u00e9 et un mentor en \u00e9criture. Toujours aussi t\u00e9m\u00e9raire et s\u00fbre d\u2019elle, Natalie le contacte dans les premiers mois de l\u2019ann\u00e9e&nbsp;1901, peut-\u00eatre par l\u2019interm\u00e9diaire de Liane de Pougy qui b\u00e9n\u00e9ficie de nombreuses connexions dans les milieux litt\u00e9raires. Natalie lui fait parvenir le manuscrit de \u00ab\u2009Lettres \u00e0 une connue\u2009\u00bb pour avis et conseils et lui r\u00e9clame m\u00eame sans d\u00e9tour une introduction qui, pense-t-elle, l\u2019aidera \u00e0 convaincre un \u00e9diteur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e9termin\u00e9e \u00e0 se faire une place dans les cercles litt\u00e9raires parisiens, Natalie n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 tirer profit des carnets d\u2019adresses de ses amantes, comme Liane de Pougy ou Olive Custance. \u00ab\u2009\u00c0 pr\u00e9sent, je me repose sur les lauriers de mes amantes\u2009\u00bb, \u00e9crit-elle \u00e0 Pierre Lou\u00ffs<sup><a href=\"#footnote_4_2194\" id=\"identifier_5_2194\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Cit&eacute; dans &laquo;&thinsp;Correspondances crois&eacute;es&nbsp;: Pierre Lou&yuml;s, Natalie Clifford Barney, Ren&eacute;e Vivien, &eacute;d. &eacute;tablie, pr&eacute;sent&eacute;e et annot&eacute;e par Jean-Paul Goujon, &eacute;d &agrave; l&rsquo;&eacute;cart, 1983, p.45\">4<\/a><\/sup>. Natalie tente de nouer des liens avec toute personne susceptible de l\u2019aider. En amiti\u00e9, elle applique les m\u00eames m\u00e9thodes agressives et d\u00e9termin\u00e9es qu\u2019en amour, subissant au passage quelques \u00e9checs. Le ton de ses lettres \u00e0 Pierre Lou\u00ffs, \u00e9crites dans un fran\u00e7ais encore un peu h\u00e9sitant, est assez amusant, car tr\u00e8s direct et relativement autoritaire, alors m\u00eame que c\u2019est elle qui sollicite l\u2019aide du c\u00e9l\u00e8bre l\u2019\u00e9crivain.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s un \u00e9change de lettres, leur premi\u00e8re rencontre a lieu au mois de juin 1901, juste avant le d\u00e9part de Natalie pour Bar Harbor. Pierre Lou\u00ffs a accept\u00e9 sans difficult\u00e9 de recevoir Natalie, curieux de faire la connaissance de l\u2019autrice des po\u00e8mes lesbiens de \u00ab\u2009Quelques portraits-sonnets de femmes\u2009\u00bb et de la \u00ab\u2009Flossie\u2009\u00bb d\u2019\u00ab\u2009Idylle saphique\u2009\u00bb. Pour ce premier rendez-vous, Natalie lui impose la pr\u00e9sence de Pauline, grande admiratrice des \u00ab\u2009Chansons de Bilitis\u2009\u00bb. Ni Natalie ni Pauline ne per\u00e7oivent le caract\u00e8re d\u00e9plac\u00e9 du \u00ab\u2009vif int\u00e9r\u00eat\u2009\u00bb qu\u2019\u00e9prouve Pierre Lou\u00ffs \u00e0 l\u2019\u00e9gard des lesbiennes. Avant-gardistes sur bien des sujets, elles n\u2019ont en revanche pas le recul n\u00e9cessaire pour juger Pierre Lou\u00ffs et son \u0153uvre. \u00c0 leur d\u00e9charge, elles sont loin d\u2019\u00eatre les seules. Aujourd\u2019hui encore, \u00ab\u2009Les chansons de Bilitis\u2009\u00bb sont toujours c\u00e9l\u00e9br\u00e9es comme un chef d\u2019\u0153uvre.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong><u>Une br\u00e8ve collaboration, une longue amiti\u00e9<\/u><\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pierre Lou\u00ffs conseille \u00e0 Natalie de retravailler enti\u00e8rement son manuscrit de \u00ab\u2009Lettres \u00e0 une connue\u2009\u00bb qui lui semble \u00eatre en l\u2019\u00e9tat pas assez abouti pour \u00eatre accept\u00e9 par un quelconque \u00e9diteur. Natalie s\u2019y refuse. Elle aime la sinc\u00e9rit\u00e9 de son manuscrit et \u00ab\u2009la concentration fervente\u2009\u00bb