{"id":1971,"date":"2020-09-17T12:06:46","date_gmt":"2020-09-17T10:06:46","guid":{"rendered":"http:\/\/helenenera.com\/les-faunesses\/?p=1971"},"modified":"2020-11-19T14:16:15","modified_gmt":"2020-11-19T13:16:15","slug":"natalie-clifford-barney-episode-3-le-monde-et-le-demi-monde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/natalie-clifford-barney-episode-3-le-monde-et-le-demi-monde\/","title":{"rendered":"Natalie Clifford Barney \u2013 \u00c9pisode 3 \u2013 \u00ab Le Monde et le Demi-Monde \u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">A la fin du XIXe si\u00e8cle, les all\u00e9es du Bois de Boulogne sont un lieu \u00e0 la mode. On s\u2019y prom\u00e8ne chaque jour \u00e0 cheval ou en cal\u00e8che. Depuis leurs montures ou leurs voitures respectives, les membres de la bonne soci\u00e9t\u00e9 parisienne s\u2019observent et se saluent de loin, \u00e9changent des ragots, comparent le raffinement de leurs toilettes et de leurs attelages. C\u2019est \u00e0 l\u2019occasion de l\u2019une de ces promenades que Natalie aper\u00e7oit pour la premi\u00e8re fois Liane de Pougy. Natalie est frapp\u00e9e par sa beaut\u00e9 qui ne correspond pas aux canons de l\u2019\u00e9poque. Le teint diaphane, Liane est grande, mince et charismatique. L\u2019ami qui accompagne Natalie pense doucher son enthousiasme en lui d\u00e9clarant&nbsp;: \u00ab\u2009Ce n\u2019est qu\u2019une courtisane, Liane de Pougy\u2009\u00bb. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Natalie ignore le sens du mot \u00ab\u2009courtisane\u2009\u00bb, mais pressent qu\u2019il vaut mieux garder ses questions pour elle. Plus tard, elle interroge Carmen qui s\u2019exclame&nbsp;: \u00ab\u2009cela ne peut \u00eatre que Liane\u2009!\u2009\u00bb<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"625\" height=\"480\" src=\"http:\/\/helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Bois_de_Boulogne_by_Jean_B\u00e9raud.jpg\" alt=\"Bois_de_Boulogne_by_Jean_B\u00e9raud\" class=\"wp-image-1979\" srcset=\"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Bois_de_Boulogne_by_Jean_B\u00e9raud.jpg 625w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Bois_de_Boulogne_by_Jean_B\u00e9raud-300x230.jpg 300w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Bois_de_Boulogne_by_Jean_B\u00e9raud-600x461.jpg 600w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Bois_de_Boulogne_by_Jean_B\u00e9raud-20x15.jpg 20w\" sizes=\"auto, (max-width: 625px) 100vw, 625px\" \/><figcaption>Le Bois de Boulogne peint par Jean B\u00e9raud, 1893<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si Carmen a facilement identifi\u00e9 la femme que lui d\u00e9crit Natalie, c\u2019est parce que Liane de Pougy est une v\u00e9ritable c\u00e9l\u00e9brit\u00e9. Sa photographie, imprim\u00e9e sur des cartes postales, circule partout dans Paris. Ses moindres faits et gestes sont comment\u00e9s par la presse mondaine, et notamment le journal \u00ab\u2009Gil Blas\u2009\u00bb. Liane fait partie du cercle tr\u00e8s restreint des \u00ab\u2009demi-mondaines\u2009\u00bb, \u00e9galement appel\u00e9es les \u00ab\u2009Grandes Horizontales\u2009\u00bb ou les \u00ab\u2009cocottes\u2009\u00bb\u2009; autant d\u2019expressions inconnues de Natalie qui, fascin\u00e9e, se promet de percer les secrets de ce myst\u00e9rieux \u00ab\u2009demi-monde\u2009\u00bb. \u00ab\u2009Le demi-monde m\u2019int\u00e9ressait plus que le monde\u2009\u00bb, r\u00e9p\u00e9tait-elle souvent \u00e0 son ami Jean Chalon<sup><a href=\"#footnote_1_1971\" id=\"identifier_1_1971\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"&laquo;&thinsp;Ch&egrave;re Natalie Barney&thinsp;&raquo;, &eacute;crit par Jean Chalon, &eacute;d. Flammarion, 1992, p.43\">1<\/a><\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong><u>La prostitution \u00e0 Paris \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle<\/u><\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au XIXe si\u00e8cle, \u00e0 Paris, la prostitution concerne toutes les classes sociales. Les prostitu\u00e9es peuvent \u00eatre des ouvri\u00e8res, le plus souvent jeunes et c\u00e9libataires, qui cherchent \u00e0 compl\u00e9ter leurs salaires mis\u00e9rables\u2009; des actrices ou des danseuses (c\u00e9l\u00e8bres ou non) dont les activit\u00e9s artistiques rapportent peu d\u2019argent et qui doivent vendre leurs charmes pour faire