{"id":2076,"date":"2020-09-19T13:59:56","date_gmt":"2020-09-19T11:59:56","guid":{"rendered":"http:\/\/helenenera.com\/les-faunesses\/?p=2076"},"modified":"2020-12-17T10:12:54","modified_gmt":"2020-12-17T09:12:54","slug":"natalie-clifford-barney-episode-5-lorely","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/natalie-clifford-barney-episode-5-lorely\/","title":{"rendered":"Natalie Clifford Barney \u2013 \u00c9pisode 5 \u2013 \u00ab Lor\u00e9ly \u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lors de ses promenades au Bois de Boulogne, Natalie a crois\u00e9 par hasard Violette et Mary Shillito, ses anciennes petites voisines de Cincinnati avec qui elle apprenait le fran\u00e7ais. Les deux s\u0153urs habitent d\u00e9sormais avec leurs parents \u00e0 Paris dans un immeuble situ\u00e9 au 23, avenue du Bois de Boulogne. Constatant l\u2019int\u00e9r\u00eat de Natalie pour la po\u00e9sie, elles ont l\u2019id\u00e9e de lui pr\u00e9senter une autre amie d\u2019enfance qui partage la m\u00eame passion. C\u2019est ainsi que fin novembre 1899, Pauline Tarn \u2013 la future Ren\u00e9e Vivien \u2013 se joint aux s\u0153urs Shillito et \u00e0 Natalie \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une matin\u00e9e au th\u00e9\u00e2tre. Ce jour-l\u00e0, Natalie est extr\u00eamement distraite. Elle vient de recevoir la longue lettre de rupture de Liane et ne peut penser \u00e0 rien d\u2019autre. Elle ne gardera aucun souvenir de la pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre et ne pr\u00eate gu\u00e8re attention \u00e0 Pauline, qui lui semble jolie, mais un peu fade.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong><u>Une promenade au Bois et quelques vers<\/u><\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s le th\u00e9\u00e2tre, les quatre jeunes femmes se prom\u00e8nent au Bois avant de se s\u00e9parer. Violette encourage Pauline, dont elle est tr\u00e8s proche, \u00e0 leur r\u00e9citer l\u2019un de ses po\u00e8mes. Pauline s\u2019ex\u00e9cute et r\u00e9cite en fran\u00e7ais, \u00ab\u2009tr\u00e8s simplement et d\u2019une voix bien scand\u00e9e\u2009\u00bb, son po\u00e8me intitul\u00e9 \u00ab\u2009lassitude\u2009\u00bb&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Je dormirai ce soir d\u2019un large et doux sommeil.<br>Fermez les lourds rideaux, tenez les portes closes,<br>Surtout ne laissez pas p\u00e9n\u00e9trer le soleil.<br>Mettez autour de moi le soir tremp\u00e9 de roses.<\/p><p>Posez, sur la blancheur d\u2019un oreiller profond,<br>Ces mortuaires fleurs dont le parfum m\u2019obs\u00e8de<br>Posez-les dans mes mains, sur mon c\u0153ur, sur mon front,<br>Ces fleurs p\u00e2les, qui sont comme une cire ti\u00e8de.<\/p><p>Et je dirai tr\u00e8s bas&nbsp;: \u00ab\u2009Rien de moi n\u2019est rest\u00e9.<br>Mon \u00e2me enfin repose. Ayez donc piti\u00e9 d\u2019elle\u2009!<br>Respectez son repos pendant l\u2019\u00e9ternit\u00e9.\u2009\u00bb<br>Je dormirai ce soir de la mort la plus belle.<\/p><cite>Ren\u00e9e Vivien, recueil \u00ab\u2009Cendres et Poussi\u00e8re \u00bb, \u00e9d. A. Lemerre, 1902<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e8s les premiers vers, Pauline a r\u00e9ussi \u00e0 capter l\u2019attention de Natalie qui l\u2019observe d\u00e9sormais d\u2019un autre \u0153il&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Cette jeune fille plus grande que moi, mais poliment pench\u00e9e en avant pour ne pas le para\u00eetre, un corps mince avec une charmante t\u00eate aux cheveux plats, couleur souris, aux yeux bruns souvent p\u00e9tillants de gaiet\u00e9, mais lorsque ses belles paupi\u00e8res bistr\u00e9es se baissaient, elles r\u00e9v\u00e9laient plus que son regard&nbsp;: l\u2019\u00e2me et la m\u00e9lancolie du po\u00e8te que je cherchais en elle&#8230; des \u00e9paules tombantes, comme d\u00e9courag\u00e9es d\u2019avance, des bras aux gestes un peu maladroits, des mains parfois tremblantes, pr\u00eates \u00e0 se rapprocher sur quelque chose d\u2019invisible, qui venait de leur \u00e9chapper (..) Elle avait un sens de l\u2019humour facile \u00e0 ranimer et une dr\u00f4lerie enfantine qui, tout d\u2019un coup, lui enlevait la moiti\u00e9 de ses vingt ans.<\/p><cite>\u00ab\u2009Souvenirs indiscrets\u2009\u00bb, \u00e9crit par Natalie Clifford Barney, \u00e9d. Flammarion, 1960<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La pr\u00e9cision et la vivacit\u00e9 de cette description, \u00e9crite soixante ans apr\u00e8s leur rencontre, prouvent l\u2019attachement de Natalie \u00e0 Pauline dont elle s\u2019efforcera d\u2019entretenir la m\u00e9moire apr\u00e8s son d\u00e9c\u00e8s pr\u00e9matur\u00e9 en 1909.