Nouvelle : « La geste du prince Kadmé »

La geste du prince Kadmé était son outil de travail, son bien le plus précieux. Amnu murmura trois fois la formule sacrée tout en effleurant les pages du livre avec révérence. Cela faisait partie du cérémonial. Sous ses doigts, elle sentait le grain du papier, le léger relief des illustrations. Déjà, elle voyait les mots s’animer, revêtir différentes couleurs. Pour gagner en liberté de mouvement, elle repoussa un pan de son manteau en peau de mouton. Le froid s’engouffra sous sa chemise. Son estomac vide se tordait dans son ventre, mais elle ignora la morsure de la faim. Pour mériter sa pitance, elle devrait faire vivre les mots.

Dès l’aube, la rumeur s’était répandue dans le village comme une traînée de poudre : la première caravane de la saison avait passé les gorges d’Azaré. La passe du Loup était rouverte ; l’hiver était terminé. Amnu avait rassemblé en hâte ses maigres possessions. En se mettant en route sans tarder, elle avait une chance de rattraper les caravaniers à la croisée des chemins. Après une marche éreintante le long de pistes boueuses, elle avait enfin aperçu le campement. Comme prévu, la caravane avait fait halte au bord du lac, au pied des grandes forêts de pins. Cent mètres plus loin, la route se scindait en deux : au nord, elle s’enfonçait dans les montagnes. À l’est, elle filait en direction des vallées luxuriantes de la province d’Heiji.

Amnu était entrée dans le campement. Le soleil couchant illuminait les sommets enneigés, et les nuages se paraient de rose et de safran. La caravane était prête à affronter la nuit. Les tentes avaient été montées, les bêtes nourries. Les hommes se tenaient près des troupeaux de yacks et de chèvres. Entourées de leurs enfants, les femmes allumaient de petits feux et préparaient le repas du soir. L’odeur des galettes de farine d’orge, du lait et du thé épicé était parvenue jusqu’aux narines d’Amnu, ranimant ses rêves d’un festin de fromage et de fruits secs. Les mains jointes, Amnu s’était approchée d’une des mères de famille et lui avait montré son livre. « Bayalé, bayalé » avait-elle répété humblement en s’inclinant. Le Vieil-Art, la magie qui faisait trembler les anciens rois, était désormais considéré comme un vulgaire tour de saltimbanque. Mais les superstitions étaient encore vivaces. La déesse Fortune était capricieuse. Refuser une place près du feu aux dhaalis – les mendiants qui pratiquaient le Vieil-Art – était réputé porter malheur. Le manteau de la femme était bordé de fourrure. Sa coiffe était ornée de perles et de coraux, et de longues boucles en argent pendaient à ses oreilles. Son époux devait être l’un des chefs de la caravane. Elle avait lancé à Amnu une série d’imprécations dans son dialecte, avant de céder avec un soupir. D’un geste impérieux, elle lui avait fait signe de s’asseoir. Amnu avait déposé son paquetage, puis s’était accroupie en plaçant son bol en bois devant elle. Si le spectacle plaisait, elle recevrait quelques piécettes ou de la nourriture. Poussé par la curiosité, un groupe d’enfants se rassembla autour d’elle. Amnu savait que les adultes finiraient par les rejoindre. Les caravaniers appréciaient les aventures du prince Kadmé : la légende des paons aux plumes d’or, les guerriers de pierre, le duel avec le dieu-jaguar. Elle choisissait toujours les mêmes passages, certaine qu’ils captiveraient son auditoire.

Ses incantations terminées, Amnu commença sa lecture à haute voix. Dès que ses lèvres articulèrent les premières syllabes, les mots se mirent à danser sous les yeux ébahis des enfants. Ils se détachèrent des pages et commencèrent à flotter dans les airs. Le froid les enveloppa d’une fine couche de givre qui miroitait sous la lueur des flammes. Les mots se dilatèrent, puis se dispersèrent comme un nuage de poudre de riz. Concentrée, Amnu poursuivait son récit. Le nuage de poussière scintillante se densifia jusqu’à prendre une forme humaine. Les exclamations des enfants saluèrent l’apparition du prince Kadmé, de son bouclier et de son armure en bronze recouverte d’une peau de léopard.