avancer leur carri\u00e8re ou arrondir leurs fins de mois\u2009; ou encore des femmes mari\u00e9es, issues de milieux plus bourgeois, qui se retrouvent sans ressource faute de soutiens familiaux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La prostitution est consid\u00e9r\u00e9e par les hommes comme l\u2019un des nombreux divertissements offerts par la capitale. Elle s\u2019exerce dans une tr\u00e8s grande vari\u00e9t\u00e9 de lieux. Pour les femmes, elle est une activit\u00e9 occasionnelle ou professionnelle. L\u2019essor de la prostitution \u00e0 Paris au cours du XIXe si\u00e8cle est indissociable du d\u00e9veloppement des lieux de loisirs o\u00f9 elle est pratiqu\u00e9e&nbsp;: bals, th\u00e9\u00e2tres, boulevards, restaurants, caf\u00e9s et caf\u00e9s-concerts dont le nombre et la fr\u00e9quentation ne cessent de cro\u00eetre.<sup><a href=\"#footnote_2_1971\" id=\"identifier_2_1971\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"&Agrave; ce sujet, je vous recommande l&rsquo;&eacute;mission radiophonique &laquo;&thinsp;Paris, capitale de la prostitution au XIXe&thinsp;&raquo; propos&eacute;e par S&eacute;verine Liatard, r&eacute;alis&eacute;e par S&eacute;verine Cassar et guid&eacute;e par&nbsp;Lola Gonzalez-Quijano, chercheuse associ&eacute;e &agrave; l&rsquo;EHESS\">2<\/a><\/sup><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans la seconde moiti\u00e9 du si\u00e8cle, la prostitution a pris une telle ampleur qu\u2019elle contribue \u00e0 faire de Paris, selon l\u2019historienne Lola Gonzalez-Quijano, la capitale d\u2019un tourisme sexuel international<sup><a href=\"#footnote_3_1971\" id=\"identifier_3_1971\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"&laquo;&thinsp;Capitale de l&rsquo;amour. Filles et lieux de plaisirs &agrave; Paris au XIXe si&egrave;cle&thinsp;&raquo;, &eacute;crit par Lola Gonzalez-Quijano, &eacute;d. Vend&eacute;miaire, 2015\">3<\/a><\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"500\" height=\"785\" src=\"http:\/\/helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Guide_des_plaisirs_\u00e0_Paris__bpt6k932174b.jpg\" alt=\"Guide_des_plaisirs_\u00e0_Paris\" class=\"wp-image-1987\" srcset=\"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Guide_des_plaisirs_\u00e0_Paris__bpt6k932174b.jpg 500w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Guide_des_plaisirs_\u00e0_Paris__bpt6k932174b-191x300.jpg 191w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Guide_des_plaisirs_\u00e0_Paris__bpt6k932174b-13x20.jpg 13w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><figcaption>\u00abGuide des plaisirs \u00e0 Paris\u00bb, 1908. Source <a href=\"https:\/\/gallica.bnf.fr\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">gallica.bnf.fr \/ BnF<\/a><\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong><u>Le demi-monde et les demi-mondaines<\/u><\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le terme de \u00ab\u2009demi-monde\u2009\u00bb est tir\u00e9 d\u2019une pi\u00e8ce d\u2019Alexandre Dumas fils dat\u00e9e de 1855. Le demi-monde, c\u2019est la face cach\u00e9e de ce que l\u2019on appelle le \u00ab\u2009monde\u2009\u00bb ou le \u00ab\u2009grand-monde\u2009\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire les scandales et les secrets inavouables des classes sup\u00e9rieures \u2013 en quelque sorte, le revers de la m\u00e9daille. Le sens de cette expression, qui a rencontr\u00e9 un grand succ\u00e8s, a \u00e9t\u00e9 d\u00e9tourn\u00e9 par l\u2019usage et d\u00e9signe d\u00e9sormais l\u2019univers vari\u00e9 et complexe de la prostitution.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Parmi les dizaines de milliers de prostitu\u00e9es parisiennes, seule une poign\u00e9e d\u2019entre elles appartiennent au club tr\u00e8s ferm\u00e9 des demi-mondaines, dont la d\u00e9finition \u00ab\u2009oscille entre la prostitu\u00e9e de luxe et la ma\u00eetresse entretenue\u2009\u00bb<sup><a href=\"#footnote_4_1971\" id=\"identifier_4_1971\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"&laquo;&thinsp;Performer un mauvais genre&nbsp;: la demi-mondaine au XIXe si&egrave;cle&thinsp;&raquo;, &eacute;crit par Lola Gonzalez-Quijano, Criminocorpus\/Revue.org http:\/\/criminocorpus.revues.org\/3465\">4<\/a><\/sup>. Ces femmes sont les h\u00e9riti\u00e8res des favorites royales ou des courtisanes du Second Empire. Leurs