Falaises-detretat

La femme-falaise – épisode 4

Alice resserra son plaid autour d’elle tout en cherchant ses mots.

– J’ai trouvé votre morceau magnifique. Vous avez fait preuve d’une telle précision, d’une telle justesse. Et en même temps, je n’avais jamais rien entendu d’aussi triste… C’était… comme un regard jeté en arrière.

Alice se tut. Aucune autre idée ne lui venait à l’esprit : aucune remarque au sujet de la technique ou de la façon dont cette œuvre s’insérait dans l’histoire de la musique. Juste quelques considérations sentimentales. Alice craignait de s’être ridiculisée, mais ce n’était pas ce qu’elle lisait dans les yeux de la princesse de Malanset. À cet instant, elle aurait juré que Sonia la regardait avec amusement. Peut-être même avec une sorte de tendresse.

– Henri ? Votre avis sur ces compliments ?

– Je ne vais pas me plaindre ! Je les accepte avec plaisir.

Au grand soulagement d’Alice, Henri semblait flatté.  

– Je vous remercie d’être venu ce soir et d’avoir partagé votre talent avec nous, conclut la princesse. J’aimerais entendre la suite de votre travail. Aux mêmes conditions que la dernière fois, si cela vous convient ? Je vous laisserai voir les détails avec mon secrétaire…  

Sonia voulut ajouter quelque chose, mais fut interrompue par un brouhaha qui résonnait depuis l’extérieur du salon de musique : un mélange de rires et de joyeuses exclamations. Une seconde plus tard, une petite troupe de convives faisait irruption dans la pièce, armée de coupes en cristal et de bouteilles de champagne. À leur tête, Ève de Lastre s’accrochait au bras de sa sœur, la baronne de Pravan. 

– Princesse, nous vous avons cherché partout ! J’étais sûre de vous trouver ici… Si je ne vous connaissais pas aussi bien, je jurerais que vous avez tenté de fuir votre propre soirée !

– Personne ne peut échapper à votre sagacité, ma chère Ève, répliqua Sonia. C’est une évidence abondamment documentée.

Sonia ne paraissait ni particulièrement ravie ni vraiment agacée par cette intrusion qu’elle semblait accueillir comme un phénomène naturel inéluctable.

– Oh, Henri ! Vous êtes là vous aussi ! s’exclama Ève en remarquant la présence du compositeur. Soyez un ange et jouez-nous quelque chose, voulez-vous ?

Henri obéit de bon cœur et se retourna vers son clavier pour entamer un morceau bien plus enlevé que ses propres créations. Pendant ce temps, la joyeuse petite bande envahissait le salon de musique, prenait les canapés d’assaut et rapprochait d’autres sièges dispersés dans toute la pièce. Dans leur sillage, une nuée de serveurs fit à son tour son apparition, les bras chargés de plateaux et de seaux à glace. Alice était intimidée à l’idée de se retrouver au milieu de tous ces inconnus. Elle était également frustrée que son tête-à-tête avec Sonia soit interrompu d’une façon si brutale. Mais comment résister à une telle marée humaine ? Le silence austère de la pièce avait laissé la place aux rires, aux raclements de chaises sur le parquet, aux tintements des verres et aux bouchons de champagne qui sautaient. La baronne de Pravan s’assit sur le canapé aux côtés d’Alice. Abandonnée par sa sœur, Ève de Lastre se tenait toujours au milieu du salon de musique. Un peu perdue, et assez saoule, elle cherchait en vain un point d’appui.  

– Alexis ? appela-t-elle à plusieurs reprises. Où est mon chevalier servant ?

Le dénommé Alexis, un jeune homme à la beauté de statue, se précipita au secours d’Ève pour l’aider à prendre place dans l’un des canapés. Alice crut reconnaître un danseur étoile dont elle avait aperçu le visage sur les affiches des kiosques parisiens.

– Je vous suis si reconnaissante, Alexis, minaudait Ève en s’accrochant à son chevalier servant un peu plus longtemps que nécessaire.