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e8s cette premi\u00e8re promenade au Bois, Natalie est s\u00e9duite par le talent de la jeune po\u00e9tesse. Quant \u00e0 l\u2019attrait \u00e9trange de Pauline pour la mort qui transpara\u00eet dans son po\u00e8me, elle r\u00e9veille l\u2019\u00e2me de chevalier-servant de Natalie. Sans attendre, celle-ci enfile \u2013 symboliquement cette fois \u2013 &nbsp;son costume de page, persuad\u00e9e d\u2019\u00eatre capable d\u2019arracher Pauline \u00e0 la mort et de la ramener vers la vie.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1013\" height=\"644\" src=\"http:\/\/helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Paris-Bois-Boulogne-1.jpg\" alt=\"Paris-Bois-Boulogne\" class=\"wp-image-2105\" srcset=\"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Paris-Bois-Boulogne-1.jpg 1013w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Paris-Bois-Boulogne-1-300x191.jpg 300w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Paris-Bois-Boulogne-1-768x488.jpg 768w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Paris-Bois-Boulogne-1-600x381.jpg 600w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Paris-Bois-Boulogne-1-20x13.jpg 20w\" sizes=\"auto, (max-width: 1013px) 100vw, 1013px\" \/><figcaption>Carte postale &#8211; Bois de Boulogne, Avenue des Accacias. Source CPArama.com<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong><u>Pauline Tarn<\/u><\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pauline Tarn est n\u00e9e en 1877. Sa m\u00e8re, Mary Gillett Bennett, est une Am\u00e9ricaine n\u00e9e dans le Michigan qui a pass\u00e9 son adolescence \u00e0 Honolulu. Son p\u00e8re, John Tarn, est un gentleman anglais passionn\u00e9 de courses de chevaux et h\u00e9ritier de la fortune b\u00e2tie par son propre p\u00e8re, propri\u00e9taire et fondateur d\u2019une cha\u00eene de magasins de meubles et de d\u00e9coration.<sup><a href=\"#footnote_1_2076\" id=\"identifier_1_2076\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Les &eacute;l&eacute;ments biographiques concernant Pauline Tarn\/Ren&eacute;e Vivien sont tir&eacute;s de &laquo;&thinsp;Tes blessures sont plus douces que leurs caresses&thinsp;&raquo;, &eacute;crit par Jean-Paul Goujon, &eacute;d. R&eacute;gine Deforges, 1986, p.29\">1<\/a><\/sup><\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"374\" height=\"289\" src=\"http:\/\/helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/tarn-and-co.jpg\" alt=\"william-tarn-grands-magasins\" class=\"wp-image-2133\" srcset=\"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/tarn-and-co.jpg 374w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/tarn-and-co-300x232.jpg 300w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/tarn-and-co-20x15.jpg 20w\" sizes=\"auto, (max-width: 374px) 100vw, 374px\" \/><figcaption>Catalogue illustr\u00e9 des grands magasins \u00ab\u00a0Tarn &amp; Co\u00a0\u00bb Source : <a href=\"http:\/\/cosgb.blogspot.com\/\">COSGB<\/a><\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les parents de Pauline se sont rencontr\u00e9s \u00e0 Honolulu. Apr\u00e8s avoir bri\u00e8vement v\u00e9cu en Angleterre, ils se sont install\u00e9s \u00e0 Paris, au 23 avenue du Bois de Boulogne. C\u2019est l\u00e0 que la jeune Pauline a fait la connaissance des s\u0153urs Shillito. Elle est particuli\u00e8rement proche de Violette avec qui elle partage une profonde amiti\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le p\u00e8re de Pauline meurt en 1886. Cette perte qui l\u2019affectera durablement a \u00e9galement pour cons\u00e9quence de la laisser \u00e0 la seule charge de sa m\u00e8re, Mary, avec qui elle ne s\u2019est jamais entendue et qui lui pr\u00e9f\u00e8re sa s\u0153ur cadette, Antoinette.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong><u>Un retour forc\u00e9 en Angleterre<\/u><\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 1890, Mary rentre en Angleterre avec ses filles. C\u2019est un d\u00e9chirement pour Pauline qui perd l\u2019amiti\u00e9 de Violette et qui doit d\u00e9sormais vivre dans un pays qu\u2019elle d\u00e9teste. Elle s\u2019enferme dans la solitude, se r\u00e9fugiant dans la litt\u00e9rature, la po\u00e9sie et la musique. Sa relation avec sa m\u00e8re ne cesse de se d\u00e9grader. John Tarn a transmis sa fortune \u00e0 ses filles et non \u00e0 sa femme. Deux tuteurs sont charg\u00e9s de g\u00e9rer l\u2019h\u00e9ritage de Pauline et d\u2019Antoinette jusqu\u2019\u00e0 leur majorit\u00e9 fix\u00e9e \u00e0 