clients sont des aristocrates, des hommes politiques, des ambassadeurs ou des banquiers. Elles n\u00e9gocient elles-m\u00eames leurs tarifs qui peuvent atteindre des sommes exorbitantes. Loin d\u2019\u00eatre un secret, les liaisons des demi-mondaines sont annonc\u00e9es et comment\u00e9es par la presse qui pr\u00e9vient \u00e9galement ses lecteurs lorsque l\u2019une d\u2019entre elles perd son \u00ab\u2009protecteur\u2009\u00bb, indiquant par l\u00e0 m\u00eame qu\u2019elles \u00e9taient libres et donc disponibles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour entretenir leur popularit\u00e9, les courtisanes se produisent sur sc\u00e8ne, au th\u00e9\u00e2tre ou dans des spectacles de music-hall. Liane appara\u00eet r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 l\u2019affiche des Folies-Berg\u00e8res ou de l\u2019Olympia. De son propre aveu, elle n\u2019a aucun talent de com\u00e9dienne, mais suit scrupuleusement le conseil que lui a donn\u00e9 la grande Sarah Bernhardt&nbsp;: faire \u00e9talage de sa beaut\u00e9, mais garder la bouche ferm\u00e9e autant que possible&#8230;<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"500\" height=\"664\" src=\"http:\/\/helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Folies-Berg\u00e8re_Tous_les_soirs_Liane_...jpg\" alt=\"liane-de-pourgy-folies-bergeres\" class=\"wp-image-1980\" srcset=\"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Folies-Berg\u00e8re_Tous_les_soirs_Liane_...jpg 500w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Folies-Berg\u00e8re_Tous_les_soirs_Liane_..-226x300.jpg 226w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Folies-Berg\u00e8re_Tous_les_soirs_Liane_..-15x20.jpg 15w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><figcaption>Liane de Pougy \u00e0 l&rsquo;affiche des Folies-Berg\u00e8res, 1894. Source : <a href=\"https:\/\/gallica.bnf.fr\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">gallica.bnf.fr \/ BnF<\/a><\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Liane de Pougy fait partie du trio de courtisanes les plus c\u00e9l\u00e8bres de son temps, aux c\u00f4t\u00e9s de la Belle Otero et d\u2019\u00c9milienne d\u2019Alen\u00e7on. Sa renomm\u00e9e a franchi les fronti\u00e8res, voguant jusqu\u2019\u00e0 Berlin, Londres, Rome ou Lisbonne.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong><u>Des femmes puissantes?<\/u><\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En France, le Code civil de 1804 fait des femmes d\u2019\u00e9ternelles mineures soumises \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 de leurs p\u00e8res puis de leurs maris. En comparaison, les courtisanes disposent d\u2019une r\u00e9elle libert\u00e9&nbsp;: elles fixent leurs tarifs, leurs conditions de travail et gagnent leur propre argent qu\u2019elles g\u00e8rent \u00e0 leur guise. Figures m\u00e9diatiques avant l\u2019heure, certaines engrangent de v\u00e9ritables fortunes qu\u2019elles affichent en se faisant construire de luxueux h\u00f4tels particuliers ou en achetant de grandes propri\u00e9t\u00e9s \u00e0 la campagne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est cette apparente puissance et ind\u00e9pendance des demi-mondaines qui fascine et attire Natalie Barney. Aujourd\u2019hui encore, les grandes courtisanes sont la plupart du temps pr\u00e9sent\u00e9es comme d\u2019habiles intrigantes ou de dangereuses manipulatrices capables de soutirer des fortunes et de ruiner les malheureux qui tombent sous leur charme. En r\u00e9alit\u00e9, comme toujours en r\u00e9gime patriarcal, le seul pouvoir dont disposent ces femmes est celui qu\u2019on veut bien leur c\u00e9der. Dans la prostitution de luxe (et partout ailleurs), ce sont bien s\u00fbr les hommes qui fixent les r\u00e8gles du jeu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans la seconde moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle, entretenir une courtisane est devenu un signe ext\u00e9rieur de richesse et une preuve de r\u00e9ussite sociale. Ce qui est r\u00e9ellement en jeu, dans ces relations sexuelles tarif\u00e9es, ce n\u2019est pas tant la possession du corps de ces femmes, mais la mise en sc\u00e8ne de la rivalit\u00e9 masculine. C\u2019est \u00e0 celui qui pourra d\u00e9penser les plus grosses sommes et entretenir la ma\u00eetresse la plus couteuse, comme les princes et les rois de jadis. Si certains clients finissent par perdre le contr\u00f4le et y laisser leur fortune, ils ne peuvent bl\u00e2mer qu\u2019eux-m\u00eames&nbsp;: ils ont \u00e9t\u00e9 pris \u00e0 leur propre pi\u00e8ge.