Du coin de l’œil, Amnu remarqua que de nouveaux spectateurs approchaient. Elle réprima un sourire et humecta ses lèvres avant de reprendre sa lecture. Elle hoqueta de surprise en se sentant soudain soulevée de terre. Une main implacable l’avait saisie par le col pour la remettre debout. Le livre glissa de ses genoux. Lorsqu’il toucha le sol, l’image du prince et de ses somptueux atours s’évanouit. Pour ne pas être étranglée par son propre manteau, Amnu fut forcée de se dresser sur la pointe des pieds. Le souffle coupé, elle parvint à tourner la tête en direction de l’homme qui s’était emparée d’elle. Il avait une barbe épaisse, des cheveux sales qui lui tombaient dans les yeux. Sa joue était traversée par une balafre boursoufflée.

— En voilà un habile petit singe ! railla-t-il avec un sourire mauvais.

Autour de lui se tenait une dizaine d’hommes à la mine patibulaire. En voyant leurs longs manteaux noirs, leurs épées et leurs plastrons de cuir, Amnu réalisa avec horreur qu’il s’agissait d’un groupe de mercenaires. Ils avaient dû se joindre à la caravane quelque part dans la vallée. Son assaillant la relâcha et lui assena une violente gifle sur la nuque qui fit voler son bonnet de feutre. Puis il la rattrapa, cette fois-ci par les cheveux.

— Elle sera un cadeau parfait pour le seigneur Kidal, songeait le mercenaire en raffermissant son emprise et en secouant Amnu avec cruauté.

— C’est encore une enfant, objecta l’un de ses compagnons, un homme plus âgé au profil d’aigle. À peine une femme…

Amnu laissa échapper un gémissement. Le coup l’avait étourdie, et elle se tortillait pour tenter de se soustraire à la douleur.

L’homme à la balafre haussa les épaules.

— C’est une dhaalis, expliqua-t-il avec impatience. Le seigneur Kidal affectionne les bouffons. Il garde à sa cour toute une troupe de magiciens, de danseurs et de musiciens. Celle-ci viendra compléter sa collection. Elle fera ses tours pour le divertir. Et quand il en sera lassé, il la donnera à ses soldats ou à ses chiens.

Le cœur d’Amnu battait à tout rompre dans sa poitrine. Les mercenaires se vendaient au plus offrant. Lorsque le travail manquait, ils se transformaient en pillards ou en marchands d’esclaves. À l’affut de la moindre rumeur, Amnu les évitait comme la peste. Paralysée par la peur, elle se sentit saisie par un vertige. Elle avait un petit couteau dissimulé dans sa ceinture, mais elle n’osait pas s’en emparer. Les mercenaires étaient trop nombreux, et la punition serait terrible. Des larmes brûlantes roulèrent sur ses joues. Les hommes riaient de sa terreur et de sa confusion. À leurs pieds, La geste du prince Kadmé gisait tristement dans la boue.

L’attention des mercenaires fut alors détournée par les protestations de la femme qui avait invité Amnu près de son feu. Elle tempêtait et gesticulait, prenait à témoin les dieux et les génies protecteurs. Très vite, d’autres mères de famille se joignirent à elle. Leurs cris de fureur alertèrent leurs époux et leurs frères qui se regroupèrent autour d’elles pour les protéger. Les mercenaires, qui ne parlaient pas leur langue, tirèrent leurs épées et les brandirent devant eux pour les faire reculer. Un des caravaniers, probablement le chef de la troupe, s’avança pour leur faire face. Il s’exprima d’une voix forte en pointant un doigt accusateur sur Amnu, puis en direction du ciel. Il semblait réclamer qu’elle soit relâchée, mais les mercenaires refusaient d’abandonner leur proie. Le ton monta rapidement. Les esprits s’échauffaient. Avec l’énergie du désespoir, Amnu tenta en vain de profiter de la confusion pour se libérer. L’homme à la balafre avait cessé de la martyriser, mais il la tenait toujours fermement par le col.