vingt-et-un ans. Sans scrupules, Mary s\u2019arrange pour d\u00e9tourner \u00e0 son profit une partie de l\u2019allocation qui lui est vers\u00e9e afin de pourvoir \u00e0 l\u2019entretien et \u00e0 l\u2019\u00e9ducation de ses filles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 l\u2019adolescence, Pauline commence \u00e0 consommer de l\u2019hydrate de chloral, un hypnotique autrefois couramment prescrit comme s\u00e9datif. Une surdose, dont on ne sait si elle est accidentelle ou non, est interpr\u00e9t\u00e9e par sa m\u00e8re comme une tentative de suicide. En 1895, Mary utilise cet incident et une courte fugue de Pauline pour tenter de la faire interner dans une maison de sant\u00e9 \u00e0 Jersey. Heureusement, le m\u00e9decin charg\u00e9 d\u2019\u00e9valuer son \u00e9tat de sant\u00e9 mental la d\u00e9clare tout \u00e0 fait saine d\u2019esprit. Appelant ses tuteurs \u00e0 l\u2019aide, Pauline parvient, au terme d\u2019un long proc\u00e8s, \u00e0 obtenir le statut de \u00ab\u2009pupille de la Cour de la Chancellerie\u2009\u00bb, qui la place sous l\u2019autorit\u00e9 et la protection d\u2019un curateur officiel.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"512\" height=\"341\" src=\"http:\/\/helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Renee-Vivien-chats.jpg\" alt=\"pauline-tarn-renee-vivien\" class=\"wp-image-2132\" srcset=\"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Renee-Vivien-chats.jpg 512w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Renee-Vivien-chats-300x200.jpg 300w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Renee-Vivien-chats-20x13.jpg 20w\" sizes=\"auto, (max-width: 512px) 100vw, 512px\" \/><figcaption>Pauline Tarn \/ Ren\u00e9e Vivien vers 1903-1904<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 sa majorit\u00e9, Pauline s\u2019empresse de quitter l\u2019Angleterre pour retourner en France, son pays d\u2019adoption. Son installation \u00e0 Paris, o\u00f9 elle entend vivre librement, repr\u00e9sente \u00e0 ses yeux une v\u00e9ritable renaissance. Rejetant sa langue maternelle qui lui rappelle son enfance malheureuse, elle adopte le fran\u00e7ais qu\u2019elle ma\u00eetrise parfaitement. Toute son \u0153uvre litt\u00e9raire, et jusqu\u2019\u00e0 ses lettres d\u2019amour, sera \u00e9crite en fran\u00e7ais. Pour marquer ce nouveau d\u00e9part, elle se rebaptise Ren\u00e9e Vivien, un pseudonyme qui joue avec la sonorit\u00e9 de plusieurs mots fran\u00e7ais (\u00ab\u2009Re-n\u00e9e Vie-Viens\u2009\u00bb).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong><u>\u00abDeux semaines d\u2019\u00e9blouissement craintif\u00bb<\/u><\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Natalie courtise patiemment Pauline. Les deux jeunes femmes vont au th\u00e9\u00e2tre et \u00e0 l\u2019op\u00e9ra, s\u2019envoient des petits mots et des fleurs, se rendent chez le photographe pour poser ensemble, d\u00e9battent au sujet de la po\u00e9sie et se lisent leurs vers \u00e0 haute voix. Lors de leur premier rendez-vous en t\u00eate \u00e0 t\u00eate, Pauline emm\u00e8ne Natalie au Palais de Glace, l\u2019une des premi\u00e8res patinoires de Paris. Cr\u00e9e en 1893 sur les Champs \u00c9lys\u00e9es, le Palais de Glace est alors un lieu \u00e0 la mode. Natalie y retrouve les personnalit\u00e9s du demi-monde qu\u2019elle fr\u00e9quentait encore quelques semaines plus t\u00f4t. Elle fait mine de ne pas les reconna\u00eetre tout en admirant les arabesques de Pauline qui lui semble \u00ab\u2009comme port\u00e9e par des ailes invisibles\u2009\u00bb<sup><a href=\"#footnote_2_2076\" id=\"identifier_2_2076\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"&laquo;&thinsp;Souvenirs indiscrets&thinsp;&raquo;, &eacute;crit par Natalie Clifford Barney, &eacute;d. Flammarion, 1960\">2<\/a><\/sup>. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"500\" height=\"685\" src=\"http:\/\/helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Palais-de-Glace.jpg\" alt=\"Palais-de-Glace\" class=\"wp-image-2137\" srcset=\"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Palais-de-Glace.jpg 500w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Palais-de-Glace-219x300.jpg 219w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Palais-de-Glace-15x20.jpg 15w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><figcaption>Affiche pour le Palais de Glace de Jules Ch\u00e9ret, 1898. Source : <a href=\"https:\/\/gallica.bnf.fr\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">gallica.bnf.fr \/ BnF<\/a><\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pauline habite dans une pension situ\u00e9e rue Crevaux. Elle y vit seule et a choisi de se passer de chaperon \u2013 un choix os\u00e9 et inhabituel qui lui vaut d\u2019\u00eatre bannie de la bonne soci\u00e9t\u00e9. Les parents des s\u0153urs Shillito, par exemple, leur ont interdit de voir Pauline. Violette et Mary contournent cette interdiction en retrouvant leur amie au Bois ou au th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour leur premi\u00e8re nuit ensemble, Pauline invite Natalie dans sa pension. Elle a rempli sa chambre de lys \u2013 la fleur qu\u2019elle associe \u00e0 Natalie \u2013 afin de la rendre digne de la femme qu\u2019elle aime.