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En fr\u00e9quentant Liane, Natalie va vite se rendre compte des limites de la suppos\u00e9e libert\u00e9 des courtisanes. Comme l\u2019explique Shari Benstock, dans son livre \u00ab\u2009Women of the Left Bank\u2009\u00bb, \u00ab\u2009(\u2026)&nbsp;Liane manquait de contr\u00f4le sur son existence. Elle \u00e9tait courtis\u00e9e par des princes et des ministres, mais servait n\u00e9anmoins selon leur bon plaisir. Elle \u00e9tait r\u00e9compens\u00e9e par des bijoux, des fourrures, des maisons, des \u00e9quipages, et toutes sortes de richesses, mais ces pr\u00e9sents ne faisaient que la lier davantage \u00e0 sa profession&nbsp;: elle ne pouvait pas \u00e9chapper \u00e0 sa propre d\u00e9pendance vis-\u00e0-vis de ceux qui la courtisaient<sup><a href=\"#footnote_5_1971\" id=\"identifier_5_1971\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"&laquo;&thinsp;Women of the Left Bank&thinsp;&raquo;, &eacute;crit par Shari Benstock, &eacute;d. University of Texas Press, 1986, p.275\">5<\/a><\/sup>. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e8s lors, Natalie se mettra en t\u00eate de \u00ab\u2009sauver\u2009\u00bb Liane de la prostitution, ce qui lui vaudra d\u2019\u00eatre r\u00e9guli\u00e8rement et vertement remise \u00e0 sa place.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong><u>De Anne-Marie Chassaigne \u00e0 Liane de Pougy<\/u><\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le vrai nom de Liane de Pougy est Anne-Marie Chassaigne. Elle est n\u00e9e en Bretagne en 1869. Son p\u00e8re, Pierre Chassaigne, est un officier de cavalerie d\u00e9cor\u00e9 de la L\u00e9gion d\u2019honneur. Sa m\u00e8re, Aim\u00e9e Lopez, est une femme tr\u00e8s pieuse d\u2019origine espagnole. L\u2019enfance de Liane se d\u00e9roule dans un contexte de pauvret\u00e9 \u00ab\u2009digne et d\u00e9vote\u2009\u00bb<sup><a href=\"#footnote_6_1971\" id=\"identifier_6_1971\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"&laquo;&thinsp;Natalie Clifford Barney\/Liane de Pougy &ndash; Correspondance amoureuse&thinsp;&raquo; &eacute;dition &eacute;tablie et annot&eacute;e par Suzette Robichon et Olivier Wagner, &eacute;d. Gallimard, 2019, p.24\">6<\/a><\/sup>. Elle est \u00e9duqu\u00e9e dans un couvent \u00e0 Saint-Anne-d\u2019Auray, puis \u00e9pouse, \u00e0 seulement dix-sept ans, Joseph Armand Pourpe, un officier de marine de vingt-quatre ans. Un an plus tard, elle donne naissance \u00e0 un fils, Marc, surnomm\u00e9 Marco, qui sera tu\u00e9 au front au d\u00e9but de la Premi\u00e8re Guerre mondiale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La nuit de noces de Liane est une exp\u00e9rience brutale dont elle parlera encore avec horreur cinquante ans plus tard<sup><a href=\"#footnote_7_1971\" id=\"identifier_7_1971\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"&laquo;&thinsp;Wild Heart. A Life. Natalie Clifford Barney&rsquo;s Journey from Victorian America to Belle &Eacute;poque Paris&thinsp;&raquo;, &eacute;crit par Suzanne Rodriguez, &eacute;d HarperCollins, 2002, p.86\">7<\/a><\/sup>. Jaloux et violent, son \u00e9poux manque de la tuer d\u2019un coup de revolver apr\u00e8s l\u2019avoir d\u00e9couverte en compagnie d\u2019un amant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Liane s\u2019enfuit et s\u2019installe \u00e0 Paris. Armand confie le petit Marc \u00e0 ses parents et demande le divorce qui lui est accord\u00e9 en 1890. Reni\u00e9e par sa famille, Liane est seule et sans ressource. Pour survivre, elle donne des cours d\u2019anglais et de piano et se livre probablement \u00e0 la prostitution de rue. Tr\u00e8s belle et cultiv\u00e9e, elle \u00e9chappe cependant au destin mis\u00e9rable que connaissent l\u2019\u00e9crasante majorit\u00e9 des prostitu\u00e9es parisiennes. Elle se lance dans la prostitution de luxe et b\u00e9n\u00e9ficie des conseils de Valtesse de la Bigne, une autre c\u00e9l\u00e8bre courtisane de vingt ans son a\u00een\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"401\" height=\"656\" src=\"http:\/\/helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Liane_de_Pougy.jpg\" alt=\"Liane_de_Pougy_1891\" class=\"wp-image-1981\" srcset=\"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Liane_de_Pougy.jpg 