En quelques minutes, Alice se retrouva de nouveau avec une coupe de champagne à la main. Cette fois-ci, elle en but quelques gorgées. Pour ne pas risquer de finir la soirée dans le même état qu’Ève de Lastre, elle accepta les petits-fours que lui proposaient les serveurs. Sans excès cependant, car elle n’était pas satisfaite de sa ligne et craignait de paraître trop gourmande si jamais Sonia de Malanset était en train de l’observer.

À cette idée, Alice ne put s’empêcher de chercher la princesse du regard. Elle se trouvait toujours sur l’estrade, derrière son piano, en train de discuter avec des amis. À ses côtés se tenait une femme qu’Alice voyait pour la première fois de la soirée. Très mince, presque maigre, l’inconnue portait une magnifique robe princesse. Elle avait de longues et belles mains ; un visage aux traits anguleux, à la beauté tragique. Même à cette distance, Alice pouvait apprécier son regard intense, sombre et ombrageux. L’inconnue se blottit contre Sonia tout en posant une main sur son épaule. Alice sentit son cœur battre un peu plus vite. Ce geste témoignait d’une intimité qui ne pouvait avoir qu’une seule explication. Sonia tourna la tête vers l’inconnue qu’elle gratifia d’un tendre sourire. Puis la princesse s’empara avec douceur de la main de son amie pour déposer un baiser à l’intérieur de son poignet. Hypnotisée, Alice ne pouvait détacher ses yeux des lèvres de Sonia, très légèrement maquillées. Elle était infiniment troublée par ce baiser, à la fois sensuel et un peu possessif. Autour des deux femmes, personne ne réagissait, comme s’il s’agissait d’une scène banale. Alice fit un effort conscient pour se détourner. Elle avait la sensation désagréable de s’être montrée indiscrète, d’avoir assisté à un moment d’intimité volé.

Alice tenta de reporter son attention sur ses voisins, mais les questions se bousculaient dans son esprit. Était-elle bien certaine de ce qu’elle venait de voir ? Qui était cette inconnue ? L’amante de Sonia ? Alice s’étonnait de sa réaction si vive. En présence de Sonia, elle se trouvait décidément très émotive. En réalité, qu’y avait-il de si surprenant ? Alice savait que la princesse aimait les femmes ; cela n’avait rien d’un secret. Dès ses fiançailles avec le prince Philippe de Malanset, des rumeurs affirmaient déjà avec insistance que leur union était un mariage blanc. Comme Sonia, le prince avait toujours eu la réputation d’être homosexuel. Bien plus âgé, Philippe était mort d’une crise cardiaque une quinzaine d’années plus tôt. Le couple n’avait pas eu d’enfant. Sonia était totalement libre, indépendante, si riche et si puissante qu’elle en devenait intouchable. Pourquoi s’interdirait-elle quoi que ce soit ?   

Alice était parasitée par le souvenir du baiser de Sonia. La princesse avait-elle senti à travers ses lèvres le pouls de son amie, à cet endroit du poignet où la peau est si fine et si délicate ? L’inconnue portait une montre bien trop grande pour elle, sans doute un modèle masculin. Comme le briquet de Sonia, cette montre détonnait d’une façon subtile, mais évidente. Alice repoussa toutes ces impressions dans un recoin de son esprit. Elle y repenserait plus tard, lorsqu’elle aurait retrouvé la solitude de son appartement. Une fois seule, elle pourrait disséquer cette soirée et passer en revue la moindre parole, la moindre émotion.  

Tout en se jurant de ne plus regarder du côté de la princesse, Alice prêta une oreille plus attentive aux discussions qui s’animaient autour d’elle. Au début, la présence d’Ève de Lastre l’avait inquiétée. Elle n’avait pas oublié la facilité avec laquelle la salonnière avait ridiculisé ses ennemis devant un public charmé par son esprit et son humour. Mais ses appréhensions furent assez vite dissipées par l’attitude d’Ève qui se montrait, contre toute attente, accessible et même sympathique. Était-elle rassérénée par sa démonstration de force dans la salle de réception ? Ou bien se sentait-elle tout simplement en terrain conquis, entourée de ses amis ? Alice réalisa qu’elle se trouvait sans doute en compagnie des proches de la princesse, de ses intimes qui pouvaient se permettre de profaner l’intimité de son sanctuaire : son salon de musique.