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>C\u2019\u00e9tait un \u00e9blouissement, une asphyxie transformant cette chambre ordinaire en chapelle ardente et virginale, et nous inclinant vers l\u2019agenouillement&nbsp;\u2014 elle devant moi, moi devant elle.<\/p><cite>\u00ab\u2009Souvenirs indiscrets\u2009\u00bb, \u00e9crit par Natalie Clifford Barney, \u00e9d. Flammarion, 1960<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Malheureusement, l\u2019ambiance presque mystique de ces premiers moments d\u2019intimit\u00e9 tourne au fiasco. Inexp\u00e9riment\u00e9e, Pauline n\u2019a pas eu la chance d\u2019\u00eatre initi\u00e9e \u00e0 la sensualit\u00e9 par une amie d\u2019enfance comme Eva Palmer, puis par deux expertes comme Carmen et Liane. D\u2019une fa\u00e7on pr\u00e9visible, sa premi\u00e8re nuit dans les bras de Natalie n\u2019est pas un franc succ\u00e8s. Et sans surprise \u00e9galement, Natalie ne se montre ni tr\u00e8s patiente ni tr\u00e8s magnanime&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Les sens encore somnolents de Ren\u00e9e r\u00e9pondaient \u00e0 peine \u00e0 mes d\u00e9sirs (&#8230;) G\u00ean\u00e9e par cet exc\u00e8s d\u2019adoration, auquel j\u2019eusse pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 des joies mieux partag\u00e9es, j\u2019aimais pourtant les vers qu\u2019elle m\u2019\u00e9crivait.<\/p><cite>\u00ab\u2009Souvenirs indiscrets\u2009\u00bb, \u00e9crit par Natalie Clifford Barney, \u00e9d. Flammarion, 1960<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong><u>Une relation d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9e<\/u><\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Natalie et Pauline ont des personnalit\u00e9s tr\u00e8s diff\u00e9rentes. Marqu\u00e9e par une enfance malheureuse et par sa relation difficile avec sa m\u00e8re, Pauline manque de confiance en elle. Tandis que Natalie, qui s\u2019est toujours sentie aim\u00e9e, affiche une assurance \u00e0 toute \u00e9preuve. Perp\u00e9tuellement entour\u00e9e d\u2019ami\u00b7es, elle aime sortir, danser et s\u2019amuser. Introvertie, Pauline est au contraire timide et r\u00e9serv\u00e9e. Elle ne fera pas une grande impression \u00e0 Alice, la m\u00e8re de Natalie, qui la jugera fade et d\u2019apparence trop docile. Natalie et Pauline ont cependant de nombreux points communs&nbsp;: la po\u00e9sie et la litt\u00e9rature, un f\u00e9minisme r\u00e9volt\u00e9, mais aussi leur jeunesse et leur humour.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Malgr\u00e9 leur complicit\u00e9, leur relation souffre \u00e9galement de profonds malentendus. Natalie est charm\u00e9e par Pauline, mais elle n\u2019a pas oubli\u00e9 Liane qu\u2019elle voit par intermittence et \u00e0 qui elle envoie encore des lettres pleines de regrets et de d\u00e9clarations teint\u00e9es de d\u00e9sespoir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pauline, elle, est tomb\u00e9e irr\u00e9m\u00e9diablement amoureuse de Natalie, et ce d\u00e8s le premier regard&nbsp;: \u00ab\u2009Mais, moi, je t\u2019aime douloureusement et d\u2019un amour unique\u2009\u00bb, s\u2019exclame-t-elle dans son roman \u00e0 cl\u00e9, \u00ab\u2009Une femme m\u2019apparut\u2009\u00bb<sup><a href=\"#footnote_3_2076\" id=\"identifier_3_2076\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"&laquo;&thinsp;Une femme m&rsquo;apparut&thinsp;&raquo;, &eacute;crit par Ren&eacute;e Vivien, &eacute;d. A. Lemerre, 1905, p.25\">3<\/a><\/sup>. Elle ressent \u00e0 l\u2019\u00e9gard de Natalie un sentiment d\u2019\u00e9blouissement qui n\u2019est pas d\u00e9nu\u00e9 de crainte.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>J\u2019aimais Lor\u00e9ly [le nom de Natalie dans \u00ab\u2009Une femme m\u2019apparut\u2009\u00bb] avec tout l\u2019inconscient \u00e9lan du premier amour. Je l\u2019aimais si aveugl\u00e9ment que je ne m\u2019\u00e9tais point demand\u00e9 si cet amour \u00e9tait partag\u00e9. J\u2019aimais Lor\u00e9ly et je croyais encore que l\u2019amour attire l\u2019amour. Peu \u00e0 peu, je me r\u00e9veillai. Et je compris que Lor\u00e9ly demeurerait indiff\u00e9rente \u00e0 toute ma passion, \u00e0 toute ma tendresse.