401w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Liane_de_Pougy-183x300.jpg 183w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Liane_de_Pougy-12x20.jpg 12w\" sizes=\"auto, (max-width: 401px) 100vw, 401px\" \/><figcaption>Liane de Pougy vers 1891 ou 1892, photographi\u00e9e par Reutlinger<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Liane gardera de son mariage \u00e9ph\u00e9m\u00e8re une cicatrice dans le bas du dos et \u00ab\u2009un d\u00e9go\u00fbt profond pour les hommes que son m\u00e9tier de courtisane dans lequel elle se lance avec succ\u00e8s accentuera\u2009\u00bb<sup><a href=\"#footnote_8_1971\" id=\"identifier_8_1971\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"&laquo;&thinsp;Ch&egrave;re Natalie Barney&thinsp;&raquo;, &eacute;crit par Jean Chalon, &eacute;d. Flammarion, 1992, p.54\">8<\/a><\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u2019apr\u00e8s Jean Chalon, Liane vendait son corps aux hommes, mais n\u2019aimait que les femmes, \u00ab\u2009et cela depuis l\u2019enfance, quand on la croyait d\u00e9votement prostern\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9glise alors qu\u2019elle ne se penchait que pour mieux apercevoir les jambes d\u2019une dame\u2009\u00bb<sup><a href=\"#footnote_9_1971\" id=\"identifier_9_1971\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"&laquo;&thinsp;Idylle saphique&thinsp;&raquo;, &eacute;crit par Liane de Pougy, pr&eacute;face de Jean Chalon, &Eacute;dition des femmes, 1987, p.8\">9<\/a><\/sup>. Liane confirmera cette pr\u00e9f\u00e9rence dans ses lettres \u00e0 Natalie&nbsp;: \u00ab\u2009tu sais bien que si j\u2019avais de quoi vivre et pour toujours, jamais un homme ne m\u2019aurait touch\u00e9e\u2009\u00bb. Les liaisons f\u00e9minines de Liane font les d\u00e9lices du journal Gil Blas qui se fait un devoir de r\u00e9pandre les rumeurs au sujet de ses \u00ab\u2009petites amies\u2009\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong><u>Une rencontre repouss\u00e9e<\/u><\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s ce premier coup de foudre dans les all\u00e9es du Bois de Boulogne, la rencontre de Natalie et de Liane est repouss\u00e9e \u00e0 cause du drame du Bazar de la Charit\u00e9&nbsp;: un incendie provoqu\u00e9 par un projecteur du tout nouveau cin\u00e9matographe qui a caus\u00e9 un mouvement de foule meurtrier. Sur les cent trente victimes, on d\u00e9nombre cent-vingt-cinq femmes, dont certaines appartenaient \u00e0 la haute soci\u00e9t\u00e9. D\u2019apr\u00e8s des t\u00e9moignages de rescap\u00e9s, les hommes pr\u00e9sents (aristocrates ou bourgeois) auraient pi\u00e9tin\u00e9, voire frapp\u00e9 les femmes \u00e0 coups de canne, afin de se frayer un chemin vers la sortie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Choqu\u00e9s et effray\u00e9s par ce drame qui d\u00e9cha\u00eene les passions, les parents de Natalie lui ordonnent de rentrer aux \u00c9tats-Unis. Natalie y retrouve Eva Palmer et sa vie de jeune h\u00e9riti\u00e8re richissime. Durant ces mois d\u2019attente, elle cultive ses autres centres int\u00e9r\u00eats&nbsp;: la musique, la po\u00e9sie et, de fa\u00e7on plus intermittente, l\u2019apprentissage du grec avec l\u2019ambition de lire l\u2019\u0153uvre originale de Sappho dont il ne subsiste que des fragments. Mais bien s\u00fbr, la vie parisienne et ses secrets, qu\u2019elle n\u2019a fait qu\u2019effleurer, lui manquent&nbsp;: Natalie s\u2019ennuie.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong><u>Le retour \u00e0 Paris<\/u><\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Natalie revient \u00e0 Paris en compagnie de sa famille \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9&nbsp;1898. Albert repart assez vite pour Londres, tandis qu\u2019Alice et ses deux filles s\u2019installent dans une pension appel\u00e9e la \u00ab\u2009Villa des Dames\u2009\u00bb. Alice s\u2019inscrit \u00e0 l\u2019acad\u00e9mie g\u00e9r\u00e9e par Carmen Rossi et prend des cours de peinture aupr\u00e8s de Whistler.