qui l\u2019a inspir\u00e9. \u00ab\u2009Je sais que mon livre est tr\u00e8s jeune et par cons\u00e9quent tr\u00e8s mauvais en partie, mais il doit y vibrer quelque chose de sinc\u00e8re\u2009\u00bb \u00e9crit-elle \u00e0 Lou\u00ffs<sup><a href=\"#footnote_5_2194\" id=\"identifier_6_2194\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Cit&eacute; dans &laquo;&thinsp;Correspondances crois&eacute;es&nbsp;: Pierre Lou&yuml;s, Natalie Clifford Barney, Ren&eacute;e Vivien, &eacute;d. &eacute;tablie, pr&eacute;sent&eacute;e et annot&eacute;e par Jean-Paul Goujon, &eacute;d &agrave; l&rsquo;&eacute;cart, 1983, p.53\">5<\/a><\/sup>. Selon elle, le retravailler ferait perdre \u00e0 son roman toute sa spontan\u00e9it\u00e9 et une bonne partie de ses qualit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Natalie finira par abandonner \u00ab\u2009Lettres \u00e0 une connue\u2009\u00bb qui demeurera in\u00e9dit. En revanche, elle travaille assez longuement en collaboration avec Pierre Lou\u00ffs sur un autre texte, \u00ab\u2009Cinq petits dialogues grecs\u2009\u00bb, qui sera publi\u00e9 en 1902 aux \u00e9ditions La Plume, qui ont \u00e9galement fait para\u00eetre \u00ab\u2009Idylle saphique\u2009\u00bb de Liane de Pougy. Cette fois, Natalie ne signera pas ce livre de son nom, mais utilisera le pseudonyme grec&nbsp;: \u00ab\u2009Tryph\u00e9\u2009\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La rencontre entre Natalie Barney et Pierre Lou\u00ffs donnera lieu \u00e0 une longue amiti\u00e9 qui durera jusqu\u2019en 1921, quelques ann\u00e9es avant la mort de Lou\u00ffs. En revanche, ce dernier n\u2019a jamais appr\u00e9ci\u00e9 Pauline et ne donnera pas suite \u00e0 ses diff\u00e9rents t\u00e9moignages d\u2019amiti\u00e9, ce dont elle lui gardera rancune. Travailleuse acharn\u00e9e et po\u00e9tesse bien plus talentueuse, Pauline est \u00e9clips\u00e9e par la personnalit\u00e9 irr\u00e9sistible de Natalie.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong><u>La rivale<\/u><\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La relation \u00e9pistolaire de Natalie et Pauline conna\u00eet des hauts et des bas. En ao\u00fbt, Pauline apprend les pr\u00e9tendues fian\u00e7ailles de Natalie avec un \u00e9ni\u00e8me pseudo soupirant, le comte de Chabannes de la Palice. Natalie a probablement jou\u00e9 un jeu ambigu avec Chabannes dans le but de satisfaire ses parents. Elle a d\u00e9sormais vingt-cinq ans, et il est de plus en plus difficile de trouver des pr\u00e9textes pour repousser encore et encore la perspective du mariage qui demeurait alors pour les femmes absolument incontournable. Les rumeurs au sujet de Chabannes mettent Pauline en rage. Elle envoie une lettre incendiaire \u00e0 Natalie o\u00f9 elle la traite de \u00ab\u2009harlot\u2009\u00bb, de prostitu\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Fin octobre, Pauline d\u00e9cide de d\u00e9m\u00e9nager. Elle quitte l\u2019appartement qu\u2019elle partageait depuis quelques mois avec Natalie et s\u2019installe au 23, avenue du Bois, l\u2019immeuble o\u00f9 elle a v\u00e9cu enfant et o\u00f9 habitent toujours Mary Shillito et ses parents.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En d\u00e9cembre 1901, Pauline rencontre celle qui va devenir sa compagne durant cinq ans&nbsp;: la baronne H\u00e9l\u00e8ne de Zuylen de Nyevelt.