<\/p><cite>\u00ab\u2009Une femme m\u2019apparut\u2009\u00bb, \u00e9crit par Ren\u00e9e Vivien, \u00e9d. A. Lemerre, 1905, p.23<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e8s le d\u00e9but, la relation de Natalie et de Pauline appara\u00eet fondamentalement d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9e. Le souvenir obsessionnel des premi\u00e8res semaines de leur liaison, de ces \u00ab\u2009heures inoubliables que pleurent les regrets et les souvenirs\u2009\u00bb<sup><a href=\"#footnote_4_2076\" id=\"identifier_4_2076\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"&laquo;&thinsp;Une femme m&rsquo;apparut&thinsp;&raquo;, &eacute;crit par Ren&eacute;e Vivien, &eacute;d. A. Lemerre, 1905, p.19\">4<\/a><\/sup>, ne quittera plus jamais Pauline et ne cessera de la torturer tout au long de sa courte vie.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong><u>\u00c2me gothique&nbsp;contre \u00e2me classique<\/u><\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De son c\u00f4t\u00e9, Natalie \u00e9voque Pauline dans une lettre \u00e0 Liane d\u2019une fa\u00e7on tout \u00e0 fait ambigu\u00eb&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>J\u2019\u00e9crivais \u00e0 quelqu\u2019une tant\u00f4t \u2013 mais c\u2019\u00e9tait \u00e0 toi que je pensais en disant ceci, c\u2019\u00e9tait \u00e0 notre petit po\u00e8me mort ou mourant que je pensais. Il faut te dire d\u2019abord qu\u2019elle me nomme Avril, et que je l\u2019ai bless\u00e9e par trop de cyniques \u00e9clats de rire. Je l\u2019ai bless\u00e9e un peu comme autrefois tu m\u2019as bless\u00e9e, mais comme tout ce qui se passe dans cette idylle est lyrique et pour l\u2019art, les offenses sont moins brutales, moins r\u00e9elles. Des nuances, des subtilit\u00e9s inexprimables&nbsp;: je les aime parce qu\u2019elles me compliquent et me font valoir le reste. Elle comprend la pudeur autrement que moi, elle a l\u2019\u00e2me gothique et moi une \u00e2me antique, voil\u00e0 d\u2019o\u00f9 viennent nos diff\u00e9rences.<\/p><cite>\u00ab\u2009Natalie Clifford Barney\/Liane de Pougy \u2013 Correspondance amoureuse\u2009\u00bb \u00e9dition \u00e9tablie et annot\u00e9e par Suzette Robichon et Olivier Wagner, \u00e9d. Gallimard, 2019, p.209<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Natalie semble minimiser les blessures bien r\u00e9elles que ses \u00ab\u2009offenses\u2009\u00bb causent \u00e0 Pauline. Apr\u00e8s avoir pass\u00e9 tout l\u2019automne \u00e0 endurer les humiliations inflig\u00e9es par Liane et \u00e0 tenter de la reconqu\u00e9rir, se serait-elle inconsciemment veng\u00e9e sur Pauline en abusant du pouvoir qu\u2019elle d\u00e9tenait sur elle\u2009?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tr\u00e8s vite, Natalie se tourne vers d\u2019autres femmes, s&rsquo;effor\u00e7ant de convaincre Pauline que la fid\u00e9lit\u00e9 ne fait que s\u00e9parer les amantes en \u00e9touffant leur amour. Apr\u00e8s les premi\u00e8res semaines d\u2019idylle avec Liane, Natalie a d\u00e9finitivement abandonn\u00e9 toute id\u00e9e de fid\u00e9lit\u00e9, multipliant les amours \u00e9ph\u00e9m\u00e8res et les rencontres sans lendemain \u2013 ce qui lui a parfois valu des missives incendiaires de la part de Liane qui apprenait ses liaisons par des connaissances communes. Pauline, qui n\u2019aime que Natalie, souffre de chacune de ses liaisons et \u00e9prouve un terrible sentiment de jalousie, notamment \u00e0 l\u2019\u00e9gard de Liane de Pougy.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les disputes et les r\u00e9conciliations se succ\u00e8dent au rythme d\u2019une danse complexe&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Comment la quitter\u2009? Elle voit que je veux m\u2019en aller, et c\u2019est elle qui s\u2019en va. Si je m\u2019en vais, elle me tourne le dos, je ne puis la laisser partir ainsi. Elle m\u2019irrite, et c\u2019est elle qui pleure&nbsp;: \u00e0 elle toutes les volupt\u00e9s. Elle pleure aussi parce que ce n\u2019est pas juste que je ne l\u2019irrite pas au moins un peu. Que sa face m\u2019\u00e9nerve, que son dos m\u2019attendrit et me crispe tour \u00e0 tour, puis tout \u00e0 la fois. Ah\u2009! ses \u00e9paules comme d\u00e9courag\u00e9es, vout\u00e9es par moi\u2009? par d\u2019autres\u2009? par tout ce qui lui arrive et ne lui arrive pas\u2009? Elle s\u2019en