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Natalie reprend sa liaison avec Carmen avec qui elle passe ses apr\u00e8s-midi. Elle l\u2019accompagne \u00e0 la Foire de Neuilly ou au scandaleux bal Bullier. Les bals parisiens, o\u00f9 se pratiquent ces nouvelles danses sulfureuses que sont la valse ou la polka, sont aussi des lieux de prostitution bien connus. Alice, aveugle ou trop absorb\u00e9e par sa peinture, ne s\u2019aper\u00e7oit de rien, et Natalie b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019une libert\u00e9 exceptionnelle pour l\u2019\u00e9poque. Elle n\u2019a pas oubli\u00e9 Liane qu\u2019elle revoit et admire de loin au bal Bullier o\u00f9 la demi-mondaine, entour\u00e9e de ses amis, fait sensation.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"376\" height=\"555\" src=\"http:\/\/helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Georges_Meunier_Le_Bal_Bullier_1894.jpg\" alt=\"Le_Bal_Bullier_1894\" class=\"wp-image-1982\" srcset=\"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Georges_Meunier_Le_Bal_Bullier_1894.jpg 376w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Georges_Meunier_Le_Bal_Bullier_1894-203x300.jpg 203w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Georges_Meunier_Le_Bal_Bullier_1894-14x20.jpg 14w\" sizes=\"auto, (max-width: 376px) 100vw, 376px\" \/><figcaption>Affiche publicitaire pour le Bal Bullier par Georges Meunier, 1894<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Liane est une vedette extr\u00eamement courtis\u00e9e. Pour avoir une chance de l\u2019approcher \u2013 et surtout de la s\u00e9duire \u2013 Natalie sait qu\u2019elle va devoir faire une entr\u00e9e fracassante dans sa vie. Cette perspective ne l\u2019effraie pas. D\u2019une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, Natalie ne doute de rien. C\u2019est une enfant g\u00e2t\u00e9e qui a toujours obtenu tout ce qu\u2019elle souhaitait, ou presque. En revanche, elle est consciente que l\u2019\u00e9chec est une possibilit\u00e9, et que le timing sera crucial. Patiente et d\u00e9termin\u00e9e, elle attend son heure et peaufine ses plans. Elle envoie des tonnes de fleurs \u00e0 Liane accompagn\u00e9es des petits mots cens\u00e9s piquer sa curiosit\u00e9&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Si vous n&rsquo;\u00eates lasse des amours qui passent, de ces r\u00eaves qu\u2019un r\u00eave chasse, recevez-moi. (&#8230;) Une Am\u00e9ricaine qui voudrait embrasser vos doigts roses, tout en vous disant combien elle vous trouve belle.<\/p><cite>Natalie Clifford Barney \/ Liane de Pougy \u2013 Correspondance amoureuse&nbsp;\u00bb \u00e9dition \u00e9tablie et annot\u00e9e par Suzette Robichon et Olivier Wagner, \u00e9d. Gallimard, 2019, p. 57<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Afin de prot\u00e9ger son anonymat et d\u2019\u00e9viter les scandales, Natalie signe \u00ab\u2009Florence Temple-Bradford\u2009\u00bb. Elle est loin de se douter que ce pseudonyme passera bient\u00f4t \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong><u>Le page de Sappho<\/u><\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Natalie s\u2019est d\u00e9j\u00e0 fait refuser une fois l\u2019entr\u00e9e chez Liane de Pougy dont les appartements se trouvent rue de la Faisanderie, pr\u00e8s du Bois de Boulogne. Il est \u00e9vident que les fleurs et les petits mots ne seront pas suffisants&nbsp;: il faut frapper un grand coup. Natalie commande aupr\u00e8s d\u2019un couturier un somptueux costume de page florentin \u00ab\u2009en velours amande \u00e0 l\u2019\u00e9cusson brod\u00e9 d\u2019un lis d\u2019eau\u2009\u00bb<sup><a href=\"#footnote_10_1971\" id=\"identifier_10_1971\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"&laquo;&thinsp;Ch&egrave;re Natalie Barney&thinsp;&raquo;, &eacute;crit par Jean Chalon, &eacute;d. Flammarion, 1992, p.50\">10<\/a><\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un apr\u00e8s-midi, au Bois, Natalie aper\u00e7oit Liane arborer \u00e0 la ceinture l\u2019un des iris qu\u2019elle lui a fait porter avec l\u2019habituelle petite note&nbsp;: \u00ab\u2009d\u2019une \u00e9trang\u00e8re qui ne voudrait plus l\u2019\u00eatre pour vous\u2009\u00bb. C\u2019est le signal que Natalie attendait. Elle se rend le soir m\u00eame chez Liane, probablement le 14 f\u00e9vrier 1899, jour de Mardi gras qui lui offrait l\u2019excuse parfaite pour d\u00e9ambuler dans les rues de Paris v\u00eatue de son costume dissimul\u00e9 sous un manteau. Natalie a tout pr\u00e9vu. Elle se fait annoncer chez Liane comme \u00ab\u2009un page envoy\u00e9 par