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">N\u00e9e H\u00e9l\u00e8ne-Betty-Louise-Caroline de Rothschild, la baronne H\u00e9l\u00e8ne de Zuylen est une femme \u00e9nergique, volontaire et extr\u00eamement riche. Plus \u00e2g\u00e9e que Pauline, elle est mari\u00e9e au baron \u00c9tienne de Zuylen. Le couple, qui a deux gar\u00e7ons, habite \u00e9galement avenue du Bois. Pour rendre visite \u00e0 Pauline, H\u00e9l\u00e8ne n\u2019a donc qu\u2019\u00e0 traverser la rue. Passionn\u00e9 par l\u2019automobile, le baron \u00c9tienne de Zuylen est l\u2019un des fondateurs et le premier pr\u00e9sident de l\u2019Automobile-Club de France. H\u00e9l\u00e8ne semble avoir partag\u00e9 la passion de son \u00e9poux, puisqu\u2019elle a \u00e9t\u00e9, avec Camille du Gast et la duchesse Anne de Rochechouart de Mortemart, l\u2019une des premi\u00e8res femmes \u00e0 participer \u00e0 des courses automobiles internationales. Sous le pseudonyme de \u00ab\u2009Snail\u2009\u00bb, H\u00e9l\u00e8ne a ainsi pris part \u00e0 la course Paris-Amsterdam-Paris de 1898, au Paris-Berlin de 1901 et \u00e0 l\u2019unique \u00e9dition de la course Paris-Madrid qui a eu lieu en 1903.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"512\" height=\"406\" src=\"http:\/\/helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Camille_du_Gast.jpg\" alt=\"Camille_du_Gast\" class=\"wp-image-2207\" srcset=\"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Camille_du_Gast.jpg 512w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Camille_du_Gast-300x238.jpg 300w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Camille_du_Gast-20x16.jpg 20w\" sizes=\"auto, (max-width: 512px) 100vw, 512px\" \/><figcaption>Camille du Gast lors de la course Paris-Berlin de 1901 <\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong><u>L\u2019intrigante de Washington<\/u><\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Natalie ne supporte pas d\u2019\u00eatre abandonn\u00e9e par Pauline. Elle prend imm\u00e9diatement H\u00e9l\u00e8ne en grippe et la d\u00e9nigre en s\u2019attaquant avec un certain acharnement \u00e0 son physique. Victime de grossophobie, H\u00e9l\u00e8ne est en effet surnomm\u00e9e \u00ab\u2009La Brioche\u2009\u00bb dans les milieux mondains. Aux yeux de Natalie, H\u00e9l\u00e8ne n\u2019est pas une rivale suffisamment belle, ce qui renforce son sentiment d\u2019humiliation. Les antipathies de Natalie se fixent souvent sur des caract\u00e9ristiques physiques. Berthe Cleyrergue, qui a travaill\u00e9 durant quarante ans \u00e0 son service, a ainsi racont\u00e9 une anecdote \u00e0 propos de Germaine Lefranc, qui fut l\u2019amante d\u2019\u00c9lisabeth de Gramont&nbsp;: \u00ab\u2009Berthe, ne la mettez jamais en face de moi, elle a une trop petite bouche\u2009\u00bb ordonnait Natalie avec cruaut\u00e9<sup><a href=\"#footnote_6_2194\" id=\"identifier_7_2194\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"&laquo;&thinsp;Un demi-si&egrave;cle aupr&egrave;s de l&rsquo;Amazone, m&eacute;moires de Berthe Cleyrergue&thinsp;&raquo;. Souvenirs recueillis et pr&eacute;face par Mich&egrave;le Causse, &eacute;ditions Tierce, 1980\">6<\/a><\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"261\" height=\"398\" src=\"http:\/\/helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Helene_de_Zuylen-1908.jpg\" alt=\"H\u00e9l\u00e8ne_de_Zuylen-1908\" class=\"wp-image-2206\" srcset=\"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Helene_de_Zuylen-1908.jpg 261w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Helene_de_Zuylen-1908-197x300.jpg 197w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Helene_de_Zuylen-1908-13x20.jpg 13w\" sizes=\"auto, (max-width: 261px) 100vw, 261px\" \/><figcaption>H\u00e9l\u00e8ne de Zuylen de Nyevelt en 1908<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Jalouse, Natalie essaie d\u2019intervenir dans la relation de Pauline et H\u00e9l\u00e8ne depuis Washington. Elle envoie plusieurs personnes plaider sa cause apr\u00e8s de Pauline. De passage \u00e0 Paris, Eva Palmer se d\u00e9voue en premier. Elle est gentiment \u00e9conduite par Pauline. Natalie choisit ensuite des \u00e9missaires toujours moins judicieux, comme Liane de Pougy, et m\u00eame plus tard, Pierre Lou\u00ffs, ce qui mettra Pauline en rage&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Pourquoi m\u2019as-tu envoy\u00e9 Pierre Lou\u00ffs comme ministre pl\u00e9nipotentiaire\u2009? \u2013 Croyais-tu que, l\u00e0 o\u00f9 tes lettres avaient \u00e9chou\u00e9, les paroles d\u2019un homme auraient persuad\u00e9\u2009? \u2013 Tu as fait l\u00e0 un r\u00eave \u00e9trange, \u2013 et je m\u2019\u00e9tonne que tu n\u2019aies pas senti combien il est humiliant d\u2019avoir des interm\u00e9diaires (surtout du sexe masculin) entre nous deux et notre pauvre amour mutil\u00e9.<\/p><cite>Cit\u00e9 dans \u00ab\u2009Correspondances crois\u00e9es&nbsp;: Pierre Lou\u00ffs, Natalie Clifford Barney, Ren\u00e9e Vivien, \u00e9d. \u00e9tablie, pr\u00e9sent\u00e9e et annot\u00e9e par Jean-Paul Goujon, \u00e9d \u00e0 l\u2019\u00e9cart, 1983, p.107<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong><u>Les ennuis de sant\u00e9 d\u2019Albert<\/u><\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au printemps&nbsp;1902, Albert, le p\u00e8re de Natalie, est victime d\u2019une seconde crise cardiaque. La premi\u00e8re a eu lieu un an plus t\u00f4t, au beau milieu d\u2019un parcours de golf. Affaibli, Albert passe sa convalescence en Europe dans des stations thermales. Natalie se charge de l\u2019accompagner et de lui tenir compagnie. Tous deux s\u00e9journent en Angleterre, puis font un d\u00e9tour par Paris avant de repartir pour l\u2019Allemagne. Natalie en profite pour se rendre avenue du Bois. Elle veut essayer de voir Pauline qui a d\u00e9sormais cess\u00e9 toute communication avec elle. Trouvant porte close, Natalie d\u00e9cide d\u2019attendre son retour.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>J\u2019attendis dans la grande cour du 23. Le c\u0153ur battant, je l\u2019aper\u00e7us enfin arriver en automobile et courus au-devant d\u2019elle, lorsqu\u2019elle donna l\u2019ordre \u00e0 son chauffeur de ressortir par la cour du fond sans s\u2019arr\u00eater. \u00c9tait-il possible qu\u2019elle ne m\u2019ait pas vue\u2009? Ou qu\u2019elle ne voul\u00fbt pas me voir\u2009?<\/p><cite>\u00ab\u2009Souvenirs indiscrets\u2009\u00bb, \u00e9crit par Natalie Clifford Barney, \u00e9d. Flammarion, 1960<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Natalie est bless\u00e9e par cet \u00e9pisode qu\u2019elle raconte au moins \u00e0 deux personnes&nbsp;: Liane de Pougy et Pierre Lou\u00ffs. Lors d\u2019un autre s\u00e9jour \u00e0 Paris, Natalie rend visite \u00e0 Mary Shillito qui habite dans l\u2019appartement situ\u00e9 juste au-dessus de celui de Pauline. Depuis les fen\u00eatres de Mary, Natalie espionne Pauline qui se trouve en compagnie d\u2019H\u00e9l\u00e8ne dans son jardinet.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le rejet de Pauline suscite chez Natalie des \u00e9motions complexes&nbsp;: un m\u00e9lange de vexation, de frustration et d\u2019amour sinc\u00e8re. Elle ne supporte pas que Pauline conserve une mauvaise image d\u2019elle, et aimerait pouvoir, comme avec toutes ses autres amantes, transformer leur histoire d\u2019amour en une amiti\u00e9 durable&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Je ne veux pas qu\u2019elle me d\u00e9forme \u00e0 elle-m\u00eame ainsi, ce qu\u2019elle dit aux autres m\u2019est bien \u00e9gal, mais ce qu\u2019elle dit lorsqu\u2019elle se parle tout au fond de sa ch\u00e8re petite \u00e2me d\u00e9sol\u00e9e et en qu\u00eate d\u2019amertumes me revient