À force de s’empiffrer de petits-fours, Ève avait repris le contrôle d’elle-même. Elle continuait cependant à boire beaucoup, avec une résistance étonnante compte tenu de son gabarit. Peu à peu, Alice se détendit. À ses côtés, la baronne de Pravan l’ignorait superbement. Fumant cigarette sur cigarette, elle s’exprimait très peu et s’intéressait surtout à sa sœur. Elle n’adressa qu’une fois la parole à Alice pour lui demander très gentiment de lui passer une serviette.  

Alice se contenta dans un premier temps de suivre les conversations. Lorsqu’elle se sentit suffisamment en confiance, elle saisit la première occasion au vol et tenta un mot d’esprit. Elle récolta quelques rires qui furent un véritable soulagement. Encouragée par ce premier succès, elle lança une seconde plaisanterie puis une troisième. Quelques minutes plus tard, elle discutait à bâton rompu avec ses voisins. Elle s’autorisa même à raconter une anecdote qu’elle pimenta à sa façon en y ajoutant quelques péripéties de son invention. La soirée avançait, et elle n’éprouvait ni angoisses ni arrière-pensées. Elle plaisantait, s’amusait, argumentait. Pour la première fois depuis des années, Alice entendait à nouveau le son de sa propre voix s’élever au-dessus du brouhaha. Cette voix – originale, grave et un peu éraillée – avait toujours été l’un de ses plus grands atouts. D’ailleurs, elle n’avait pas oublié que Sonia l’avait complimentée à ce sujet. Alice se sentait revivre, renouer avec sa véritable personnalité. Elle était entourée de visages détendus, souriants. Personne ne lui jetait de regards haineux ou ne chuchotait dans son dos.       

Les discussions finirent par se tarir, et Alice s’aperçut qu’elle avait perdu la notion du temps. En regardant autour d’elle, elle constata que le salon de musique se vidait peu à peu. Plus personne ne jouait du piano. Les intimes de la princesse se faisaient leurs adieux et se retiraient les uns après les autres. Sonia elle-même avait disparu, tout comme sa mystérieuse amie. Alice ignorait combien d’heures s’étaient écoulées depuis qu’elle avait quitté la salle de réception en compagnie de la princesse de Malanset. Minuit était passé depuis longtemps, et Margaret devait se demander ce qu’il était advenu de sa fille. Comme Cendrillon, il était temps pour Alice de retrouver sa marâtre. Elle replia avec soin le châle prêté par Sonia et le reposa sur le dossier du canapé. Puis elle s’excusa auprès de ses voisins et sortit du salon de musique. Plusieurs convives étaient en train de rebrousser chemin en direction du hall d’entrée, et Alice n’eut qu’à se laisser guider. Dans la salle de réception à moitié vide, elle retrouva sans peine sa mère qui prenait congé de ses partenaires de bridge. Accaparée par sa propre soirée, Margaret ne semblait pas s’être inquiétée de l’absence de sa fille.

Toutes deux quittèrent la salle de réception, récupérèrent leurs manteaux et se dirigèrent vers la grande porte de l’hôtel particulier. Dans le hall, Sonia de Malanset saluait une dernière fois ses invités. Alice répondait distraitement aux questions de Margaret, mais elle ne pensait qu’à Sonia. Elle appréhendait le moment de lui faire ses adieux. Elle espérait la revoir, ou du moins être de nouveau invitée à l’une de ses soirées, mais elle ignorait comment faire une telle suggestion.

Sonia accueillit Alice et sa mère avec un grand sourire. Comme lors des présentations, elle s’adressa exclusivement à Margaret. Alice se retrouvait dans la même position d’observatrice, mise à l’écart comme une enfant.

– Madame Mitford, je suis navrée de vous avoir si peu vue ce soir, s’excusait Sonia. Cela faisait si longtemps que nous ne nous étions pas croisées !

– N’ayez aucune inquiétude ! rassura Margaret. Vous vous deviez d’accorder un peu d’attention à chacun de vos invités ! Je sais à quel point il est difficile de satisfaire tout le monde lors de ces soirées ! Je suis sûre que nous aurons bientôt l’occasion de nous revoir.