Sappho pour la servir\u2009\u00bb \u2013 \u00ab\u2009<em>The audacity<\/em><em>\u2009<\/em><em>\u00bb<\/em>, commenterait-on aujourd\u2019hui sur Twitter&#8230;<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"317\" height=\"432\" src=\"http:\/\/helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/4252a95b798d9ecdc8cdfbef1537763d.jpg\" alt=\"Natalie-Barney-page\" class=\"wp-image-1983\" srcset=\"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/4252a95b798d9ecdc8cdfbef1537763d.jpg 317w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/4252a95b798d9ecdc8cdfbef1537763d-220x300.jpg 220w, https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/4252a95b798d9ecdc8cdfbef1537763d-15x20.jpg 15w\" sizes=\"auto, (max-width: 317px) 100vw, 317px\" \/><figcaption>Natalie Barney en costume de page. Source inconnue. <\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le pire, c\u2019est que \u00e7a marche. Liane accepte de recevoir Natalie, mais elle a envie de s\u2019amuser un peu aux d\u00e9pens de cette myst\u00e9rieuse \u00e9trang\u00e8re. C\u2019est Valtesse de la Bigne \u2013 son amie, mentor et amante occasionnelle \u2013 qui jouera son r\u00f4le, \u00e9tendue sur un sofa, tandis que Liane observera toute la sc\u00e8ne dissimul\u00e9e derri\u00e8re un rideau. Natalie entre, \u00ab\u2009tellement \u00e9mue qu\u2019un l\u00e9ger tremblement agitait les plumes de son chapeau et que ses doigts crisp\u00e9s \u00e9crasaient nerveusement le bouquet sur son c\u0153ur\u2009\u00bb<sup><a href=\"#footnote_11_1971\" id=\"identifier_11_1971\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"&laquo;&thinsp;Idylle saphique&thinsp;&raquo;, &eacute;crit par Liane de Pougy, pr&eacute;face de Jean Chalon, &Eacute;dition des femmes, 1987, p.25\">11<\/a><\/sup>. Natalie met un genou \u00e0 terre pour offrir ses fleurs \u00e0 sa d\u00e9esse et se rend bien vite compte que la femme allong\u00e9e devant elle n\u2019est pas Liane. \u00ab\u2009Et apr\u00e8s, je crois que j\u2019ai pleur\u00e9 de d\u00e9pit, rougi de rage, et, je le crains, un peu tr\u00e9pign\u00e9. J\u2019\u00e9tais encore tr\u00e8s enfant sous mes airs de page.\u2009\u00bb<sup><a href=\"#footnote_12_1971\" id=\"identifier_12_1971\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"&laquo;&thinsp;Ch&egrave;re Natalie Barney&thinsp;&raquo;, &eacute;crit par Jean Chalon, &eacute;d. Flammarion, 1992, p.55\">12<\/a><\/sup><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Liane sort de sa cachette pour consoler Natalie. Elle l\u2019invite \u00e0 l\u2019accompagner se promener au Bois, assise \u00e0 ses pieds dans sa voiture pour qu\u2019on ne puisse pas la voir depuis l\u2019ext\u00e9rieur. En la quittant, Liane murmure \u00e0 Natalie&nbsp;: \u00ab\u2009j\u2019aime d\u00e9j\u00e0 tes cheveux et la tournure de ton esprit\u2009\u00bb<sup><a href=\"#footnote_13_1971\" id=\"identifier_13_1971\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"&laquo;&thinsp;Souvenirs indiscrets&thinsp;&raquo;, &eacute;crit par Natalie Clifford Barney, &eacute;d. Flammarion, 1960\">13<\/a><\/sup> et l\u2019invite \u00e0 revenir d\u00e8s le lendemain. Natalie trouvera Liane dans son bain, o\u00f9 elle ne tardera pas \u00e0 la rejoindre&#8230;<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"https:\/\/www.helenenera.com\/les-faunesses\/natalie-clifford-barney-episode-4-idylle-saphique\/\"><strong>Poursuivre la lecture \u2013 \u00e9pisode 4<\/strong><\/a><\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Image illustrant l&rsquo;article : \u00ab&nbsp;Nana&nbsp;\u00bb par \u00c9douard Manet, 1877<\/strong><\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:63px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Notes<\/strong><\/p>\n<ol class=\"footnotes\"><li id=\"footnote_1_1971\" class=\"footnote\">\u00ab\u2009Ch\u00e8re Natalie Barney\u2009\u00bb, \u00e9crit par Jean Chalon, \u00e9d. Flammarion, 1992, p.43<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_1_1971\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_2_1971\" class=\"footnote\">\u00c0 ce sujet, je vous recommande l\u2019\u00e9mission radiophonique <a href=\"https:\/\/www.franceculture.fr\/emissions\/la-fabrique-de-lhistoire\/prostitutions-au-xixe-siecle-24-paris-capitale-de-la-prostitution\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">\u00ab\u2009Paris, capitale