Avec un sifflement, une flèche vint se planter dans le sol entre les deux groupes. La surprise et le choc mirent fin à la querelle. Médusés, les mercenaires et les caravaniers regardèrent le trait empenné de plumes noires osciller doucement. Des claquements de sabot retentirent dans leur dos et tous les regards convergèrent dans leur direction. Comme tous les autres, Amnu observa les trois cavaliers qui avaient pénétré dans le campement. Un murmure d’effroi parcourut l’assemblée. Les chevaux étaient rares dans la province, mais c’était surtout l’allure des trois étrangers qui suscitait l’inquiétude. L’archère qui avait tiré la flèche avait le teint olivâtre et des yeux noirs en amande. Une fourrure de loup sur les épaules, elle portait le manteau des nomades des steppes dont les deux pans étaient croisés l’un sur l’autre. Elle chevauchait aux côtés de deux guerriers – un homme et une femme – dont l’apparence était encore plus saisissante. Leur peau avait la couleur des bois précieux que les caravaniers rapportaient des royaumes du Sud. Les scarifications qui couraient le long de leurs joues leur donnaient un air féroce. Des bijoux en ivoire pendaient à leur cou et leurs bras nus étaient couverts de bracelets en argent. Ils avaient rabattu sur leurs têtes leurs manteaux faits d’une seule pièce, entièrement brodés de fils dorés.

Amnu retint son souffle. Elle croyait reconnaître les attributs des seigneurs de Bapalek, la légendaire cité des éléphants. La guerrière à la peau noire fit avancer son cheval et s’adressa d’un ton courtois au chef des caravaniers. Ils échangèrent quelques phrases dans son dialecte, puis elle se tourna vers le mercenaire :

— Le chef exige que tu libères la dhaalis, sous peine d’attirer la maladie et le malheur sur toute la caravane.

Sa voix grave et mélodieuse s’élevait sans mal au-dessus de la foule. Elle avait le port d’une reine, et son manteau brodé donnait l’impression qu’elle était recouverte d’or.

— Ce n’est qu’une mendiante, répliqua le mercenaire après une hésitation.

La guerrière posa sur lui un regard glacial. Elle vibrait de colère et de mépris.

— Le Vieil-Art est le langage des dieux, souffla-t-elle entre ses dents. Réduire leurs messagers en esclavage est un sacrilège.

Le mercenaire cherchait à faire bonne figure, mais sa résolution faiblissait. La mâchoire serrée, il observa longuement les trois étrangers, armés jusqu’aux dents, vigoureux et bien nourris. L’archère avait préparé une nouvelle flèche, et le second guerrier tapotait le manche de son sabre comme s’il le mettait au défi de le provoquer. Puis le regard du mercenaire glissa sur ses propres hommes, sales et efflanqués. Amnu sentit qu’il évaluait la situation et elle murmura une série de prières à l’attention de tous les dieux de la vallée. Autour d’eux, les murmures se transformaient en rumeur. Les caravaniers s’impatientaient. Finalement, le mercenaire à la balafre capitula. Il repoussa Amnu qui tomba lourdement au sol. Il cracha à terre et après un dernier rictus méprisant, il fit signe à ses hommes de battre en retraite. Dès qu’ils se furent éloignés, le chef des caravaniers adressa des remerciements à la guerrière qui les accepta avec grâce.

Sonnée, Amnu se remit debout avec peine. Ses jambes tremblaient. Elle n’arrivait pas à croire qu’elle avait échappé au terrible destin promis par le mercenaire. En relevant la tête, elle s’aperçut que la guerrière avait les yeux fixés sur elle. Amnu sursauta, effrayée d’être l’objet d’une telle attention.

— Je me nomme Ifele, fille du roi Mabe, se présenta la guerrière. Je voyage avec mon frère Suleki, et avec Eija, archère, cavalière et fille du vent.

En prononçant le nom de ses compagnons, un sourire affectueux se dessina sur ses lèvres. Désemparée, Amnu ne savait pas quoi répondre. Elle n’était qu’une mendiante. Ifele ne parut pas s’offusquer de son silence.

— Apporte-moi le livre, ordonna-t-elle en désignant La geste du prince Kadmé qui reposait toujours dans la boue.