par tous ses actes et me d\u00e9sesp\u00e8re. Je lui ai donn\u00e9 assez de causes pour m\u2019en vouloir, je m\u2019en rends compte maintenant, mais je dois aussi lui avoir donn\u00e9 des instants d\u2019entente vraie et d\u2019affection pure qu\u2019elle ne doit pas oublier ou avilir (&#8230;) Et \u00e0 tel point que je veux revenir, aller vers elle, ce qui serait humiliant et faible vu et jug\u00e9 d\u2019apr\u00e8s la plupart des gens, mais qui me tourmente au point que je le sens le seul bon chemin \u00e0 prendre, le seul digne et g\u00e9n\u00e9reux et la forcer d\u2019accepter de moi tout ce qu\u2019elle ignore de loyal et de d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9 dans l\u2019amour que je lui porte.<\/p><cite>\u00ab\u2009Natalie Clifford Barney\/Liane de Pougy \u2013 Correspondance amoureuse\u2009\u00bb \u00e9dition \u00e9tablie et annot\u00e9e par Suzette Robichon et Olivier Wagner, \u00e9d. Gallimard, 2019, p.314<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong><u>La reconqu\u00eate<\/u><\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sans se soucier de ce que souhaite Pauline, Natalie est d\u00e9termin\u00e9e \u00e0 la reconqu\u00e9rir. Loin d\u2019\u00eatre abattue, elle rel\u00e8ve ce d\u00e9fi avec son \u00e9nergie et son inventivit\u00e9 habituelles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Natalie commence par passer r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 cheval devant l\u2019immeuble de Pauline. Tout le quartier est frapp\u00e9 par l\u2019apparition de cette cavali\u00e8re \u00e9m\u00e9rite \u00e0 l\u2019indomptable chevelure blonde qui d\u00e9vale fougueusement l\u2019avenue du Bois, refusant de se laisser d\u00e9passer par quiconque.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une nuit, Natalie demande l\u2019aide de son amie et ancienne amante, la cantatrice Emma Calv\u00e9. D\u00e9guis\u00e9es en chanteuses de rue, les deux femmes se rendent sous les fen\u00eatres de Pauline. Emma Calv\u00e9 se met \u00e0 chanter tandis que Natalie fait semblant de ramasser des pi\u00e8ces de monnaie jet\u00e9es des autres \u00e9tages. En entendant Emma entamer le c\u00e9l\u00e8bre op\u00e9ra \u00ab\u2009Carmen\u2009\u00bb, Pauline se montre enfin \u00e0 sa fen\u00eatre. Natalie en profite pour lui lancer par-dessus la grille du jardinet des fleurs et un po\u00e8me \u00e9crit \u00e0 son attention. Lorsque les badauds attir\u00e9s par la voix d\u2019Emma Calv\u00e9 commencent \u00e0 reconna\u00eetre la cantatrice, les deux fausses mendiantes doivent s\u2019\u00e9clipser.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"450\" height=\"584\" src=\"http:\/\/helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Emma-Calve.jpg\" alt=\"Emma-Calv\u00e9\" class=\"wp-image-2208\" srcset=\"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Emma-Calve.jpg 450w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Emma-Calve-231x300.jpg 231w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Emma-Calve-15x20.jpg 15w\" sizes=\"auto, (max-width: 450px) 100vw, 450px\" \/><figcaption>Emma Calv\u00e9, atelier Nadar. Source <a href=\"https:\/\/gallica.bnf.fr\/\" data-type=\"URL\" data-id=\"https:\/\/gallica.bnf.fr\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">gallica.bnf.fr \/ BnF<\/a><\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Natalie ne cesse d\u2019\u00e9crire \u00e0 Pauline pour la supplier de lui accorder une entrevue. Elle a recours \u00e0 de nouveaux ambassadeurs pour plaider sa cause&nbsp;: sa s\u0153ur Laura, puis Pierre Lou\u00ffs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Malgr\u00e9 son incapacit\u00e9 \u00e0 renoncer d\u00e9finitivement \u00e0 Natalie, Pauline fait paradoxalement preuve de beaucoup de lucidit\u00e9, \u00e0 la fois vis-\u00e0-vis de Natalie, mais aussi de l\u2019impasse dans laquelle se trouve leur relation&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Tu ne seras jamais capable d\u2019un amour unique, absolu et sinc\u00e8re, comme celui que je t\u2019ai si vainement donn\u00e9 \u2013 et que je ne me sens plus la force d\u2019\u00e9prouver. Ma Douceur pass\u00e9e je te donne le plus triste baiser qui jamais ait \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 au nom d\u2019un souvenir.<\/p><cite>Cit\u00e9 dans \u00ab\u2009Tes blessures sont plus douces que leurs caresses\u2009\u00bb, \u00e9crit par Jean-Paul Goujon, \u00e9d. R\u00e9gine Deforges, 1986, p.221<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Par moment, Pauline semble se d\u00e9lecter du renversement de la situation. Lorsqu\u2019elle daigne r\u00e9pondre \u00e0 Natalie, elle se montre parfois perfide&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Ah\u2009! Natalie\u2009! Natalie\u2009! Si tu m\u2019avais aim\u00e9e avant de briser en moi tout essor de croyances et d\u2019illusion, combien de regrets tu nous aurais \u00e9pargn\u00e9s\u2009!<\/p><cite>Cit\u00e9 dans \u00ab\u2009Correspondances crois\u00e9es&nbsp;: Pierre Lou\u00ffs, Natalie Clifford Barney, Ren\u00e9e Vivien, \u00e9d. \u00e9tablie, pr\u00e9sent\u00e9e et annot\u00e9e par Jean-Paul Goujon, \u00e9d \u00e0 l\u2019\u00e9cart, 1983, p.107<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces bravades et ces petites vengeances dissimulent une blessure. L\u2019acharnement de Natalie ravive les sentiments de Pauline et l\u2019emp\u00eache de tourner la page. Sa gouvernante, qui leur servait de chaperon au 33, rue Alphonse-de-Neuville, pr\u00e9vient Natalie&nbsp;que ses tentatives de reconqu\u00eate sont une punition pour Pauline&nbsp;: \u00ab&nbsp;si vous tenez vraiment \u00e0 elle, laissez-la tranquille&nbsp;\u00bb, lui \u00e9crit-elle. Tout en notant que Natalie a \u00ab&nbsp;du charme et de la gr\u00e2ce&nbsp;\u00bb, la gouvernante lui reproche aussi son caract\u00e8re imp\u00e9rieux qui la conduit \u00e0 blesser les autres sans le vouloir<sup><a href=\"#footnote_7_2194\" id=\"identifier_8_2194\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"&laquo;&nbsp;Wild Heart. A Life. Natalie Clifford Barney&rsquo;s Journey from Victorian America to Belle &Eacute;poque Paris &nbsp;&raquo;, &eacute;crit par Suzanne Rodriguez, &eacute;d HarperCollins, 2002, p.144\">7<\/a><\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Alors que Natalie se d\u00e9clare, au sujet de Pauline, pr\u00eate \u00e0 \u00ab&nbsp;dompter tout orgueil pour lui avouer que je l\u2019aimais encore, que je l\u2019aimais plus que jamais, puisque je ne pouvais plus que lui \u00eatre fid\u00e8le&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#footnote_8_2194\" id=\"identifier_9_2194\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"&laquo;&thinsp;Souvenirs indiscrets&thinsp;&raquo;, &eacute;crit par Natalie Clifford Barney, &eacute;d. Flammarion, 1960\">8<\/a><\/sup>, elle continue en r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 courtiser d\u2019autres femmes. Au milieu de ces liaisons sans lendemains, elle fait la rencontre d\u2019une po\u00e9tesse fran\u00e7aise&nbsp;: Lucie Delarue-Mardrus, qui vient de faire para\u00eetre son premier recueil intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;Occident&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><a href=\"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/natalie-clifford-barney-episode-8-ma-blonde\/\">Poursuivre la lecture \u2013 \u00e9pisode 8 <\/a><\/strong><\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Image illustrant l&rsquo;article : carte postale de l&rsquo;avenue du Bois de Boulogne vers 1906. Source: <a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"http:\/\/www.cpa-bastille91.com\/\" target=\"_blank\">Cartes postales anciennes de bastille91<\/a><\/strong><\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:70px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Notes<\/strong><\/p>\n<ol class=\"footnotes\"><li id=\"footnote_1_2194\" class=\"footnote\">\u00ab\u2009Tes blessures sont plus douces que leurs caresses\u2009\u00bb, \u00e9crit par Jean-Paul Goujon, \u00e9d. R\u00e9gine Deforges, 1986, p.&nbsp;175<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_1_2194\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_2_2194\" class=\"footnote\">\u00ab\u2009Wild Heart. A Life. Natalie Clifford Barney\u2019s Journey from Victorian America to Belle \u00c9poque Paris\u2009\u00bb, \u00e9crit par Suzanne Rodriguez, \u00e9d HarperCollins, 2002, p.139<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_2_2194\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_3_2194\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_3_2194\" class=\"footnote\">\u00ab\u2009Tes blessures sont plus douces que leurs caresses\u2009\u00bb, \u00e9crit par Jean-Paul Goujon, \u00e9d. R\u00e9gine Deforges, 1986, p.&nbsp;173<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_4_2194\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_4_2194\" class=\"footnote\">Cit\u00e9 dans \u00ab\u2009Correspondances crois\u00e9es&nbsp;: Pierre Lou\u00ffs, Natalie Clifford Barney, Ren\u00e9e Vivien, \u00e9d. \u00e9tablie, pr\u00e9sent\u00e9e et annot\u00e9e par Jean-Paul Goujon, \u00e9d \u00e0 l\u2019\u00e9cart, 1983, p.45<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_5_2194\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_5_2194\" class=\"footnote\">Cit\u00e9 dans \u00ab\u2009Correspondances crois\u00e9es&nbsp;: Pierre Lou\u00ffs, Natalie Clifford Barney, Ren\u00e9e Vivien, \u00e9d. \u00e9tablie, pr\u00e9sent\u00e9e et annot\u00e9e par Jean-Paul Goujon, \u00e9d \u00e0 l\u2019\u00e9cart, 1983, p.53<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_6_2194\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_6_2194\" class=\"footnote\">\u00ab\u2009Un demi-si\u00e8cle aupr\u00e8s de l\u2019Amazone, m\u00e9moires de Berthe Cleyrergue\u2009\u00bb. Souvenirs recueillis et pr\u00e9face par Mich\u00e8le Causse, \u00e9ditions Tierce, 1980<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_7_2194\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_7_2194\" class=\"footnote\">\u00ab&nbsp;Wild Heart. A Life. Natalie Clifford Barney\u2019s Journey from Victorian America to Belle \u00c9poque Paris &nbsp;\u00bb, \u00e9crit par Suzanne Rodriguez, \u00e9d HarperCollins, 2002, p.144<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_8_2194\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_8_2194\" class=\"footnote\">\u00ab\u2009Souvenirs indiscrets\u2009\u00bb, \u00e9crit par Natalie Clifford Barney, \u00e9d. Flammarion, 1960<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_9_2194\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><\/ol>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Natalie part pour Bar Harbor au d\u00e9but du mois de juillet 1901. Elle est contrari\u00e9e par le refus de Pauline de l\u2019accompagner. D\u00e9stabilis\u00e9e par cet acte de r\u00e9bellion aussi brusque qu\u2019inhabituel de la part de Pauline, elle lui envoie plusieurs lettres lui intimant de la rejoindre. 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