de la prostitution au XIXe\u2009\u00bb<\/a> propos\u00e9e par S\u00e9verine Liatard, r\u00e9alis\u00e9e par S\u00e9verine Cassar et guid\u00e9e par&nbsp;<a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"http:\/\/ehess.academia.edu\/LolaGonzalezQuijano\" target=\"_blank\">Lola Gonzalez-Quijano<\/a>, chercheuse associ\u00e9e \u00e0 l\u2019EHESS<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_2_1971\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_3_1971\" class=\"footnote\">\u00ab\u2009Capitale de l\u2019amour. Filles et lieux de plaisirs \u00e0 Paris au XIXe si\u00e8cle\u2009\u00bb, \u00e9crit par <a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"http:\/\/ehess.academia.edu\/LolaGonzalezQuijano\" target=\"_blank\">Lola Gonzalez-Quijano<\/a><strong>, <\/strong>\u00e9d. Vend\u00e9miaire, 2015<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_3_1971\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_4_1971\" class=\"footnote\">\u00ab\u2009Performer un mauvais genre&nbsp;: la demi-mondaine au XIXe si\u00e8cle\u2009\u00bb, \u00e9crit par <a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"http:\/\/ehess.academia.edu\/LolaGonzalezQuijano\" target=\"_blank\">Lola Gonzalez-Quijano<\/a><strong>, <\/strong>Criminocorpus\/Revue.org <a href=\"http:\/\/criminocorpus.revues.org\/3465\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">http:\/\/criminocorpus.revues.org\/3465<\/a><span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_4_1971\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_5_1971\" class=\"footnote\">\u00ab\u2009Women of the Left Bank\u2009\u00bb, \u00e9crit par Shari Benstock, \u00e9d. University of Texas Press, 1986, p.275<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_5_1971\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_6_1971\" class=\"footnote\">\u00ab\u2009Natalie Clifford Barney\/Liane de Pougy \u2013 Correspondance amoureuse\u2009\u00bb \u00e9dition \u00e9tablie et annot\u00e9e par Suzette Robichon et Olivier Wagner, \u00e9d. Gallimard, 2019, p.24<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_6_1971\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_7_1971\" class=\"footnote\">\u00ab\u2009Wild Heart. A Life. Natalie Clifford Barney\u2019s Journey from Victorian America to Belle \u00c9poque Paris\u2009\u00bb, \u00e9crit par Suzanne Rodriguez, \u00e9d HarperCollins, 2002, p.86<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_7_1971\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_8_1971\" class=\"footnote\">\u00ab\u2009Ch\u00e8re Natalie Barney\u2009\u00bb, \u00e9crit par Jean Chalon, \u00e9d. Flammarion, 1992, p.54<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_8_1971\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_9_1971\" class=\"footnote\">\u00ab\u2009Idylle saphique\u2009\u00bb, \u00e9crit par Liane de Pougy, pr\u00e9face de Jean Chalon, \u00c9dition des femmes, 1987, p.8<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_9_1971\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_10_1971\" class=\"footnote\">\u00ab\u2009Ch\u00e8re Natalie Barney\u2009\u00bb, \u00e9crit par Jean Chalon, \u00e9d. Flammarion, 1992, p.50<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_10_1971\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_11_1971\" class=\"footnote\">\u00ab\u2009Idylle saphique\u2009\u00bb, \u00e9crit par Liane de Pougy, pr\u00e9face de Jean Chalon, \u00c9dition des femmes, 1987, p.25<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_11_1971\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_12_1971\" class=\"footnote\">\u00ab\u2009Ch\u00e8re Natalie Barney\u2009\u00bb, \u00e9crit par Jean Chalon, \u00e9d. Flammarion, 1992, p.55<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_12_1971\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_13_1971\" class=\"footnote\">\u00ab\u2009Souvenirs indiscrets\u2009\u00bb, \u00e9crit par Natalie Clifford Barney, \u00e9d. Flammarion, 1960<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_13_1971\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><\/ol>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A la fin du XIXe si\u00e8cle, les all\u00e9es du Bois de Boulogne sont un lieu \u00e0 la mode. On s\u2019y prom\u00e8ne chaque jour \u00e0 cheval ou en cal\u00e8che. 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