Amnu obtempéra à regret. Comment désobéir à ces étrangers qui l’avaient sauvée ? Elle regarda avec consternation Ifele glisser le livre sous son manteau.

— Tu peux rester avec nous cette nuit, décréta la guerrière. Tu seras en sécurité à nos côtés.

C’était plus un ordre qu’une suggestion, réalisa Amnu. Sans attendre de réponse, Ifele tira légèrement sur les rênes de son cheval pour le faire avancer. Suleki et Eija lui emboitèrent le pas. Ils passèrent devant Amnu qui sentait la peur l’envahir à nouveau. Son cœur débordait de reconnaissance, mais elle aurait préféré fuir dans la montagne ou dans la forêt, à l’abri de la cruauté des Hommes. Autour d’elle, les caravaniers avaient repris leur routine. L’incident clos, ils ne lui accordaient plus un regard. Dans son dos, les mercenaires étaient déjà loin. Ils avaient emprunté la route de la vallée, mais ils reviendraient peut-être pour se venger. Et surtout, Ifele s’était emparée de La geste du prince Kadmé. Amnu devait trouver un moyen de récupérer le livre. Sans lui, elle était condamnée à mourir de faim. La tête basse, elle ramassa son bonnet, son bol et son paquetage et courut pour rattraper les trois cavaliers.

Ifele et ses compagnons établirent leur campement non loin de la caravane, à l’abri d’un bloc de rochers. Ils prirent soin de leurs chevaux, allumèrent un feu. Intimidée, Amnu n’osait pas s’approcher. Quand tout fut prêt, Ifele s’assit devant le feu et lui fit signe de s’installer en face d’elle. Amnu se glissa timidement aux côtés de Suleki et d’Eija. Ifele plongea une main sous son manteau et en sortit La geste du prince Kadmé. Elle le parcourut en émettant une sorte de murmure. Amnu ignorait si elle exprimait son appréciation ou bien une critique moqueuse.

— Avec ce genre de récit, tu ne peux guère faire mieux que des tours, lança soudain Ifele avec sévérité.

Amnu se sentit blêmir. Elle avait toujours utilisé La geste du prince Kadmé. Avait-elle commis un sacrilège et offensé la guerrière ?

— Qui t’a enseigné le Vieil-Art ? demanda Ifele.

— Mon ancien maître, balbutia Amnu. Il m’a achetée lorsque j’étais enfant. Il avait besoin d’une servante pour préparer son thé et balayer l’âtre. Puis, quand sa vue a baissé, il m’a appris le Vieil-Art pour que je puisse faire vivre les mots à sa place.

Lorsque le vieil homme était mort sans un bruit, un matin à l’aube, Amnu avait empaqueté quelques affaires, La geste du prince Kadmé, et s’était enfuie.

— C’est donc ainsi que tu survis, seule dans ces montagnes ? s’enquit Ifele avec une moue dubitative.

Amnu acquiesça.

— Pendant l’été, je suis les caravanes qui traversent les hauts plateaux. L’hiver, je redescends dans la vallée. Dans les fermes, les paysans me récompensent d’un repas et me laissent parfois dormir dans leurs étables.

— C’est une vie dangereuse pour une jeune fille, fit remarquer Eija.

— Les fermiers ont peur du Vieil-Art, expliqua Amnu. Et si cela ne suffit pas, j’ai toujours mon couteau…

D’un air farouche, elle sortit la petite lame au manche fêlé dissimulée dans sa ceinture. Ifele leva un sourcil et échangea avec Eija un regard amusé.

— Ifele, tu as sauvé une véritable guerrière ! s’exclama Suleki.

Puis il éclata d’un grand rire sonore. Amnu aurait dû se sentir blessée, mais quelque chose dans leurs sourires lui réchauffait le cœur.

Ifele regarda longuement Amnu comme si elle murissait une décision.

— Si tu venais avec nous, commença-t-elle, je pourrais t’apprendre la vraie magie des anciens rois…

La proposition stupéfia Amnu qui s’empressa de la décliner.

— Non, non, c’est la saison des caravanes, la belle saison… Je dois aller dans la montagne.