va, oui, d\u00e9cid\u00e9ment&#8230; Ne pas la poursuivre\u2009? Ce serait la poignarder entre ses deux fr\u00eales \u00e9paules&nbsp;: en amour, les crimes passifs comptent&#8230;<\/p><cite>\u00ab\u2009Ch\u00e8re Natalie Barney\u2009\u00bb, \u00e9crit par Jean Chalon, \u00e9d. Flammarion, 1992, p.91<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong><u>Une influence r\u00e9ciproque<\/u><\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce sont l\u2019\u00e9criture et la po\u00e9sie qui vont v\u00e9ritablement rapprocher Natalie Barney et Pauline Tarn\/Ren\u00e9e Vivien, jusqu\u2019\u00e0 lier leurs deux destins d\u2019une fa\u00e7on irr\u00e9m\u00e9diable. Leurs \u0153uvres respectives pr\u00e9sentent, comme l\u2019analyse Karla Jay dans son ouvrage \u00ab\u2009The Amazon and the Page\u2009\u00bb, des th\u00e8mes, des sch\u00e9mas et des arch\u00e9types communs qui sont parfois m\u00eame interconnect\u00e9s<sup><a href=\"#footnote_5_2076\" id=\"identifier_5_2076\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"&laquo;&thinsp;The Amazon and the Page&thinsp;&raquo;, &eacute;crit par Karla Jay, &eacute;d. Indiana University Press, 1988, introduction, p.12\">5<\/a><\/sup>. Dans le domaine artistique, Natalie Barney joue le r\u00f4le de la th\u00e9oricienne, et Ren\u00e9e Vivien de l\u2019exploratrice. Leur tentative d\u2019imaginer le monde d\u2019un point de vue gynocentrique et leur ambition de r\u00e9habiliter, dans une optique f\u00e9ministe, des mythes et des figures f\u00e9minines telles que Lilith, Viviane ou Vashti pr\u00e9figurent des r\u00e9flexions et des pr\u00e9occupations de f\u00e9ministes de la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle<sup><a href=\"#footnote_6_2076\" id=\"identifier_6_2076\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"&laquo;&thinsp;The Amazon and the Page&thinsp;&raquo;, &eacute;crit par Karla Jay, &eacute;d. Indiana University Press, 1988, introduction, p.14-15\">6<\/a><\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Natalie sera le principal sujet d\u2019inspiration du premier recueil de Pauline, \u00ab\u2009\u00c9tudes et Pr\u00e9ludes\u2009\u00bb, qui lui est \u00e9galement d\u00e9di\u00e9. Pauline publiera ce recueil en 1901 sous le nom ambigu de R.Vivien, puis adoptera d\u00e9finitivement son nom de plume \u00ab\u2009Ren\u00e9e Vivien\u2009\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Natalie et Pauline ne cesseront de s\u2019influencer mutuellement durant toute la dur\u00e9e de leur histoire d\u2019amour qui donnera naissance, directement ou indirectement, \u00e0 de nombreux textes et po\u00e8mes. La mort pr\u00e9matur\u00e9e de Pauline inspirera plusieurs po\u00e8mes \u00e0 Natalie Barney et pourrait \u00eatre \u00e0 l\u2019origine de son roman gothique \u00ab\u2009The One Who Is Legion\u2009\u00bb, qui met en sc\u00e8ne un personnage androgyne ramen\u00e9\u00b7e \u00e0 la vie apr\u00e8s son suicide et men\u00e9\u00b7e devant un livre relatant sa propre existence<sup><a href=\"#footnote_7_2076\" id=\"identifier_7_2076\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"&laquo;&thinsp;Women of the Left Bank&thinsp;&raquo;, &eacute;crit par Shari Benstock, &eacute;d. University of Texas Press, 1986, p.299\">7<\/a><\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sappho \u2013 que Natalie fera d\u00e9couvrir \u00e0 Pauline\/Ren\u00e9e Vivien \u2013 aura une grande influence sur les deux femmes. Suivant son exemple et ses traces, elles concevront le projet de rassembler autour d\u2019elles un coll\u00e8ge de po\u00e9tesses et visiteront Mytil\u00e8ne en 1905&nbsp; \u2013 une visite qui sera en partie une d\u00e9ception. Pauline\/Ren\u00e9e Vivien publiera enfin une traduction de Sappho en 1903.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"507\" height=\"278\" src=\"http:\/\/helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Sappho-et-Alcee.jpg\" alt=\"Sappho-et-Alcee\" class=\"wp-image-2139\" srcset=\"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Sappho-et-Alcee.jpg 507w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Sappho-et-Alcee-300x164.jpg 300w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Sappho-et-Alcee-20x11.jpg 20w\" sizes=\"auto, (max-width: 507px) 100vw, 507px\" \/><figcaption>\u00abSapph\u00f4 et Alc\u00e9e\u00bb par Lawrence Alma-Tadema, 1881 <\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong><u>Pages, amants et ma\u00eetresses<\/u><\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Depuis son enfance et son portrait peint par Carolus Duran, Natalie a toujours \u00e9t\u00e9 attir\u00e9e par la figure du page, associ\u00e9e dans son esprit \u00e0 celle du chevalier-servant, elle-m\u00eame \u00e9troitement li\u00e9e \u00e0 la tradition litt\u00e9raire de l\u2019amour courtois.