– Mais vous passez si rarement à Paris, se désola Sonia. Faites-moi plaisir et venez partager ma loge à l’opéra. Disons, un soir de la semaine prochaine. Nous aurons bien plus de temps pour discuter. Qu’en pensez-vous ?

Si Margaret était surprise, elle n’en laissa rien paraître et accepta gracieusement l’invitation.

– Quelle charmante idée ! Eh bien, pourquoi pas ? La semaine prochaine, cela me semble parfait.

– Alice, ajouta Sonia en se tournant vers elle. Vous êtes également la bienvenue, bien sûr. J’espère qu’il vous sera possible de vous libérer…

– Avec plaisir, madame de Malanset, balbutia Alice. Je vous remercie pour votre invitation.

Elle était estomaquée. La princesse avait recommencé ! Elle l’avait de nouveau appelée par son prénom, cette fois-ci devant sa mère ! Margaret était aussi observatrice qu’intuitive. Aucun détail ne lui échappait. Elle ne manquerait pas de relever cette marque de familiarité déplacée et l’interpréterait à sa guise. Si elle détectait la moindre ambiguïté entre sa fille et la princesse de Malanset, Margaret se mettrait à harceler Alice jusqu’à ce qu’elle estime que tout danger était écarté. Elle lui interdirait de se rendre à l’opéra dans la loge de Sonia et de remettre les pieds dans son hôtel particulier. Elle la menacerait de réduire sa pension ou de lui couper les vivres. Alice ne possédait aucun argent, aucun bien en son nom propre. La pension que lui versait Margaret était sa seule ressource. Le salaire de son époux, Richard, était bien insuffisant pour assurer leur train de vie actuel. Et de toute façon, c’était grâce aux relations de Margaret que Richard avait trouvé cet emploi. En un coup de fil, elle pouvait aussi obtenir son renvoi. Malgré ses trente-et-un ans, Alice vivait dans une totale dépendance vis-à-vis de sa mère. Elle n’arrivait pas à comprendre pourquoi la princesse de Malanset s’était comportée de cette façon. En une seconde, Sonia avait tout gâché.

Après les politesses d’usage, les trois femmes se serrèrent la main et se séparèrent. Margaret se dirigea vers la porte, et Alice lui emboîta le pas sans oser la regarder. Elle avait bien trop peur de voir réapparaître dans ses yeux une colère familière dont elle avait si souvent fait les frais. Menteuse, traîtresse, perfide. Alice et Margaret franchirent les portes et s’avancèrent sur le perron. Une certaine confusion régnait à l’extérieur. Les invités voulaient tous récupérer leur voiture en même temps. Les valets, qui ne pouvaient se démultiplier, cavalaient d’un bout à l’autre de la cour. Dans la rue, de l’autre côté des portes cochères, le ballet des voitures battait son plein.

Alice et Margaret durent patienter, côte à côte sur le perron. La nuit était très noire, froide et humide. Une bruine presque imperceptible se révélait dans les rares halos de lumière. Alice resserra les pans de son manteau contre elle. Elle était glacée jusqu’aux os. L’incident avec Sonia avait réveillé toutes ses angoisses et effacé l’impression de chaleur que lui avait procurée cette soirée : la légère ivresse du champagne, de la musique et des rires. Alice se retrouvait à son point de départ, dans le froid et l’obscurité. Elle était persuadée que Margaret allait lui faire payer au centuple ces quelques heures d’insouciance.

Un valet vint enfin annoncer à Margaret et Alice que leur voiture les attendait. Toutes deux traversèrent la cour, puis les portes cochères et s’engouffrèrent dans leur voiture. Les portières claquèrent derrière elle, refermées par des valets.

– Bonsoir, Jean, salua Margaret en s’installant sur la banquette arrière.

– Bonsoir madame Mitford, répondit le chauffeur en démarrant. J’espère que ces dames ont passé une bonne soirée ?

– Très bonne, Jean. Je vous remercie. Chez madame Green, je vous prie.

– Bien, madame.  

Alice ne décelait aucune colère dans la voix de Margaret. Méfiante, elle se tenait sur ses gardes et se faisait la plus discrète possible.   