Amnu savait que son argument était bien faible, mais elle craignait qu’il s’agisse d’un piège. Bapalek appartenait aux légendes, aux temps immémoriaux. À son apogée, la cité des éléphants avait régné sur un véritable empire, avant de péricliter puis d’être abandonnée par ses habitants. Ces étrangers qui prétendaient être les héritiers des rois de Bapalek pouvaient être des imposteurs. Des bonimenteurs qui la trahiraient et la vendraient à un seigneur de guerre, comme le prévoyait le mercenaire à la balafre.

Amnu avait peur qu’Ifele se mette en colère, mais la guerrière se contenta de rouvrir La geste du prince Kadmé. Elle prit quelques instants pour choisir un passage et commença à lire. Bouche bée, Amnu l’observa donner vie à des scènes d’une beauté à couper le souffle. En comparaison, ses propres créations faisaient figure de spectres. Ifele était capable de fabriquer des images aux couleurs profondes et subtiles, aux textures d’une incroyable précision. L’illusion était si parfaite qu’Amnu sursauta à plusieurs reprises, persuadée d’affronter, à la place du prince Kadmé, la morsure des flammes, les griffes du dieu-jaguar ou la fureur des chutes d’eau du Palinka.

Sa démonstration terminée, Ifele rendit le livre à Amnu qui s’empressa de le ranger tout contre elle sous son manteau. Submergée par l’émotion, les larmes lui montaient aux yeux. Faisant mine de ne rien remarquer, Suleki lui offrit du pain et des morceaux de viande séchée. Eija lui proposa une de leurs fourrures. Amnu accepta, déstabilisée par sa générosité. Les trois compagnons continuèrent à discuter et à plaisanter. La fatigue vint à bout de la résistance d’Amnu. Elle s’enroula dans la fourrure et s’endormit en écoutant la voix de Suleki fredonner un chant mystérieux et mélancolique.

 

***

 

Amnu fut réveillée par les cris des caravaniers qui rassemblaient leurs bêtes. Elle ouvrit les yeux et constata que leur petit campement était vide. En voyant le feu éteint, elle se sentit soudain vulnérable et bondit sur ses pieds. Ifele, Suleki et Eija étaient déjà repartis. Certaine d’être en sécurité, Amnu avait dormi si profondément qu’elle n’avait rien entendu. La caravane s’apprêtait elle aussi à reprendre la route. Il ne resterait bientôt plus aucune trace de son passage, à part quelques braises fumantes. L’aube était grise et froide. Amnu s’emmitoufla dans sa fourrure. Dans le ciel, la face pâle et délicate de la lune était encore visible au-dessus de la passe du Loup. La montagne ressemblait à une divinité majestueuse et lointaine. Amnu se remémora la manière dont Ifele avait fait vivre les mots, aux images à la fois belles et terrifiantes dont elle lui avait fait don.

Sur une impulsion, Amnu rassembla ses affaires. Elle escalada les rochers qui avaient abrité leur campement. Une fois au sommet, son cœur bondit de joie en apercevant la silhouette des trois cavaliers. Ils avaient passé la croisée des chemins et s’engageaient sur la portion de route qui menait à la province d’Heiji.

— Ifele ! Ifele ! cria Amnu de toutes ses forces, effrayée à l’idée que la guerrière et ses compagnons s’évaporent comme un mirage.

Les trois cavaliers arrêtèrent leurs montures et se retournèrent vers elle. Ils avaient entendu son appel. En trois bonds, Amnu dévala le rocher. Puis elle se mit à courir aussi vite que ses jambes le lui permettaient. Le vent glacé lui comprimait les poumons et ses joues étaient brûlantes. Lorsqu’elle rejoignit enfin les cavaliers, elle était hors d’haleine, incapable de parler. Mais aucun mot n’était nécessaire. Suleki avait l’air satisfait d’un homme qui vient de remporter son pari. Eija tendit une main à Amnu et l’aida à monter derrière elle sur son cheval. Quand elle fut installée, Ifele la gratifia d’un sourire énigmatique. Puis elle rabattit son manteau sur sa tête et donna le signal du départ.

 

crédit photo : Sven Scheuermeier on Unsplash

Publié par Hélène Néra

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