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En rev\u00eatant son habit de page florentin pour aller d\u00e9poser des fleurs aux pieds de Liane de Pougy, Natalie Barney a d\u00e9j\u00e0 esquiss\u00e9 les contours de ce nouvel amour courtois lesbien. La femme aim\u00e9e y devient une ma\u00eetresse ou une souveraine volontiers tyrannique, finalement toujours inaccessible, \u00e0 laquelle le page\/chevalier voue une totale ob\u00e9issance et une adoration quasi mystique<sup><a href=\"#footnote_8_2076\" id=\"identifier_8_2076\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"&laquo;&thinsp;The Amazon and the Page&thinsp;&raquo;, &eacute;crit par Karla Jay, &eacute;d. Indiana University Press, 1988, introduction, p.89\">8<\/a><\/sup>. Dans ses lettres \u00e0 Liane,&nbsp;Natalie a multipli\u00e9 les marques de soumission et les d\u00e9clarations d\u2019impuissance\u2009; des images qui constituent un langage po\u00e9tique et amoureux, mais qui ne nous disent en r\u00e9alit\u00e9 pas grand-chose de leur relation. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong><u>Un amour courtois lesbien<\/u><\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pauline va totalement adh\u00e9rer \u00e0 cette vision de l\u2019amour courtois redessin\u00e9 par Natalie. Dans leurs \u0153uvres comme dans leurs vies, toutes deux vont se r\u00e9approprier, et par l\u00e0 m\u00eame subvertir, les codes et les images de l\u2019amour courtois traditionnel. \u00c0 propos de celui-ci, il ne faut pas se laisser abuser par l\u2019apparent renversement de la hi\u00e9rarchie des sexes qu\u2019il op\u00e8re \u00e0 travers la relation entre le chevalier-servant et la dame aim\u00e9e. En r\u00e9alit\u00e9, l\u2019amour courtois appara\u00eet comme une \u00e9ni\u00e8me m\u00e9tamorphose de la domination masculine, dissimulant m\u00eame une culture du viol particuli\u00e8rement perverse<sup><a href=\"#footnote_9_2076\" id=\"identifier_9_2076\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"&agrave; ce sujet, je vous recommande d&rsquo;&eacute;couter Val&eacute;rie Rey-Robert interview&eacute;e par Victoire Tuaillon dans &laquo;&thinsp;Les couilles sur la table&thinsp;&raquo;, &eacute;pisode n&deg;&nbsp;37 &laquo;&thinsp;Les vrais hommes ne violent pas.&thinsp;&raquo;\">9<\/a><\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"279\" height=\"500\" src=\"http:\/\/helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Renee-Vivien-en-Camille-Desmoulin.jpg\" alt=\"Ren\u00e9e-Vivien-Camille-Desmoulins\" class=\"wp-image-2140\" srcset=\"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Renee-Vivien-en-Camille-Desmoulin.jpg 279w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Renee-Vivien-en-Camille-Desmoulin-167x300.jpg 167w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Renee-Vivien-en-Camille-Desmoulin-11x20.jpg 11w\" sizes=\"auto, (max-width: 279px) 100vw, 279px\" \/><figcaption>Ren\u00e9e Vivien en Camille Desmoulins, 1900<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans une relation lesbienne, les deux amantes sont des \u00e9gales. Les r\u00f4les de page\/ma\u00eetresse pouvant \u00eatre alternativement jou\u00e9s par chacune d\u2019entre elles, les rapports de domination institu\u00e9s par l\u2019h\u00e9t\u00e9ropatriarcat sont ainsi brouill\u00e9s, sans toutefois \u00eatre totalement d\u00e9construits. &nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De plus, la balance des pouvoirs au sein du couple page\/ma\u00eetresse est plus difficile \u00e0 \u00e9valuer qu\u2019il n\u2019y para\u00eet au premier abord. Qui m\u00e8ne r\u00e9ellement la danse\u2009? La dame que l\u2019on place sur un pi\u00e9destal, ou bien le page qui d\u00e9tient et exerce la facult\u00e9 de clamer et revendiquer son amour \u00e0 travers l\u2019\u00e9criture\u2009? Qui conna\u00eet v\u00e9ritablement la volupt\u00e9, les \u00ab\u2009vertiges lumineux qui montent de l\u2019ab\u00eeme et l\u2019appel de l\u2019eau tr\u00e8s profonde\u2009\u00bb\u2009((\u00ab\u2009Une femme m\u2019apparut\u2009\u00bb, \u00e9crit par Ren\u00e9e Vivien, \u00e9d. A. Lemerre, 1905, p.36)) ? Celle qui est ador\u00e9e, ou bien le page qui s\u2019abandonne \u00e0 une extase amoureuse ? Car pour Natalie comme pour Pauline, l\u2019amour est toujours une exp\u00e9rience mystique, une religion pa\u00efenne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une