– J’ai l’impression que tu as passé un moment agréable ? lui demanda Margaret. Tu étais rayonnante lorsque tu es venue me retrouver…

– En effet, acquiesça prudemment Alice. Je vous remercie de m’avoir invitée, maman.  

– Ma chérie, je n’oublie pas que nous avons eu nos différends par le passé, rappela Margaret après un silence. Mais tu sais que j’aimerais par-dessus tout te voir heureuse…

Alice préféra ne pas répondre à cette provocation qui ne pouvait être qu’un piège. Sa mère n’avait aucun droit de prononcer cette phrase. En s’acharnant à la séparer de Lucia, Margaret avait ruiné à jamais son bonheur.

– Madame de Malanset est une femme si digne et si respectable, poursuivait Margaret d’un ton badin. Ne m’en veux pas de dire cela, mais notre génération gérait bien mieux toutes ces choses…

– Quelles choses, maman ?

– Eh bien, les choses de la vie. Tu sais très bien à quoi je fais allusion ! Madame de Malanset n’a jamais été éclaboussée par le moindre scandale. Elle est l’incarnation même de la respectabilité. C’est une hôtesse parfaite, sans oublier son goût si sûr. Si jamais tu devais développer une… amitié avec la princesse, je ne pourrai qu’approuver ton choix…

Alice n’en croyait pas ses oreilles. Une idée, absolument insensée, germait dans son esprit. Même au plus fort de la crise, elle n’avait jamais entendu sa mère condamner son amour pour Lucia pour des questions morales. Margaret avait surtout semblé terrifiée par la perspective du scandale, du ridicule et du déshonneur. Serait-il possible que sa mère l’ait invitée à cette soirée dans le but inavoué de la pousser dans les bras de la princesse de Malanset ? Qu’avait-il bien pu lui passer par la tête pour qu’elle conçoive un tel plan ? Elle estimait sans doute que Sonia appartenait à la même génération qu’elle ; une génération qui savait étouffer les scandales dans l’œuf et conserver ses secrets à n’importe quel prix. Bien qu’insensée, cette hypothèse expliquerait bien des choses, à commencer par l’attitude étrange de Margaret qui s’était montrée durant toute l’après-midi embarrassée, nerveuse et stressée.

– J’ai peur que madame de Malanset ait bien d’autres préoccupations, répondit sèchement Alice en repensant à la mystérieuse inconnue qu’elle avait embrassée dans le salon de musique.

– Il ne faut pas partir vaincue d’avance, ma chérie, conseilla Margaret qui ne semblait pas se rendre compte qu’Alice bouillonnait de rage. Tu ne devrais pas te sous-estimer de cette manière. Prends exemple sur ton père ! Mon Dieu, je crois que cet homme a passé sa vie à être satisfait de lui-même…

Margaret laissa échapper un petit rire amer, puis se tourna vers sa vitre, l’air rêveur. Alice l’observa un moment dans l’espoir que sa mère se retourne vers elle, s’aperçoive de sa colère et prenne enfin conscience de sa souffrance. Comment Margaret pouvait-elle oser jouer les entremetteuses après lui avoir fait vivre l’enfer avec Lucia ? Était-il possible d’être à ce point aveugle et inconsciente ? Mais Margaret admirait les lumières de Paris sans plus prêter attention à sa fille. La confrontation tant espérée ne vint pas. Alice sentit toute sa rage et sa frustration retomber d’un coup. Avec Margaret, elle avait toujours fait face à un mur. Sa mère, comme l’ensemble de son milieu, ne connaissait que l’hypocrisie et le double discours. Alice était si fatiguée, si lasse. Le seul point positif des manigances de Margaret était que personne ne l’empêcherait de répondre à l’invitation de Sonia. Les manières un peu autoritaires de la princesse de Malanset l’avaient parfois gênée, mais dans l’ensemble, cette soirée avait été une véritable respiration. Leur prochaine rencontre, dans l’ambiance feutrée d’un opéra, devrait être bien moins riche en surprises et en émotions. Du moins, c’était ce qu’Alice espérait.

A suivre…

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