certaine rivalit\u00e9 persiste ainsi entre Natalie et Pauline, qui veulent toutes deux jouer le r\u00f4le du page\/amant\/po\u00e8te&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Son amour naissant, exalt\u00e9 par l\u2019imagination, s\u2019appropria mon r\u00f4le d\u2019amant-po\u00e8te. Apr\u00e8s chaque rendez-vous, \u00ab\u2009car la nuit fut \u00e0 nous comme \u00e0 d\u2019autres le jour\u2009\u00bb, je recevais d\u2019elle fleurs et po\u00e8mes\u2026<\/p><cite>\u00ab\u2009Souvenirs indiscrets\u2009\u00bb, \u00e9crit par Natalie Clifford Barney, \u00e9d. Flammarion, 1960<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s avoir rejet\u00e9 le monde et surmont\u00e9 sa d\u00e9ception \u00e0 l\u2019\u00e9gard du demi-monde, c\u2019est bien en amant-po\u00e8te que Natalie Barney fait une entr\u00e9e tr\u00e8s discr\u00e8te, mais d\u00e9termin\u00e9e, en litt\u00e9rature.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><br><a href=\"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/natalie-clifford-barney-episode-6-quelques-portraits-sonnets-de-femmes\/\" data-type=\"post\" data-id=\"2146\"><strong>Poursuivre la lecture \u2013 \u00e9pisode <\/strong>6<\/a><\/strong><\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Image illustrant l&rsquo;article : Le Palais de Glace, photographie d\u2019Albert Brichaut, entre 1870 et 1901 \u00a9Paris Mus\u00e9es \/ Mus\u00e9e Carnavalet<\/strong><\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:57px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Notes<\/strong><\/p>\n<ol class=\"footnotes\"><li id=\"footnote_1_2076\" class=\"footnote\">Les \u00e9l\u00e9ments biographiques concernant Pauline Tarn\/Ren\u00e9e Vivien sont tir\u00e9s de \u00ab\u2009Tes blessures sont plus douces que leurs caresses\u2009\u00bb, \u00e9crit par Jean-Paul Goujon, \u00e9d. R\u00e9gine Deforges, 1986, p.29<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_1_2076\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_2_2076\" class=\"footnote\">\u00ab\u2009Souvenirs indiscrets\u2009\u00bb, \u00e9crit par Natalie Clifford Barney, \u00e9d. Flammarion, 1960<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_2_2076\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_3_2076\" class=\"footnote\">\u00ab\u2009Une femme m\u2019apparut\u2009\u00bb, \u00e9crit par Ren\u00e9e Vivien, \u00e9d. A. Lemerre, 1905, p.25<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_3_2076\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_4_2076\" class=\"footnote\">\u00ab\u2009Une femme m\u2019apparut\u2009\u00bb, \u00e9crit par Ren\u00e9e Vivien, \u00e9d. A. Lemerre, 1905, p.19<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_4_2076\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_5_2076\" class=\"footnote\">\u00ab\u2009The Amazon and the Page\u2009\u00bb, \u00e9crit par Karla Jay, \u00e9d. Indiana University Press, 1988, introduction, p.12<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_5_2076\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_6_2076\" class=\"footnote\">\u00ab\u2009The Amazon and the Page\u2009\u00bb, \u00e9crit par Karla Jay, \u00e9d. Indiana University Press, 1988, introduction, p.14-15<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_6_2076\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_7_2076\" class=\"footnote\">\u00ab\u2009Women of the Left Bank\u2009\u00bb, \u00e9crit par Shari Benstock, \u00e9d. University of Texas Press, 1986, p.299<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_7_2076\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_8_2076\" class=\"footnote\">\u00ab\u2009The Amazon and the Page\u2009\u00bb, \u00e9crit par Karla Jay, \u00e9d. Indiana University Press, 1988, introduction, p.89<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_8_2076\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_9_2076\" class=\"footnote\">\u00e0 ce sujet, je vous recommande d\u2019\u00e9couter Val\u00e9rie Rey-Robert interview\u00e9e par Victoire Tuaillon dans \u00ab\u2009Les couilles sur la table\u2009\u00bb, \u00e9pisode n\u00b0&nbsp;37 \u00ab\u2009Les vrais hommes ne violent pas.\u2009\u00bb<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_9_2076\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><\/ol>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lors de ses promenades au Bois de Boulogne, Natalie a crois\u00e9 par hasard Violette et Mary Shillito, ses anciennes petites voisines de Cincinnati avec qui elle apprenait le fran\u00e7ais. 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